mardi 31 mars 2009

Frontières

Frontière arméno-turque, Khor Virap
Région d'Ararat - République d'Arménie



Arménie-Turquie : la frontière fermée la plus ancienne

par Ruben Mangasarian
(Hetq.am)



La frontière entre l’Arménie et la Turquie est fermée depuis 1927. Durant la période soviétique, cette frontière était la plus strictement gardée de l’Union, car la Turquie était un Etat membre de l’OTAN. Or, depuis l’effondrement soviétique et l’indépendance de l’Arménie, cette frontière est restée fermée jusqu’à aujourd’hui.
Il n’existe aucune relation diplomatique entre ces deux pays. Le conflit au Nagorno-Kharabagh, la question arménienne et la demande de reconnaissance du génocide arménien constituent les principales raisons. L’absence de relations diplomatiques a des conséquences très négatives pour les deux pays. Elle n’offre aucune opportunité de créer une société ouverte, un libre commerce, des échanges et une intégration culturelle non seulement pour l’Arménie et la Turquie, mais aussi pour la région concernée.
A mon avis, cette frontière est un vestige « gelé » de la Guerre froide. Du côté arménien, elle est vécue comme une porte fermée vers l’Europe. Et cela a indubitablement un impact négatif sur l’ancrage des valeurs démocratiques en Arménie via une connexion facilitée avec les autres pays européens.
Les peuples qui voisinent des deux côtés de cette frontière fermée vivent isolés l’un de l’autre. Ils ne peuvent se déplacer librement, ni développer leurs relations, bien que vivant dans des villages très proches les uns des autres. Ce qui a un effet très négatif dans leurs existences et leurs mentalités. Ils vivent dans une nostalgie. Un jour, j’ai entendu une femme du village de Bagaran, en Arménie, dire qu’elle ne rêvait pas d’aller à Paris, mais qu’elle souhaitait venir au moins une fois dans le village qui se trouve juste derrière le sien, simplement pour une demie heure, pour voir comment les gens y vivent.
Selon la rumeur, ce serait la frontière fermée la plus longue qui ait jamais existé. Même la frontière nord-coréenne est fermée depuis moins longtemps, après la Seconde Guerre mondiale. Mais celle qui sépare l’Arménie de la Turquie est la plus longue et la plus « verrouillée », étant strictement surveillée des deux côtés par les gardes turcs et russes. Selon un accord, les troupes russes gardent les frontières arméniennes avec la Turquie et l’Iran. Des fils barbelés longent toute la frontière avec la Turquie. Cette fermeture n’est donc pas un vain papier. Il existe même des constructions militaires datant la Guerre froide. Et jusqu’à ce jour, photographier la frontière est strictement interdit dans les deux pays.
En octobre 2008, dans le cadre d’un projet photographique, j’ai effectué un voyage le long de cette frontière des deux côtés, avec un photographe turc. C’était pour moi une sorte de recherche vivant à développer ce concept. (Voir les images dans l’album joint.)
Le côté absurde de cette situation est que l’on peut se rendre en Turquie depuis l’Arménie à travers la Géorgie, bien qu’il existe un moyen plus court et direct, lequel est fermé.
J’ai l’intention de faire un documentaire à long terme sur cette frontière fermée des deux côtés. Le but est d’avoir une image globale de cette frontière fermée, ce qui inclura les spécificités et des détails visuels très particuliers. Cette image est très importante en tant qu’illustrant le problème soulevé au 20ème siècle par l’Union Soviétique et qui existe encore maintenant, du fait de l’inertie.
Les matériaux de ce photodocumentaire seront archivés et proposés aux mass médias des deux pays, et donneront lieu à des expositions.

Portfolio : http://hetq.am/en/category/photostory/?album=7

Article original : http://hetq.am/en/society/the-longest-closed-border/

Traduction : Georges Festa - 03.2009

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