mercredi 11 février 2009

Bolis 2008





Nous reproduisons ici notre traduction du passionnant reportage publié par Hetq en 2008 sur Istanbul, la Bolis arménienne, à travers le regard d'Arméniens d'Arménie.



Virée d'une semaine à travers Bolis
par Hrant Gadarigian

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Istanbul, cette masse palpitante de gens, de cultures et de paradoxes, modelée par la conquête et le commerce, est bien trop immense à saisir lorsque l’on n’a qu’une semaine. J’ai récemment essayé, sans y parvenir. Mais qui s’en plaindrait ?
Après un voyage en autocar de 35 heures, quelque peu engourdissant sans être désagréable, depuis Erevan, le premier panorama que l’on a d’Istanbul (Constantinople), depuis la partie asiatique de la ville, ce sont ces collines densément peuplées cédant progressivement le pas aux eaux bleues de la mer de Marmara situées en dessous. Notre autocar se fraie lentement un chemin parmi la circulation des heures de pointe le soir, à travers les quartiers de Kadikoy, Uskudar, jusqu’à ce que nous apercevions le pont du Bosphore enjambant le passage étroit du même nom qui sépare le continent asiatique de l’Europe. Peu de temps après, nous franchissons un second pont, qui nous transporte vers la Corne d’Or dans la vieille ville d’Istanbul, ou plus exactement Constantinople. Nous arrivons rapidement à la gare routière située à Aksaray, un quartier à moitié misérable mais animé, grouillant de vendeurs ambulants, de prostituées, de grossistes en vêtements et d’hôtels bon marché.
Je me demande si Hagop Baronian, qui décrivit les paysages, les odeurs et les bruits de Bolis (diminutif de Constantinople) il y a plus d’un siècle, reconnaîtrait l’endroit aujourd’hui. Ce qui suit n’est pas une tentative pour analyser la ville et sa population arménienne, à la manière d’une Promenade à travers les quartiers de Bolis d’un Baronian, mais plutôt un ensemble, au fil du hasard, d’observations et d’impressions sélectionnées à partir d’une sorte de frénésie de rencontres et de conversations que j’ai eues. Cher lecteur, prends note…
Je me rendais à Istanbul avec Edik Baghdassarian, le rédacteur en chef d’Hetq, pour assister à un conclave de journalistes et de rédacteurs issus pour la plupart d’Europe de l’Est et de certains pays post-soviétiques, avec le soutien d’une organisation internationale oeuvrant de ses meilleures intentions à promouvoir le journalisme d’investigation aux frontières de l’Europe. Mais tout cela est secondaire. En fait, il s’agissait du premier séjour d’Edik à Istanbul et il était particulièrement intéressé par des rencontres avec des Arméniens originaires de république d’Arménie, ayant fait le choix de faire des affaires et de résider là, sans désir de retour. Beaucoup d’entre eux restent illégalement et font face à toute une série de problèmes différents de ceux de la communauté arménienne « d’origine ». Il traite ce sujet dans un autre article d’Hetq. J’étais déjà venu là, mais il y avait plus de vingt-cinq ans que je n’avais pas eu la chance de déambuler le long des rues de Beyoglu et Beshiktash. Le temps et l’âge avançant avaient fait leur œuvre et mes souvenirs n’étaient plus très nets.
Nous avons pris un autocar car nous voulions rencontrer les Arméniens de république d’Arménie qui voyagent à Istanbul, pour des raisons personnelles ou autres. Qu’est-ce qui pousse ces gens à chercher fortune dans un pays généralement considéré comme un « ennemi implacable », une nation voisine avec laquelle l’Arménie n’a pas de relations diplomatiques, avec une frontière fermée, du moins apparemment ? Naturellement, nous étions aussi intéressés par des rencontres avec la communauté arménienne locale, l’une des plus anciennes, qui se maintient toujours, mais au sujet de laquelle la plupart des Arméniens, dans la diaspora et en particulier en Arménie, savent peu de choses, mis à part des stéréotypes généraux et des informations tragiques comme l’assassinat de Hrant Dink. Par chance, avant notre départ, j’avais eu la bonne fortune de faire la connaissance d’une Arménienne d’Istanbul, membre de l’Ensemble vocal Sayat Nova, qui voyageait en Arménie. Elle se révéla pour nous un guide infatigable dans la ville et un sésame vers la communauté. Je remercie notre chère amie Gayaneh Chalukian, son mari Jan Gavrilov et l’affectionnée Bolsahay pour avoir rendu notre séjour à Istanbul si agréable et profitable.
Chose intéressante, 99 % des Arméniens d’Istanbul que nous avons rencontrés refusent de se présenter comme spyurkahay [Arméniens de la diaspora] ou leur communauté comme faisant partie des spyurk. Selon eux, Bolis est à part et ne peut être vue comme un autre Beyrouth, Paris ou même, oserais-je le dire, le grand Los Angeles. Pour paraphraser cette opinion souvent entendue : « Nous, nous vivons dans le pays de nos ancêtres, au sein d’une communauté qui remonte à des siècles. Nous n’avons pas été coupés de nos racines. » Fort bien, me disais-je, ne voulant pas rappeler que cette communauté, ancienne et opulente, était issue du fond des âges du centre de l’Anatolie. Réalité qu’évoque aussi Baronian dans ses ouvrages, de ces masses grouillantes de paysans fuyant les dures conditions socio-économiques et la répression politique dans les vilayets arméniens à l’Est, d’Istanbul servant de porte pour tant d’Arméniens d’Arménie occidentale vers les terres « promises » d’Europe et au-delà. C’est une histoire que je connais quelque peu, car c’est la route parcourue aussi par ma famille. Personnellement, je préfère voir Bolis comme une sorte de point de transition entre nos notions idéalisées de l’Arménie occidentale telle qu’elle était jadis et la réalité de la diaspora d’aujourd’hui. (Mais c’est là un autre sujet que j’aborderai en son temps.)
Appelez-la comme vous voudrez, mais historiquement Constantinople servit de centre intellectuel, culturel et politique pour ce que l’on appelle la moitié occidentale (ou plus exactement les deux tiers) de la nation arménienne. Malheureusement elle a perdu depuis longtemps ce rôle important et vital. C’en est fini des gloires littéraires iconoclastes de jadis, qui écrivaient pour les journaux Mehian et Partsravank. C’en est fini aussi des théâtres et des salons conduits par Srpouhi Dusat et d’autres, où se réunissait l’élite intellectuelle arménienne de l’époque. C’en est fini aussi du Yerkir [le pays], ses masses opprimées et cette patrie tragique qui était source d’inspiration et d’inquiétude pour tant de gens et d’institutions à Bolis, cœur de l’empire ottoman.
Par chance, nous avons rencontré de nombreuses personnes dévouées et actives qui travaillent contre vents et marées pour maintenir cette tradition de fierté et la transformer en fonction des réalités d’aujourd’hui.
Nous avons eu la bonne fortune de visiter les bureaux d’Agos, le journal fondé par Hrant Dink. A l’entrée de l’immeuble dans la rue où Hrant fut abattu d’une balle par son assassin, le gardien turc assis dans le couloir lève à peine son regard de sa tasse de thé lorsque nous entrons. Des caméras de surveillance et des portes fermées accueillent le visiteur dans les bureaux situées à l’étage. C’est une véritable ruche bruissante d’activité, avec de jeunes bénévoles assurant la maintenance informatique, des journalistes classant des articles et des gens entrant et sortant d’étroits couloirs. Nous avons eu la chance de parler à M. Pakrat Estukian, le rédacteur en chef arménien du journal, qui se montra plutôt optimiste dans sa vision de la situation où se trouve aujourd’hui la communauté et des défis qu’elle rencontre. Véritable puits de science lorsqu’il s’agit de l’histoire de la communauté, M. Estukian ne mâche pas ses mots lorsqu’on l’interroge sur les relations entre la communauté turco-arménienne et le gouvernement arménien. Qui sont inexistantes, pour être concis. Il semble que Bolis soit bien éloignée lorsqu’il s’agit pour les autorités d’Erevan de reconnaître l’importance et la richesse de la communauté arménienne d’Istanbul et sa possible importance stratégique, compte tenu en particulier des récentes déclarations du président Sarkissian concernant de premières mesures visant à normaliser les relations entre les deux pays. M. Estukian émit l’espoir que si les relations venaient à s’améliorer au niveau officiel, alors les liens entre l’Arménie et ses compatriotes d’Istanbul s’amélioreraient aussi. Je me demande simplement si le nouveau titulaire du ministère, récemment créé, en charge des Affaires de la diaspora, connaît même le nom du Patriarche de Bolis ou s’il a une idée du nombre d’Arméniens qui habitent encore ici. Le président Sarkissian, en plus d’inviter le Président turc Gül au prochain match de football arméno-turc, pourrait peut-être inviter les rédacteurs des trois journaux arméniens de Bolis (Agos, Marmara et Jamanak) pour couvrir l’actualité entourant ce match à l’attention de leurs lecteurs restés ici. Au moins, ces derniers apprendraient-ils que le nouveau président arménien est conscient de l’existence d’une communauté arménienne dans un pays auquel il tend la main. Un geste symbolique de bonne volonté, si vous voulez, mais dont je suis sûr qu’il serait bien accueilli par la communauté Hay de Bolis.
Les éditions Aras sont une autre institution unique de la communauté que nous avons eu l’opportunité de visiter. Dirigées par M. Payline Tomassian, son épouse et une équipe énergique de collègues arméniens et turcs, Aras a publié plus de 150 titres, à la fois en arménien et en turc, dans sa brève existence. C’est un dispositif unique, semblable à Agos, en ce sens que beaucoup de ses titres sont des traductions turques d’ouvrages arméniens et anglais traitant de sujets arméniens. Récemment, l’épais volume sur le génocide de l’historien français arménien Raymond Kevorkian a été soigneusement traduit en turc et publié. Les moyens qu’exigent de tels projets sont énormes et principalement autofinancés. En fait, cela semble être le cas dans toute la communauté. Les trente-cinq églises arméniennes en activité, les dix-sept écoles et les nombreuses associations culturelles et civiles sont toutes quasiment financées par la communauté elle-même. Une énorme entreprise quand on y pense. Sans aucun financement de l’Etat.
L’intention à la fois d’Agos et des éditions Aras, en publiant en turc, es de présenter la communauté arménienne, son histoire et ses traditions, à un public turc au sens large. Certains, pour ne pas dire beaucoup, à la fois dans la diaspora et en Arménie, diront que c’est de la folie ou un château en Espagne, que les sentiments des Turcs concernant les Arméniens ne changeront jamais. Mais des percées ont été opérées quand on voit le nombre de « Turcs éclairés » travaillant aux côtés d’Arméniens chez Aras. Ce que proposait Hrant Dink et que disent d’autres Arméniens d’Istanbul de sa trempe c’est qu’il ne faut pas utiliser la question du génocide arménien comme un marteau, mais comme un ciseau, si l’on veut en finir progressivement avec des dizaines d’années de désinformation et de méfiance. Ce sera certainement un processus long et ardu, mais l’autre alternative serait de suivre l’impasse politique des Arméniens traditionalistes purs et durs qui n’ont rien de tangible à offrir sinon des discours creux et suffisants. Selon moi, laissons ceux qui sont restés à Istanbul et qui luttent quotidiennement pour la démocratie et les droits de l’homme avoir le dernier mot sur ce qu’il convient de faire.
Puis nous avons rencontré Silva Kuyumcuyan, la directrice du Gentronagan Varzharan, qui a fêté son 120e anniversaire l’an dernier. Situé dans le quartier de Karakoy, cette école fut fondée par le Patriarche Nerses Varzhabedian et son premier directeur fut Minas Cheraz, un intellectuel réputé. Assise dans son bureau, elle nous parla des difficultés que rencontrait son école, du manque de professeurs qualifiés d’arménien et bien sûr des pressions variées exercées par le gouvernement turc. En tant que directrice, elle mène un combat acharné pour maintenir l’intégrité éducative de cette institution sacrée depuis plus de vingt-cinq ans. Etant donné qu’il n’existe pas de relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie, les professeurs de l’école ne peuvent suivre les formations dispensées à Erevan pour les professeurs d’arménien au sein de la diaspora. Malgré tous ces inconvénients, elle est parvenue à développer les installations et nous fit visiter avec fierté une aile nouvelle du bâtiment. A notre départ, nous enquérant si nous pouvions faire quelque chose à notre retour en Arménie, elle demanda simplement que nous fassions savoir que l’école Gentronagan existe toujours et espère qu’un jour des relations normalisées entre les deux pays pourront ouvrir la voie à des liens plus étroits entre enseignants d’Arménie et de la communauté de Bolis.
Un soir, nos amis arméniens nous invitèrent à un concert en plein air sur les rives du Bosphore. Après une courte traversée des détroits en bateau, dépassant le palais Dolmabahce dessiné par la famille des architectes Balian, nous atteignîmes l’endroit, un large amphithéâtre d’au moins cinq mille places. La foule, où se mêlaient Turcs, Kurdes et Arméniens, accueillit avec tapage les acteurs à leur arrivée sur scène. Les numéros, mêlant chants et danses, incluaient les ensembles Kardes Turkuler, Ruhi Su Dostlar Korusu et Sayat Nova. Il s’agissait d’un des événements communs organisés pour jeter des ponts entre les différentes communautés sur le plan culturel ; d’après ce que nous vîmes, cela semblait marcher. En Turquie, les arts de la scène sont des moyens de lutte pour le changement démocratique dans un pays où l’expression politique est toujours réprimée. Une foule de gens, essentiellement des jeunes, étaient debout, chantant et dansant à l’unisson avec les acteurs sur scène. C’était comme une expression émouvante et spontanée de défi à l’égard des réalités politiques du terrain, une tentative modeste d’en finir avec les préjugés qui empêchent les différentes communautés de coopérer pour la réussite de buts communs. La culture, en tant qu’arme vers le changement, est quelque chose qui manque grandement en Arménie et certains de nos producteurs de musique pourraient apprendre ici que la culture populaire n’a pas à être cette régurgitation monotone de thèmes insipides et de chansons stylisées dominant actuellement les émissions de radio et les spectacles télévisés en Arménie. Puis, nous réussîmes à rencontrer l’une des actrices, Aynur Dogan, une jeune chanteuse kurde, qui utilise aussi ses dons vocaux pour inspirer espoir et résistance non seulement parmi les Kurdes, mais aussi les Arméniens, les Turcs et d’autres. C’est ainsi que l’un de ces CD a été interdit par un tribunal provincial à Diyarbekir. Elle nous avoua que les archives radiophoniques des chants nationaux kurdes conservés à Erevan, collectés pour la plupart à l’époque soviétique, étaient un véritable trésor de matériaux source pour elle. Quand nous lui demandâmes si elle envisageait un jour de venir en Arménie et y jouer, elle nous répondit oui, sans hésiter. Tout ce qu’il faudrait ce serait le soutien de quelques producteurs à l’esprit innovant.
Mon récit ne serait pas complet sans mentionner le nom de Sarkis « Aghparik » Cherkezian ; un nonagénaire qui joua un rôle central dans la fondation du Parti communiste de Turquie. Un de nos guides arméniens nous conduisit dans la rue où il vit, près du Patriarcat arménien de Kumkapi. Le vieil homme serait certainement assis, nous avait-on dit, à l’entrée de son petit appartement d’une pièce, situé dans une petite allée étroite. Jadis densément peuplé d’Arméniens, le quartier héberge maintenant surtout des Kurdes venus de la province, dont les enfants courent et jouent sans surveillance à une heure avancée de la nuit. Après nous être salués, il nous conduisit dans son domicile quelque peu délabré. On nous avait dit aussi qu’il était poète et qu’il aimait régaler ses hôtes de déclamations impromptues de ses œuvres. Et bien entendu, entre deux questions, il commença à déclamer dans un arménien littéraire occidental des plus purs. Son esprit encore alerte conserve la plupart de ses créations. Malheureusement, seule une partie a été enregistrée par écrit. Sarkis nous parla des voyages qu’il fit en Arménie à l’époque soviétique et de sa consternation devant ce que le capitalisme de marché y a amené dans son sillage. L’heure n’était pas à un débat politique sur les mérites et les inconvénients d’une politique économique libérale. S’approchant d’une étagère voisine, il prit un exemplaire de sa biographie, publiée en turc, qu’il nous offrit. A nouveau dehors, il s’assit sur sa chaise, cigarette en main, pour regarder les allées et venues de cette rue qu’il appelle sa maison. Nous demandâmes à notre ami pourquoi il n’avait pas quitté ce quartier où plus aucun Arménien ne vivait. Il semble que son petit logement soit la propriété du Patriarcat qui le loue à Sarkis pour presque rien. Il contourne ainsi ses convictions politiques pour rester proche des masses telles qu’elles sont.
Naturellement, lors de notre séjour nous avons surtout rencontré une certaine partie de la communauté arménienne de Bolis ; les couches professionnelles, si vous voulez, qui travaillent à plusieurs niveaux culturels, sociaux et politiques. Ces gens représentent-ils la communauté dans son ensemble, compte tenu en particulier que la plupart des personnes citées sont plutôt de centre gauche, sinon socialistes ? Probablement pas. Les artisans, commerçants et ouvriers de l’époque de Baronian ont tous disparu. Nous avons bien rencontré quelques orfèvres arméniens, mais il semble que leurs jours soient comptés, victimes des impératifs du marché et d’un manque d’apprentis arméniens ayant la vocation. Malheureusement, nous n’avons eu ni le temps, ni les contacts pour rencontrer des personnes appartenant aux « classes ouvrière et moyenne inférieure ». Il eût été intéressant d’entendre leurs opinions sur l’état de la communauté et la politique intérieure turque.
Quel que soit l’arrière-plan socio-économique, j’ai eu l’impression que beaucoup de gens dans la communauté considèrent le mouvement démocratique de gauche en Turquie, sous toutes ses formes et manifestations, comme la seule opposition viable à l’idéologie kémaliste dominante. Nul doute que Sarkis Aghparik et bien des Arméniens que nous avons rencontrés à Bolis se considèrent comme faisant partie de ce mouvement politique, à des degrés divers. Beaucoup espèrent encore qu’un changement démocratique est possible à long terme, grâce à ce genre de combat politique et culturel. Peut-être est-ce là folie, compte tenu de l’expérience tragique de l’histoire passée et de la traditionnelle réticence de la gauche turque à reconnaître qu’il existe des questions non réglées comme le génocide et les droits des minorités, mais quelle est l’alternative ?
La communauté arménienne d’Istanbul d’aujourd’hui est l’héritière d’un riche et fier legs culturel et historique. Elle constitue un lien vivant entre le « paradis perdu » de l’Arménie occidentale et la réalité de la diaspora aujourd’hui. C’est une ressource à utiliser, et non à négliger comme c’est le cas actuellement. A l’aube des récents points de vue exprimés par le gouvernement arménien désireux de regarder en face son homologue turc, la communauté arménienne d’Istanbul peut offrir une richesse d’informations et de points de vue personnels sur la mentalité et les motivations de l’Etat turc. Cette communauté et ses instances représentatives religieuses, culturelles et sociales, ne devraient-elles pas au moins être intégrées au processus politique de normalisation en cours ? Quelles sont leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs espoirs à cet égard ? Même si je ne peux dire quel dispositif serait le plus approprié, ce serait infliger un camouflet à la face de cette communauté que de ne pas explorer cette possibilité.
Pourtant, cette communauté lutte pour maintenir son existence collective, sa vie institutionnelle et son identité propre unique. Je ne saurais douter de la sincérité des convictions de ces Arméniens d’Istanbul que nous avons rencontrés, persuadés que leur avenir, individuel et collectif, est inexorablement lié au processus de démocratisation en Turquie et que, dans ce but, ils partagent une destinée commune avec les Turcs et les Kurdes qui aspirent et travaillent comme eux à ce même but. La voie qu’ils choisissent pour réaliser finalement leur rêve est un choix qui leur appartient. J’ai trouvé leur ténacité et leur courage à la fois admirables et communicatifs. Le moins que nous puissions faire est de les soutenir concrètement de tout notre possible.



P.S. : Pour plus d’informations concernant les organisations arméniennes d’Istanbul citées plus haut, voir :
1) Editions Aras : http://www.arasyayincilik.com
2) Agos : http://www.agos.com.tr
3) Ensemble Sayat Nova : http://www.sayatnova.org
4) Getronagan : gentronagan@superonline.com
5) Aynur Dogan : http://www.aynurdogan.net/haberler.asp

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Traduction : Georges Festa - Paru en 2008, après accord de l'éditeur
Tous droits réservés
Source : http://www.hetq.am/eng/society/8224/


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