mardi 3 mars 2009

Ossip Mandelstam



Je ne me souviens plus
du mot que je voulais dire




Je ne me souviens plus du mot que je voulais dire
L’hirondelle aveugle regagne le versant d’ombre
Les ailes resserrées, jouer avec ses compagnes de lumière.
S’élève le chant de la nuit. Le souvenir absent.

Nul oiseau. Nulle floraison sur les fleurs desséchées.
Crinières luisantes des chevaux de la nuit.
Un bateau vide dérive sur la rivière nue.
Egaré parmi les sauterelles le mot attend.

Lentement il émerge, tel un lieu saint, ou une housse,
Se précipitant, fou, telle Antigone,
Ou retombe, maintenant, hirondelle morte, à nos pieds
Tenant un rameau de verdure, compassion sombre.

Oh, retrouver la défiance d’une caresse intuitive,
Et le plaisir entier d’être reconnu !
Tant redouter le sanglot des Muses,
Brume, sons de cloches, perdition.

Les créatures mortelles peuvent aimer et reconnaître : pour elles
Grâce à leurs doigts, peut naître et jaillir le son
Je ne me souviens plus du mot que je voulais dire,
Désincarnée, une pensée rejoint le domaine de l’ombre.

Sous une autre apparence s’exprime l'être de lumière,
Toujours cette hirondelle, si chère, Antigone…
Sur tes lèvres la brûlure d’une glace noire,
Et ces rumeurs impénétrables dans ta mémoire.


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Traduction GFesta - 04.03.2009

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