vendredi 3 avril 2009

Nazim Hikmet


Rubai



Voici l’aube. Le monde s’illumine
comme l’eau qui laisse tomber au fond
ses impuretés. Et te voilà, tout d’un coup
toi, mon amour, dans la clarté infinie
face à moi.

Jour d’hiver, sans tache, transparent
comme le verre. Mordre la pulpe candide et saine
d’un fruit. T’aimer, ma rose, c’est comme
aspirer l’air d’une pinède.

Qui sait, peut-être ne nous aimerions-nous pas autant
si nos âmes ne se voyaient de loin
nous ne serions pas aussi proches, qui sait,
si le sort ne nous avait séparés.

C’est ainsi, mon rossignol, entre toi et moi
il n’y a qu’une différence d’échelle :
tu as des ailes et ne peux voler
moi j’ai des mains et ne peux penser.

Fini, dira un jour mère Nature
fini de rire et de pleurer
et reviendra la vie immense
qui ne voit ni ne parle ni ne pense.


Nazim Hikmet

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Ce siècle qui est le mien ne me fait pas peur



Ce siècle qui est le mien ne me fait pas peur,
Ce siècle qui est le mien, empli de misère et de cruauté
Ce siècle qui est le mien, courageux et héroïque.
Jamais je ne dirai avoir vécu trop tôt ou trop tard.
Je suis fier d’être ici, avec vous.
J’aime ce siècle qui est le mien, qui meurt et renaît
Un siècle dont les ultimes jours seront beaux
Un jour ce siècle qui est le mien resplendira
Comme tes yeux.


Nazim Hikmet

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Traductions : Georges Festa – 04.04.09