mercredi 25 février 2009

Murs - II

© Cornelie Müller-Gödecke




Cette petite fenêtre de pierre. Fleurie de lichens. Constellation de rouille. Ici et là le trait. Qui suit la courbure, le creux. Comme pour masquer les entailles. Les cicatrices. Ce ciel mat. Lire au bas. Rivages nacrés, mouvants. Aborder l’île perdue. Tu t’approches. Et soudain les visages. Réduits à deux silhouettes. Debout. Tels deux enfants qui ne cessent d’interroger. Sans mot dire. Frère et sœur. Sur le pas de porte. Les champs de bleuets. La pluie. Ils attendent. L’obscurité s’anime. Battements d’ailes. Nuages. Les signes indéchiffrables. Dialogue muet. Stèle de vie. Ils sont là depuis si longtemps. Hier. Tout à l’heure. Ces instants millénaires. Si fragiles. Battements. Tu essaies à chaque fois. Les éléments généreux. Chaque forme s’invite. Danse des souvenirs. Telle une photographie oubliée. Usée jusqu’à la corde. Ces horizons de bateaux, de naufrages. Où se raccroche celui qui toujours a dû partir. Totem de pardon, de réconciliation. Ils ont battu des mains, parcouru le jardin. Les herbes folles. Les chemins lointains. Mayrig. Les murs familiers. Pièces interdites. Les escaliers fous. Mas perdu en plein soleil. Cyprès, ondulations des blés. Et puis retrouver les pas. Origine de la lignée. Ne pas se résoudre. Aux arrachements. Aux sables mouvants. Réconcilier. Même si les noms t’échappent. Ont disparu dans la nuit. Cris d'oiseaux. Nuée d’insectes. Reconnaître une empreinte. Qui t’a conduit là. Tant d’autres sont venus. Épouser ce silence. Tu devines. La brûlure des saisons. Aveuglé de soleil. Noyades d’hiver. Le bloc suintant. Ils se sont fondus à la terre. Sans jamais se perdre. Main dans la main. Face au chaos. Si loin. Hors du cadre. Un instant ils sont venus. Anges invisibles. T’apercevoir. Ce signe. Flammèches. Et puis tu commences à distinguer. Comme une Cène intacte. Vois cette nappe, ces verres. Tous ces repas qui tenaient du miracle. Si fugitifs. Qui t’ont révélé tant de clés. Comme les feuilles d'un journal disparu. Les enfants écoutent. Ce monde que tu pressentais alors. Fait de menaces. D’erreurs. De mensonges. S’immerger de mousse. Le bloc poreux. Qui s’imprègne de ciel, de brouillards. Obscurité. Tu as froid. Traverser les murs. Fragilité. S’enivrer de rires, de sables. Courir après la dune. Les vagues si brèves. Vertige marin. Cerf-volant. Pris dans la nasse. Dessiner toi aussi. Renaître. Tu es au seuil. Noratous.

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GFesta - 26.02.09 - Tous droits réservés
Cornelie Müller-Gödecke est photographe, passionnée de poésie arménienne
site : http://www.zweiterblick.de
Elle collabore avec le compositeur arménien Avet Terteryan



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