lundi 26 janvier 2009

Prisons / Jails



pour Krikor A.,



L’embarquement. Remonter la source. La naissance inversée. Comme deux radeaux du silence. Noir et blanc. Compagnons contraires. En rade. Ces calanques blanches du désespoir. Alors se laisser bercer. Ne plus relever le drap la couverture. Ils sont déjà loin. Si près. Il n’y a plus de barreaux. Le monde est un camp. Le rêve est un camp. Abandonner les dernières amarres. La rivière mène quelque part. Nul ne sait. Ni ici ni là-bas. Dehors. En dedans au plus profond. Les dialogues ne sont plus nécessaires. Les mots n’ont plus rien à dire. C’est si rassurant finalement. La répétition bête des choses. Comme un rythme familier anodin. Savoir faire de chaque recoin une infinité. Se glisser dans les anfractuosités. Epouser la dureté du mur. Etiré sur les barres. L’imaginaire l’impossible. Il n’y a plus que cela. Il y a toujours eu cela. Ce qu’on ne peut dire ni résumer ni partager. Les continents intérieurs. La roche des révoltes. Les vagues informulées envahissantes. Alors attendre la prochaine marée. Ici plus de codes convenus. Les gestes anodins. Epiés surveillés. Monde à l’envers. Contre. Les bancs du voyageur. La dernière gare. Où l’on n’attend plus de trains. Le train de la vie de la mort. Les dernières pauvretés. De l’abandon du dépouillement. Après tout. On repartira plus loin. En attendant de ne plus attendre. Le mur comme un ciel de certitudes. A briser. Qui sont devenues fausses. Noircir la paroi l’obstacle. Traverser la pierre. Forer la pesanteur. Devenir poisson insecte oiseau. Ne plus être homme. Refuser l’identité les codes. Rejoindre les meutes insoupçonnées. S’élever en creusant au plus profond de soi. Découvrir ses labyrinthes. Ouvrir les portes. Voir l’invisible. Accepter l’inacceptable. C’est le prix à payer. Ils ne savent pas au dehors. Comme un tableau un film les mauvais polars. C’est si facile. Tu es de la traversée invisible. Les cargos de déportation. Lasciate ogni speranza. Comme une chapelle de déréliction. Une chambre d’embaumement. Ou de mort. La frontière floue. Il n’y a plus de portes ni de fenêtres. Les regards sont loin. Tu ne témoignes plus. T’en remets à l’insoupçonné. Peu importe les délais. Stase. Un moment de repli. Alors se réveiller crier s’échapper une nouvelle fois. Oublier.

GF – 26.01.07 - (Tous droits réservés)


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