mercredi 28 janvier 2009

Le passeur




L’artisan des peaux. Oublié dans son échoppe d’un autre temps. Papier peint ou lino en toile de fond. Peu importe le mur. Fleurs de pacotille. Délavées, blanchies par la lumière du dehors. Bocaux rouge, noir, orangé. La sarabande des embochoirs. Semelle blanche, dont les plis invitent à la nonchalance. La machine à coudre. Un instant silencieuse. Tour d’aiguille prête au combat. Munie de son bouclier. Elle s’est arrêtée un instant, comme pour voir. Entêtée. Sur ses pattes frêles. S’amuse à déployer ses rayons usés. Laiton luisant. La roue marque une pause. C’est elle qui scande les heures. Engin animal. Qui te regarde. L’intrus viendra-t-il demander ? Reprendre ? Plateaux de bois repliés. La table s’est faite complice. Elle aussi. Espace familier où les objets se resserrent. S’approchent. La paume de l’homme martèle. Rapièce, déchire. Reprend, dessine. Les métamorphoses lentes. La foule de ceux et celles. Ne pas jeter. Tenir, résister. Pour que les pas reprennent leur course. Rivé à son atelier des jours ordinaires. Qui ont vu passer tant de convulsions. Chaos des espoirs de jeunesse. Partir. Les terres vastes, étrangères. Il n’a pas toujours été là. Champs de bataille. Abandons. Les idéaux trahis. Cellules sombres. Hivers de la liberté. Les jambes des élues. Bottes de chasse. Ces milliers de chaussures. Si révélatrices. D’ombres, de projets, de départs. Retours aussi. L’homme recompose les éléments disparates de cette chaîne invisible. Chacun sait. Autour de lui personne n’oublie. Bien plus qu’un cordonnier. Passeur.
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GF – 01.2009 - (Tous droits réservés)


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