mercredi 18 février 2009

Lory Bedikian

© Lory Bedikian




Comment valoriser une littérature arménienne anglophone, riche de sa diversité, mais qui peine parfois à trouver des encouragements, des soutiens ? Quel mécénat au service de la jeune création arménienne américaine ? Faut-il communautariser ce mécénat ? Lory BEDIKIAN soulève des questions vives, à l'image de ce qui se fait dans d'autres communautés, noire et latino notamment. Un débat utile des deux côtés de l'Atlantique !




Vœux littéraires pour le Nouvel An

par Lory Bedikian

(The Armenian Reporter, 10.01.2009)






Encore une nouvelle année qui vient de s’achever. Après avoir été à nouveau classée en « finale » lors de prix littéraires, reçu de chaleureux et généreux commentaires d’éditeurs qui ont apprécié mon travail, et tout un tas de courriers standards de refus de la part d’éditeurs trop affairés pour répondre personnellement, il est temps de me recentrer, de rester positive, mais aussi d’exprimer ici quelques souhaits, non seulement pour moi, mais pour tous les poètes et écrivains.
Lorsque je m’assieds et que j’écris mes poèmes, lorsque je travaille, relisant une nouvelle fois mon manuscrit, et que je brasse la pile d’enveloppes et d’adresses face à moi sur mon bureau, je ne peux m’empêcher de songer à tous ceux au dehors, qui vivent aussi cette existence isolée de poète, d’écrivain. Existence qui peut être solitaire, mais en retour quelle récompense pour l’âme ! Du moins je le crois. Cela en vaut la peine.
Pour être plus précis, à ces moments-là, lorsque je laisse œuvrer mon stylo, invitant mon esprit à s’accorder aux mots, je ne peux de même m’empêcher de songer aux autres poètes et écrivains d’origine arménienne qui écrivent eux aussi à propos de leur vécu, qu’il soit immergé dans l’histoire, l’héritage ancestral, leur famille, la culture ou un amalgame de tous ces composants.

Après dix années de fréquentation attentive des ressources accessibles aux poètes et aux écrivains, j’ai le sentiment d’en savoir un peu plus que par le passé. De plus, après toutes ces recherches, une formation universitaire et des heures sans nombre passées sur internet dans le seul espoir de découvrir « l’opportunité idéale », je puis affirmer – en toute sérénité – que je souhaite qu’il y ait davantage d’opportunités pour les poètes et écrivains d’origine arménienne.
Avant d’aller plus avant et de me plonger dans un « catalogue personnel », j’aimerais souligner brièvement que je débats ici des opportunités accessibles aux écrivains d’origine arménienne qui écrivent essentiellement en anglais. J’ai souvent entendu dire que les Arméniens d’Arménie et ailleurs, qui écrivent principalement en arménien, ont peu d’éditeurs de qualité, d’associations et d’organisations pouvant faire progresser la promotion de la littérature produite par ces auteurs.
Je présenterai dans une seconde partie ma liste de propositions. J’ai conçu cette étude dans cet ordre, car j’ai le sentiment que dans toute demande, chacun doit tout d’abord savoir ce dont il est conscient. Quel que soit l’argument défendu, chacun doit tout d’abord commencer par ce envers quoi il est reconnaissant. (Manière idéale de demander : remercier tout d’abord, puis demander ce dont on a besoin, ou que l’on juge tel.) Autrement dit, je veux m’assurer que je commence par dire qu’il existe un certain nombre de ressources disponibles, qui sont admirables, mais il me semble qu’elles pourraient être plus nombreuses et être mieux appréciées par les écrivains créateurs, issus de notre héritage culturel.
Parmi les organisations, les prix et les opportunités qui existent déjà pour nos écrivains, certains doivent être reconnus et conseillés, eu égard au travail important déjà accompli. Par exemple, des bourses et des prix sont proposés par l’AFFMA (Fondation du Film ARPA pour la Musique et les Arts), le Prix littéraire Anahid, le concours de l’Armenian Allied Arts Association [Association des Artistes Arméniens] et celui de l’Armenian Dramatic Arts Alliance [Alliance des Artistes Dramatiques Arméniens]. Sur la côte Est, les écrivains peuvent intervenir dans le cadre des Gartal Reading Series [Conférences Lire], organisées par Nancy Agabian. Les poètes d’origine arménienne peuvent intervenir sur le blog Armenian Poetry Project, géré et créé par Lola Koundakdjian (blog qui inclut des poèmes écrits en arménien, en anglais et en français). Et en terme de publications, nous pouvons dire – ici même – que The Armenian Reporter accueille tous types d’écrivains créateurs, dans des genres différents.
Certes, je dois reconnaître que de nombreuses opportunités existent. Chacune doit être prise en compte à sa juste valeur. Cela dit, je persiste à croire que beaucoup plus pourrait être fait et, peut-être même, devrait être fait. La liste ci-dessus est loin d’être exhaustive. De fait, si les lecteurs connaissent d’autres ressources, nous serions heureux de les lire dans la rubrique « Lettres à l’éditeur » ou dans d’autres articles ou éditoriaux consacrés à des perspectives d’écriture que nous ignorerions. Ce qui ne veut pas dire, par ailleurs, établir une liste de doléances, mais encore une fois, stimuler, lancer un « appel » en direction de la communauté.
Je présenterai à la suite ma « liste de vœux » à laquelle je me réfère ici, avec à l’appui quelques exemples pouvant être instructifs pour nous, tout en espérant recevoir des retours de la part de certains de nos poètes et écrivains, susceptibles de livrer un aperçu utile.
Entre temps, je croise les doigts, j’adresse quelques prières, glissant quelques propositions de textes dans des enveloppes, et surtout adressant des vibrations positives à nos poètes et nos écrivains à travers le monde, qui ont les yeux penchés sur un livre ou une page blanche, espérant faire naître quelque magie à l’aide de leurs mots.


J’ai évoqué l’idée qu’il faudrait davantage de ressources accessibles aux poètes et écrivains d’origine arménienne. Pour être tout à fait juste, j’ai compilé une courte liste des quelques opportunités accessibles, qui vont de l’Armenian Allied Arts Association aux ressources internet telles que l’Armenian Poetry Project (grâce à Lola Koundakjian). Je voulais m’assurer et vérifier ce qui est accessible, car ces organisations et personnalités sont tout à fait remarquables pour le travail qu’ils accomplissent et la vision qui les anime.

J’ai promis que dans cette seconde partie j’exposerai ma « liste de propositions ». Je vais le faire, mais auparavant, j’aimerais simplement souligner, une fois encore, que ces lignes n’ont pas pour but d’égrener d’énièmes critiques, mais simplement de présenter ce qui me semble manquer et d’encourager tous ceux qui en auront le courage, à faire que des miracles puissent voir le jour, grâce à leur détermination et leurs efforts. Il me faut ajouter que je ne suis aucunement experte en ces choses et que je n’ai pas la prétention d’avoir toutes les réponses en main. Je suis simplement une poétesse / écrivaine qui a consacré des années de recherches et d’espoirs afin que s’expriment des nécessités vitales, qui peuvent, selon moi, se rencontrer.


Voeu 1 : Bourses, prix et concours


Beaucoup de bourses existent en direction des écrivains. J’ai eu la chance de bénéficier de l’une d’elles, généreuse, de la part du Money for Women/Barbara Deming Memorial Fund [fonds du Mémorial Barbara Deming pour les Femmes]. S’agissant de la communauté arménienne, j’ai obtenu une bourse de l’AFFMA, la Fondation du Film ARPA pour la Musique et les Arts. Ces bourses permettent à un écrivain de consacrer une semaine ou un mois (en fonction du montant de la bourse et de l’étendue du projet) à un espace personnel, nécessaire pour un travail d’écriture en profondeur ou une mise au point. Ces bourses accessibles aux poètes et écrivains sont de montants différents, mais trop d’écrivains se heurtent encore à toute une liste de « restrictions » ou de « prérequis ». Certaines bourses sont réservées aux femmes vivant dans l’Ohio, d’autres aux écrivains d’origine afro-américaine âgés de 40 à 50 ans, et ainsi de suite…
Quel bonheur si des bourses permettaient à des écrivains d’origine arménienne de prendre le temps nécessaire, en dehors de leur travail (s’ils en ont un), et de travailler sur un projet, sans avoir à s’inquiéter que l’électricité leur soit coupée ! Il serait aussi utile d’avoir des bourses pour des buts précis tels que l’écriture de projets, l’achèvement d’un ouvrage, l’inscription à des cours de mastère en Beaux-Arts, des lectures et ateliers communautaires, et ainsi de suite. Quelle belle chose ce serait de voir telle organisation ou tel mécène instituer des bourses afin qu’un jeune poète ou écrivain puisse animer des ateliers dans des écoles ou des maisons de repos arméniennes ! Quel encouragement si des bourses permettaient d’aider tel étudiant au sortir du collège à financer les droits d’inscription nécessaires pour suivre des programmes de mastère en Beaux-Arts à travers notre pays !
Quant aux prix et concours littéraires, étant donné qu’il existe des centaines d’opportunités de ce genre accessibles à ceux qui écrivent en anglais, il serait utile d’en avoir pour les poètes et écrivains d’origine arménienne. Ces concours pourraient consister en éditions d’ouvrages ou de brochures pour des manuscrits déjà achevés. Le lauréat ou les lauréats pourraient percevoir une somme d’argent, ainsi qu’un contrat d’auteur, avec une couverture par la critique. Les passionnés du langage tireraient bénéfice de concours d’écriture faisant appel à des poèmes individuels ou des nouvelles. Actuellement, l’Armenian Dramatic Arts Alliance constitue une ressource précieuse qui propose des concours à l’attention des dramaturges.

Vœu 2 : Conférences et ateliers d’écrivains arméniens


Durant toutes ces années, je n’ai assisté aux Etats-Unis qu’à une poignée de conférences d’écrivains reconnus. Je sais aussi que de nombreux groupes ethniques ont leurs propres conférences d’écrivains. Avec le temps, j’en suis venue à penser que si les poètes et les écrivains d’origine arménienne se rassemblaient et créaient leur propre conférence d’écrivains, les résultats seraient étonnants.

Premièrement, certains de nos poètes et écrivains les plus reconnus pourraient animer des ateliers susceptibles d’aider les novices à aiguiser leur art. Des conférences seraient l’occasion de s’inspirer et d’étudier. Et enfin, ce type d’événements, sur une journée, un week-end ou une semaine, serait un lieu de rassemblement, de travail sur internet, créant une communauté plus forte entre les écrivains.

Vœu 3 : Revues littéraires

Beaucoup de revues littéraires ont paru et disparu au sein de la communauté arménienne à travers le monde. Le seul journal que je connaissais depuis des années et auquel j’ai contribué, lorsque je le pouvais, était l’Ararat Literary Journal. Ces derniers mois, j’ai entendu dire que cet ancien périodique avait fermé pour de bon, mais selon de récentes rumeurs, l’information ne serait pas fondée et un retour serait plausible. Tout cela se fonde sur ce que j’ai « entendu dire ». Quoi qu’il en soit, je leur souhaite bonne chance. Sur des forums tel que celui-ci, ceux qui s’adonnent à l’écriture trouvent un lieu où se faire entendre. Mon souhait est que davantage de revues littéraires naissent et soient soutenues – non seulement par des écrivains à part entière, mais aussi par des lecteurs passionnés.


Vœu 4 : Autres – Miscellanées

On peut toujours souhaiter davantage. Par exemple, j’aimerais des annonces dans Poets & Writers ou The Writer’s Chronicle du genre « Appel à contributions auprès d’écrivains arméniens pour une anthologie publiée par […] », mais hélas ! je n’en ai pas rencontré une seule. J’aimerais qu’il y ait davantage de séances de lectures, telles que celles de « Gartal » [Lire], organisées par Nancy Agabian. J’aimerais voir aussi davantage d’écrivains et d’enseignants arméniens dans le cadre des mastères en Beaux-Arts. Je serais heureuse de découvrir davantage d’écrivains arméniens dans les programmes des cours et des séminaires à l’université.
Je ne veux pas en rajouter. J’ai l’impression d’être une enfant qui établit une liste irréalisable et l’envoie à un certain bonhomme à la barbe blanche vivant au pôle Nord avec une horde de rennes. Nul mal à cela, du moment que ces souhaits partent de bonnes intentions. Je sais que certains lecteurs vont se demander pourquoi je ne crée pas moi-même certaines de ces ressources. En fait, pour résumer, je m’implique déjà dans des lectures et j’ai joint un éditeur pour une revue littéraire, entre autres tâches. J’espère vraiment que ces articles contribueront à créer ces ressources. Et enfin, je crois, je souhaite que nous puissions tous mettre la main à la pâte, afin que ceux parmi nous qui sont poètes et écrivains puissent avoir du temps et un espace pour créer nos propres œuvres d’art. Je suis certaine que d’autres vont se joindre à moi en disant tout l’honneur attaché au soutien dû à notre œuvre commune.


Il est temps de prendre des initiatives - moi-même, l’ensemble des écrivains, des mécènes et des décideurs du monde des arts. En première partie de cet essai, j’ai présenté quelques idées pour accroître les ressources en direction des poètes et écrivains d’origine arménienne, écrivant en anglais. Dans la seconde, j’ai dévoilé une liste de vœux visant à davantage de bourses, de prix et de concours, des conférences et ateliers animés par des écrivains arméniens, des revues littéraires, des anthologies et davantage encore.
Avant de poursuivre – prendre en l’occurrence exemple sur deux autres communautés -, j’aimerais souligner deux points.
Tout d’abord, j’ai été heureuse de retrouver certaines propositions dans l’article d’Aram Arkun, " Agir pour améliorer l’état de la littérature arménienne " (publié dans l’édition du 10 janvier dernier de The Armenian Reporter) et de découvrir que l’Union des Écrivains Arméniens tente d’organiser un Congrès des écrivains arméniens écrivant dans une langue autre que l’arménien, congrès qui devrait avoir lieu, espérons-le, à Los Angeles en 2009. A la fin de l’article cité, Arkun évoque la possibilité de publier des anthologies de différents écrivains, en dehors de ceux qui travaillent aujourd’hui. Bien que les points essentiels de son article concernent des séminaires qui ont eu lieu en Arménie, je remercie Arkun – et The Armenian Reporter – de nous laisser envisager les possibilités à venir.
Second point que je dois aborder, avant d’aller plus loin, je me rends compte que les écrivains arméniens doivent faire leurs preuves dans le monde au sens large. Se cantonner à l’intérieur des communautés arméniennes n’est profitable ni à notre héritage culturel, ni au métier d’écrivain. Par ce constat et ces souhaits, je veux simplement souligner que de temps à autre, les écrivains ont besoin d’un soutien extérieur dans leur effort de création. Un peu comme quelqu’un qui s’essaierait à parler face à sa famille et ses amis, et qui obtiendrait en retour une critique loyale, mais positive, de son œuvre, avant d’affronter un public plus large. Un après-midi, je me souviens, alors que j’étais assise à un café sur le campus de l’UCLA, un réalisateur arménien est venu me féliciter à propos d’un de mes poèmes publié dans un journal arménien. Après quelques mots aimables, il m’a rappelé simplement qu’une communauté plus réduite est capable de créer un effet de " bulle ", qu’il est facile d’être prophète en son pays, et que le véritable test se situe dans le monde, au sens large. Aujourd’hui encore, je lui suis reconnaissante de ce conseil.
Parallèlement, néanmoins, je suis favorable à toute forme de soutien que nos poètes et écrivains pourraient obtenir, aussi longtemps qu’ils persévèrent dans leur œuvre, ce qui suppose lire, écrire, étudier, laisser respirer son propre ego et faire courir son stylo aussi souvent que possible. Une fois que la pratique s’améliore, que le niveau d’écriture progresse, nos auteurs peuvent alors décider de l’amplitude qu’ils peuvent donner à leur succès dans beaucoup d’autres communautés et face à beaucoup d’autres publics.
Il existe plusieurs groupes oeuvrant dans le bon sens, s’agissant de ressources. Cave Canem, par exemple, est une association " ayant pour but de faire découvrir et cultiver les voix nouvelles de la poésie afro-américaine ". C’est un " lieu destiné aux voix multiples de la poésie afro-américaine, et dont le but est d’accompagner la croissance artistique et professionnelle des poètes afro-américains. " Créée en 1996 par les poètes américains Toi Derricotte et Cornelius Eady, cette association a commencé par proposer des ateliers et des résidences destinées aux poètes afro-américains, les encourageant ainsi à évoluer dans leur oeuvre et à se réunir. Parmi les nombreuses ressources utiles proposées, une bourse de trois ans incluant une résidence annuelle, un premier et second Prix dotés de critiques prestigieuses, des anthologies annuelles, des conférences et autres manifestations à l’échelle nationale. Tout cela financé au moyen de donations individuelles, mais aussi de subventions versées par des fondations et le gouvernement. Autant de choses qui seraient une mine d’or pour des écrivains issus de toutes communautés, origines ethniques ou héritages culturels. Je connais quelques amis (et je pourrais en dire autant de moi) qui aimeraient avoir la chance de se voir proposer un premier ou second prix littéraire, doté d’une critique prestigieuse…
Le Centre Culturel Hispanique National accueillera en mai prochain le 7ème Congrès annuel des Ecrivains Latino-américains. Ce congrès offre l’opportunité à des écrivains de participer à des ateliers, d’assister à des tables-rondes et d’avoir " trois rendez-vous : avec un agent, un auteur et un éditeur ". Qui refuserait de telles opportunités ? Ce Congrès s’engage à faire venir des auteurs, des agents et des éditeurs connus au niveau national. Contrairement à Cave Canem qui ne s’intéresse qu’à la poésie, le Congrès national des Ecrivains latino-américains accueille des écrivains latinos dont l’œuvre concerne aussi bien l’écriture romanesque que la poésie, la biographie, le théâtre, l’écriture de scénarios, la nouvelle et la littérature pour enfants. De telles ressources ouvrent aux écrivains un monde qui ne leur est pas souvent proposé.
L’admirable dans ces organisations et leurs efforts est qu’elles ouvrent des possibilités aux écrivains. Si ces ressources n’étaient pas disponibles, je gage que je ne connaîtrais pas autant de poètes et d’écrivains qui aient émergé sous les feux de la rampe, grâce à ces congrès et tout ce qu’ils offrent. Je sais, par exemple, que si un livre remporte le Premier Prix Cave Canem, il éveillera mon intérêt de lectrice, qu’intéressent les voix contemporaines en littérature. Dans une culture où parfois " qui tu connais " importe plus que ce que tu fais, ou dans un genre littéraire dans lequel votre genre ou votre lignée conditionnent votre succès, il est bon de donner à plus de voix l’opportunité d’émerger et d’être entendues.
Dans la conclusion qui va suivre, nous recueillerons les sages avis de certains de nos éminents poètes, écrivains et professeurs. Entre temps, je continue à écrire, puis à rêver d’un jour où j’aurai le choix entre adresser une candidature pour participer à un Congrès des Écrivains Arméniens, envoyer mon manuscrit pour un prix littéraire destiné aux écrivains d’origine arménienne, ou encore remplir mon sac pour animer un atelier de poésie dans une salle remplie de collègues, de confrères, aussi impatients de me rencontrer que je le serais d’eux…



Ce mois-ci, mon éditorial s’est centré sur des " vœux littéraires ". Au début, j’ai proposé de créer davantage de ressources pour les poètes et écrivains d’origine arménienne, écrivant en anglais. J’ai fait état des opportunités déjà existantes. Une liste de propositions a été lancée. Des exemples provenant d’autres communautés ont été cités en modèle.

Avant de conclure, j’aimerais souligner que lorsque je fais état de mes souhaits ou de mes rêves, j’espère toujours que ces aspirations ne me traverseront pas l’esprit comme lorsque je suis absorbée dans mes pensées. Par exemple, en rédigeant ces études, je ne me base pas seulement sur mes besoins et désirs personnels (bien que je serais parmi les premiers à souscrire aux idées qui ont été exposées). La perspective va au-delà. Tout comme j’aimerais bénéficier d’opportunités, j’aimerais un jour, au cas où j’eusse fait mes preuves dans le monde des lettres, et si par chance un jeune poète d’origine arménienne me demandait conseil, pouvoir lui présenter plus que quelques ressources. J’aimerais pouvoir dire : " Oui, voilà comment j’ai débuté ! "


Pour cet exposé final, j’ai pensé qu’il conviendrait de s’adresser à quelques-uns de nos poètes et écrivains, qui non seulement ont réussi leurs parcours, mais continuent à nous étonner année après année par leur virtuosité. J’ai donc demandé à Peter Balakian, Diana Der-Hovanessian et Gregory Djanikian de répondre à quelques questions concernant les thèmes que j’ai brièvement abordés précédemment et de nous faire part de leur sagesse et de conseils pratiques. Voici quelques-unes des réponses qui ont surgi lors de nos échanges en ligne.

Lory Bedikian : J’aimerais vous interroger au sujet du manque de ressources pour les poètes et écrivains d’origine arménienne. J’ai déjà exposé précédemment les quelques opportunités disponibles, y compris les bourses et prix institués par l’AFFMA (la Fondation ARPA du Film pour la Musique et les Arts), le Prix Anahid de Littérature, le concours de l’Armenian Allied Arts Association et celui de l’Armenian Dramatic Arts Alliance. Les écrivains sur la côte Est ont la possibilité d’intervenir lors des conférences Gartal organisées par Nancy Agabian. Les poètes d’origine arménienne peuvent contribuer au blog Armenian Poetry Project, animé et créé par Lola Koundakjian (blog qui inclut des poèmes écrits en arménien, en anglais ou en français). Et en terme de publications, rappelons que ce même média – The Armenian Reporter – accueille toutes sortes d’écrivains créateurs dans des genres différents. Connaîtriez-vous d’autres ressources que nous n’aurions pas citées, s’adressant uniquement à des écrivains arméniens ?


Diana Der-Hovanessian : Je songe à deux autres publications pour les écrivains arméniens américains que vous n’avez pas citées : The Armenian Weekly comporte une rubrique de poésie et Groong publie un nouveau poème chaque semaine. Ce sont des médias gratuits, mais qui ont constitué leur lectorat.


Gregory Djanikian : D’après moi, vous avez couvert à peu près tout. Je ne connais pas vraiment d’autres ressources traitant des lettres arméniennes, mis à part ALMA [NdT : Armenian Library and Museum of America] (avec sa riche bibliothèque sur l’histoire et la culture arméniennes), l’Association Culturelle Arménienne d’Amérique à Watertown, Massachusetts, et l’association Hamaskaïne, qui soutient des conférences un peu partout… Voilà tout ce que je sais.


Lory Bedikian : Ararat aurait récemment publié son dernier numéro en tant que revue littéraire. Je sais que d’autres revues animées par et pour des écrivains arméniens ont existé ou naissent et disparaissent, mais pourquoi, selon vous, ne sont-elles pas plus nombreuses à notre époque, compte tenu en particulier de la tendance actuelle à publier sur internet, etc ?


Gregory Djanikian : Cela est peut-être dû au fait que beaucoup parmi nous ne s’impliquent pas totalement pour alimenter et soutenir la création littéraire arménienne en Amérique. Je comprends la difficulté qu’il y a, en ces temps de difficultés économiques, à produire une revue littéraire, mais comme vous le rappelez, les revues en ligne coûtent incomparablement moins cher à soutenir. Je me rappelle que lorsque j’ai grandi à Alexandrie, en Egypte, la littérature, y compris les poèmes et les romans arméniens, jouait un rôle important dans notre famille. Nous les récitions, nous en apprenions quelques-uns par cœur. Je me demande si elle a perdu ce rôle singulier au sein des familles ici ; en fait oui, et pas seulement dans les familles arméniennes. Mais je veux espérer que les Arméniens feront renaître leur ferveur pour la création littéraire, en particulier la poésie, compte tenu de notre riche héritage dans ce domaine.


Lory Bedikian : De nombreux autres groupes culturels ou ethniques ont leurs propres congrès d’écrivains. D’après vous, que faudrait-il faire pour créer quelque chose de ce genre pour les écrivains arméniens ? De nombreux écrivains d’origine arménienne s’essaient à la création, mais ne serait-il pas bénéfique pour ce groupe d’avoir ses propres ateliers et séminaires, conçus en sorte d’aborder des questions liées spécifiquement aux origines, à l’héritage culturel, etc ? Certaines revues, concours ou éditeurs sont plus " ouverts " aux écrivains d’origine arménienne et à leurs thématiques, mais ne serait-il pas utile de disposer de ressources dédiées uniquement aux écrivains d’origine arménienne ? Quel type de ressources, selon vous, les aideraient ?


Peter Balakian : Naturellement, je pense qu’il serait intéressant et utile pour les écrivains arméniens de se réunir lors de colloques ou séminaires ou même dans des circonstances moins formelles ; je pense que les écrivains retirent un bénéfice en se socialisant quelque peu et en brisant certaines barrières érigées, semble-t-il, pour des raisons variées. Cela pourrait conduire à des échanges intellectuels et à apprendre aussi. En même temps, je ne pense pas que des écrivains de quelque groupe ethnique tirent un bénéfice quelconque s’ils se contentent de se rencontrer ; écrivains et artistes ont tout d’abord besoin de construire leur identité dans le monde élargi, global, dans notre cas celui de la culture américaine, car c’est un monde plus large où l’écriture et l’art d’untel sera accueilli et aura un impact plus large ; la plupart des écrivains et des artistes veulent atteindre le monde le plus large possible, faire partie des forces en marge le plus en rupture possible et créer l’art et la littérature la plus belle qui soit. Transmettre des aspects de la sensibilité arménienne vers un monde plus large est sain pour la culture arménienne, comme pour celle américaine.


Gregory Djanikian : J’ai un peu la nausée, lorsque des groupes de gens partageant une même mentalité, un même héritage, ne font qu’un. Je trouve que cette ségrégation, même volontaire, conduit au renfermé et parfois, et même trop souvent, à l’autosatisfecit. Je pense qu’il faut toujours un choc des cultures, des contextes, des expériences vécues, des idées pour donner à telle écriture une visée qu’elle n’aurait pas sinon. Trop de murs séparateurs conduisent inévitablement à rechercher une fenêtre ouverte sur l’ailleurs.


Diana Der-Hovanessian : Je n’ai pas une grande expérience des congrès d’écrivains, exceptés ceux que j’ai organisés pour le Boston Globe Book Festival, mais j’ai participé à plusieurs d’entre eux à Erevan… Cela coûte cher. Mais voyager en Arménie est très utile à plusieurs niveaux. L’Arménie – où rues et places portent des noms de poètes !


Lory Bedikian : Que faudrait-il faire pour créer davantage de bourses, de prix récompensant des brochures ou des livres, des anthologies, et autres joutes d’écriture pour les poètes et écrivains d’origine arménienne ?


Gregory Djanikian : A mon avis, la publicité est la clef pour faire connaître la création arménienne. Je souhaiterais qu’il y ait une institution versant de l’argent pour publier des ouvrages écrits par des Arméniens, encourageant les recensions critiques dans les lieux qui comptent, s’assurant que les libraires font leur travail. Les éditeurs, en particulier les presses universitaires, ont un budget très limité dans ce domaine, et même les éditeurs commerciaux ne font du battage que pour quelques titres. Je pense que des bourses et des prix réservés à des écrivains arméniens sont une bonne idée, en particulier pour ceux qui ont besoin de soutien financier, mais nous devons aussi défendre l’idée que la littérature arménienne ne concerne pas uniquement les Arméniens, qu’une œuvre n’a pas à être définie comme écriture arménienne, mais comme une écriture qui répond au canon littéraire international, écrit par ceux qui ont une histoire particulière à raconter, mais une histoire, pourtant, de toutes les époques.


Peter Balakian : Je pense que des bourses et des subventions sont nécessaires pour les écrivains, les artistes et les chercheurs arméniens ; un mécanisme correctement financé et suivi, auquel les écrivains pourraient faire appel et obtenir un soutien – notre communauté a aussi besoin de soutenir la traduction, à nouveau via un mécanisme bien conçu et suivi grâce auquel des œuvres d’art et des écrits arméniens puissent être traduits, dans notre cas, en anglais ; si notre communauté peut commencer à faire cela, elle a le potentiel pour aider à lancer des écrivains et des artistes vers un monde plus large où des aspects de la sensibilité arménienne peuvent apporter une contribution dans un sens plus global.


Diana Der-Hovanessian : Un des bonheurs d’être un écrivain arménien américain c’est que nous appartenons à une communauté qui a toujours admiré les poètes. Dans un certain sens, nous héritons d’un lectorat constitué. Des écrivains d’autres minorités m’ont dit envier notre public lors de séances de lecture et même notre trimestriel Ararat ! Je trouve gratifiant le lectorat arménien, mais je n’ai bénéficié de l’aide d’aucune organisation arménienne. Je trouve que le National Endowment for the Arts [Fondation Nationale pour les Beaux-arts], les bourses à la traduction et celles de la Commission Fulbright sont très utiles, vraiment.



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Lory Bedikian est titulaire d'un mastère en Beaux-Arts de l'université d'Oregon. Son recueil de poésies a été sélectionné à deux reprises en finale des Crab Orchard Series dans la série Poésie Ouverte, ainsi que pour le Prix du Premier livre de Poésie.

Traduction : George Festa - 02.2009 - Tous droits réservés
Article original :
http://www.reporter.am/pdfs/C011009.pdf (1ère partie)
http://www.reporter.am/pdfs/C011709.pdf (2ème partie)
http://www.reporter.am/pdfs/C012409.pdf (3ème partie)
http://www.reporter.am/pdfs/C013109.pdf (4ème partie)


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