samedi 18 avril 2009

Peter Balakian

Arshile Gorky – Eau de moulin en fleurs



To Arshile Gorky



1. Landscape



The sun hangs all day in sight.

Highsummer is on me. I watch
the fantailed leaves of the chestnut
spread in the air. Hemlock and rose

bring back the purple earth.

Before my eyes this very noon
three cardinals rising from fuschia

became a plume thinning in the air.


In my boyhood garden

my father's vines were weighty

with the honey-scent of hanging things -
eggplant, color of the blood-in-vein.
The sun falling through our giant oak

lit the grass, moss, ivy;

in silver light they eddied as a tide

and all the fence dissolved around his hands.



2. Anatomy



In the shade where suckle falls

like gentle water over our side fence,
the eyes see eggs. Rabbits nest
in the wild carrot. When I walk out

to the empty summer garden my father

used to tend, my tendons are drawn

out like zither strings. A raccoon hides

in the tissues of the stomach.

The blood that drives my thighs

a thousand times by night rises

in each milky spike of weed

and by morning spills into the lavender

you call the day.


Here, your heart's an apricot

lost on a tree; columbine, a flock

of doves, rises in my mouth.


3. History



Cousin, uncle, brother, fellow

townsman, I come to you this day

deported with berry soil on my hands.
Somewhere between your lake in Armenia

and this place there is a trail

of ash -- almost chalk -- to bring

the limbs back to fullness.

Your mother's stomach is a dried fig


on your palette. Though swallows

glide and turn through the rope

still hanging in your barn,
in this ghostly light you are a shadow:

off-white, then gray, then a wisp

of flame rising in the dust.



Peter Balakian



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Pour Arshile Gorky




1. Paysage



Tout le jour s’offre à la vue le soleil.

Sur moi la chaleur de l’été. J’observe

les feuilles découpées du châtaignier

que l’air disperse. Ciguë et rose

ramènent la terre pourpre.

Devant mes yeux le plein midi

trois rouges cardinal montant du fuschia

se font plume se dispersant dans les airs.

Dans le jardin de mon enfance

lourds sont les raisins de mon père

l’odeur de miel en suspension –

aubergine, couleur du sang dans les veines.

Le soleil qui traverse notre chêne géant

illumine herbe, mousse, lierre ;

dans la lumière argentée ils tourbillonnent telle une marée

et toute la palissade se dissout dans ses mains.



2. Anatomie



A l’ombre où s’écoule le lait

telle une onde douce par dessus notre clôture,
le regard découvre des œufs. Les lapins se nichent
parmi la carotte sauvage. Lorsque je sors

dans le jardin d’été vide que mon père

a l’habitude d’entretenir, mes tendons s’étirent

telles des cordes de cithare. Un raton laveur se cache
dans les tissus de mon estomac.


Le sang qui anime mes cuisses

un millier de fois chaque nuit s’élève

dans chaque pointe laiteuse de laine

et au matin se répand dans la lavande

tu appelles le jour.


Là, ton cœur est un abricot

perdu sur un arbre ; la colombine, un essaim

de colombes, monte à ma bouche.


3. Histoire


Cousin, oncle, frère, ami

de la ville, je viens vers vous aujourd’hui

déporté, de la terre brune dans mes mains.

Quelque part entre ton lac en Arménie

et cet endroit existe une traînée

de cendres – presque de la craie – rendre

les membres à la totalité.

L’estomac de ta mère est une figue sèche


sur ta palette. Bien que les hirondelles

glissent et traversent la corde

toujours accrochée dans ta grange,

dans cette lumière fantomatique tu es une ombre

blanc cassé, puis grise, alors la volute
d’une flamme s'élevant dans la poussière.


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Traduction : Georges Festa – 04.2008 - Tous droits réservés


Ce poème a paru dans le volume Reply from Wilderness Island [Sheep Meadow Press, 1988].


Source : http://armenian-poetry.blogspot.com/2006/10/peter-balakian-to-arshile-gorky.html


Cliché : http://www.vangoghgallery.com/artistbios/Arshile_Gorky.html