lundi 26 janvier 2009

Erevan Piano

© Bob Markarian




Amarré au désordre. La main semble presser. Quoi ? L’incertain, le vain. Tourner un globe invisible. L’autre main s’arrête un instant, négligente. Hasardeuse. Cherchant la page nouvelle. La partition miraculeuse. Ce pianiste si ordinaire. Et pourtant qui échappe. Il ne regarde plus les fausses règles, la partition convenue. Il imagine ce qui a pu être, ce qui serait si. Comme étendu face au théâtre burlesque. Rire immobile. Autour de lui le square des conformistes. Suivant le cours lent, inscrit dans la terre. Les hauts-parleurs les projecteurs. Pylône messager. Fiché dans les certitudes. Eclairer jusqu’à immobiliser. Cette pierre tombale rose. Où s’improvise un rite païen, clandestin, anarchique. Déjà le corps se détache. Ondulation des muscles, ventre, buste jouisseur. Eloge de la paresse. Est-ce vraiment un pianiste ? Conduit-il ? s’accroche-t-il à quelque manège ? Traverse-t-il les vagues fendues par quelque hors-bord ? Ce marin halluciné fantasque. En quête de sensations grisantes. L’envers clandestin du David de S. Ici nul roc nulle monture nulle épée. S’échapper se perdre parmi les mondes. Le mendiant sublime. Le voyageur métissé. Erevan cubaine, malgache, indienne. Campement provisoire attendant l’appel. Des éléments. Ou alors cavalier des steppes. Paradant à l’opéra. Seules comptent les variations improvisées. Tourner retourner. Inverser. Renverser. Puisqu’ils ne comprennent pas. Se précipitent vers l’impasse. Le fou de Raffi. L’orateur amusé. Dans son hamac tropical. Se balançant entre deux vides. Déplie-t-il les pages de quelque livre oublié ? Retrouve-t-il un chant ? Ou plutôt les cartes d’un atlas. Celui de ses archipels, de ses détroits, de ses villes. L’homme au dictionnaire. Filiation des mots. Soulever la boue, déplier la grammaire. Traduire ce qui fut trahi. Conduire vers l’infini. Suivre l’étoile. L’érudit astronome. Qui vérifie dans les nuées. Conjugue les astres noirs. Arrache les mots à l’aigle. Sait. Les éclairs les tempêtes les grands fleuves. Les tournoiements. Le bateau océanique. Les ports multiples. Tu abordes à Erevan. Mais ce n’est qu’une étape. Décor fugace. Bientôt une autre scène. Une autre ville. Les Erevan roses, verts, bleus. Les autres. Jouer. Qui vont suivre. Symphonie. Dionysos urbain. Bientôt la transe. Tournoyer. Reprendre la course. Bateau Erevan.


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GF - 31.04.08 - (Tous droits réservés)

Bob Markarian et Kristina Lawrence sont photographes.
Site web : http://journals.worldnomads.com/markarianlawrence/about.aspx
(Tous droits réservés)


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