vendredi 30 janvier 2009

Serguéi, mon prochain






Revenu d’entre les murs vides. Les bras chargés de ta moisson fragile. Comme un linceul improvisé, détourné, une dernière nappe de tablée. Tu souris. Avoir réussi à résister. Caché, humilié, blessé. Les doigts se croisent. Ils ne savent pas se refermer. Et puis tu sais qu’il y a tant de mondes invisibles. Un cliché dans la férocité joyeuse.



Dans la nuit. Les vrais signes. Les mains se sont ouvertes. Il y a tant à célébrer. Il y a tant d’ombres à ressusciter. Tourner, s’égarer, imaginer, croire. Cette prière-là se répète, va disparaître, s’élance. Clair-obscur de l’orant. Tu répètes le signe. Le rituel. Comme une dernière apparition avant le verdict . Libre du silence.



S’échapper. Rien n’existe. Les ombres dansent. Tu es devenu l’ange noir. Nous ne savons pas marcher sur l’improbable. Envie de retenir la marionnette. Quel est ce théâtre ? L’effraction, la vraie, qui troue l’illusion. Ici l’impossible. Tu t’élèves déjà. Bientôt ce sera fini. Pour commencer vraiment. Chaque rue, chaque jour.



Et puis retourner. A l’initiation, à l’échange, à l’expiation. Seuls les monstres ont la clé. Agenouillé, face au démon de la Terre. Tu ne regardes pas. La vraie croix de chair. Debout, devant le lac de nos rêves. Tu attends la prophétesse. Lazare et la vision. La mort arrive.



Il est encore temps. Les autres. Leur Terre. Ne jamais s’arrêter. Et puis la chaîne ininterrompue. Ils attendent, ont froid, ne savent pas. Revenir alors. Agiter les rameaux, le voile, l’or, les damas. Donner.



Accoudé acculé. Au doute, à la peur. Que demande-t-il ? Comprend-il ? Tu te réfugies, te protèges. Il reste du temps ailleurs. Là ils n’oseront pas. La main s’ouvrira de nouveau. Pour délivrer, rompre, rappeler. Ils se relèveront, comprendront. Peut-être. Et tu quitteras un moment l’amarrage.



La chimère est toute proche. De bois et de muscles. Tu attends son élan qui t’emportera. Le passeur est prêt. Il salue déjà. Où sont les tables de l’autre Loi ? Apprivoiser la pierre. S’interposer. Couronne du néant tendue. Offerte.
Et puis retraverser la salle. Qui vibre des corps et des rires. Qui n’a pas oublié les peurs, les menaces. Qui te rappelle. Nous rappelle.


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G. Festa - 13.04.06 - Tous droits réservés






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