samedi 18 avril 2009

Akgun Akova



père ne crie pas sur moi


à ceux qui ouvrent leurs parapluies

pour que sèche reste la route …




père ne crie pas sur moi

tu fais fuir les rossignols de mes forêts

tu exploses les portes de mes oreilles

les portes père les portes ont fui

- emportant avec elles les fenêtres
les ténors se sont enfuis des cordes vocales

de mini dictateurs sont partout

alors de nombreux sopranos te veulent
- mais nous ne pouvons partager avec toi

père ne crie pas sur moi

raconte-moi les histoires des aigles perchés sur le mât du drapeau
comment ils furent incapables hélas de voir les chasseurs

- de leurs yeux perçants
la chance est le mensonge des étoiles père

tu changes les étoiles en planètes en leur crachant dessus

tu pends des combattants à la barbe du monde

j’ai consigné ces mensonges dans mon carnet ne jamais les oublier
les ministres qui se méprennent sur le rayonnement d’une station de radio
les salauds qui scellent le plafond du Parlement avec

- leurs sales boulettes de viande

les douleurs postnatales des femmes qui donnent naissance aux nations naines

je n’oublie jamais
les hommes qui oublient leurs visages dans leurs barbes

et leurs barbes dans leurs visages
et les fragments éparpillés de la bombe dans les champs

- d’orties brûlantes
- qui ont fait d’Uğur Mumcu chacun de nous

je n’oublie jamais
tous ces pièges père lointains et proches
tu es un jouet ce camion qu’écrase la route

un arbre de douleur que brise le poids de la neige lourde

tu accordes le printemps aux idiots
et ils ne le rendent pas

comment pouvons-nous comprendre ô père

tout ce qui est arrivé au soleil si nous n’avons pas notre printemps

père ne crie pas sur moi
tes mots entrent par une oreille
- mais assourdissent l’autre

je me dis que j’aimerais être à Buenos Aires

- à l’époque d’Eva Peron
un train qui enlève les oiseaux aux ténèbres

fuyant les couteaux

dans la ville dont le tango fait s’élancer les jambes

mais c’est bon d’être ici, ici sans rien oublier

ici
où la connaissance est plus douloureuse que l’ignorance

ici, face à toi

le temps ressemble à de l’huile de ricin en prison

les heures qui s'embarquent tels des vaisseaux de sang épais dans les hôpitaux

ici et là sont ceux qui dissimulent

- l’honneur de leurs épouses sur leurs langues

les enfants qui se perdent sur les chaînes de télévision
le poisson qui se raccroche à la mer pour ne pas tomber dans le ciel

et ces statues de Lénine rangées dans des souterrains

- en Russie soviétique

pourquoi ne range-tu pas ces murs dans ta tête

dans tes poches père

père ne crie pas sur moi

tu n’as pas conscience

que le monde est un timbre-poste

- dont le revers collant est rendu humide par l’opprimé

jusqu’à ce qu’un trou noir dans l’espace nous avale

tu es ce chat poussé au-dessus de la cavité de l’ascenseur

maintenant il est temps de le dire

la situation du pays est l’œuvre des partis

- pour lesquels tu votes père
mais je suis ici, ici sans rien oublier

debout en alerte pour la vie et notre histoire récente


père ne crie pas sur moi
si un poème est blessé à la jambe
jusqu’où peut-il aller

père ne crie pas sur moi

crie sur toi

ainsi tout pourra prendre fin



Akgun Akova


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Traduit de l’anglais (adaptation Cevat Çapan) :

Georges Festa – 04.2009
- Tous droits réservés

Source : http://www.cs.rpi.edu/~sibel/poetry/poems/akgun_akova/english/father_dont_shout_at_me.html