jeudi 29 janvier 2009

L'arbre

© Tatevik Davtyan






Coulée de chairs.Terre de Sienne. Oiseau lézard qui s’agrippe aux anfractuosités. Tu suis les mouvements imperceptibles. Séculaires. L’accouplement fabuleux. Des songes. A la fois mollusque marin et fauve abrupt. Qui se joue des blocs de pierre. Sur cet éboulis si prêt à se rompre. Noces étranges des hauteurs. Où le bois se fait fluide, le lichen fourrure. Tentacules vomis des profondeurs. Langue maléfique ? Clé du conte ? Interroge ce déferlement obscène, absurde. Familier. Quel est ce reptile uni se repaissant de sa victime ? Ainsi se défont les ramures, les troncs. Après s’être élancés vers les nues, plonger vers les entrailles. Unir les contraires. La mémoire épouse la nuit. Et puis ces formes humaines. Ondines terrifiées. Pâles, luisantes. Qui tentent d’échapper à l’emprise inexorable. Bras liés à la paroi. Décharnés, crucifiés. Bulbe de cervelet. Ultime vertige auquel s’abandonne la pente rocheuse. Les apparences trompeuses. Danses d’Arcimboldo. Vois comment se courbe le buisson voisin. Angles complices du granite rose. L’amphithéâtre bleu. Tzigane. Les éléments nomades livrent représentation. En toile de fond pluie de feuillages. Etreintes de branchages. Lourds et malicieux. Tels deux danseurs ravis d’un tel compagnonnage. Gradation des épisodes. Frise minuscule où se rejoignent encolure de cheval écorché et mains invisibles. Puis ces lianes de chair, gonflées, blessées. Tronc acéphale blanc. Proclamant l’indicible. Et cependant. Fusion du ligneux et du minéral. La montagne miséricordieuse. Qui laisse s’unir à elle l’éphémère, le carnivore. Celui qui descellait la muraille. L’embrassade singulière à la racine. Tête d’anaconda qui semble dialoguer. Lové dans un creux. Telles deux chimères qui se pardonnent. Se reconnaissent. Partageant un même royaume. Tu es invité au grand jeu. Miséricorde des éléments premiers. Clair obscur des origines. Avant l’homme. Les territoires de chasse. La masse du bûcheron. Lumières des suppliciés. Territoires du rêve. Savoir composer avec les vides, les entailles. S’enraciner quelque part. Emergence imprévisible. Fécondité des contraires. Si semblables. L’arbre t’attendait.


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G. Festa - 01.2009 - (Tous droits réservés)
Tatevik Davtyan est photographe, éprise de voyages intérieurs.

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