jeudi 16 avril 2009

Remember 1 / 24




Aghavni Gevorgyan : la paix n’est qu’un mot



Son prénom, Aghavni, signifie « Colombe ».
Un prénom qui symbolise aussi l’âme et la paix.
En 1915, âgée de quatre ans, Aghavni, la petite colombe, trouve un lieu de paix au sein d’un orphelinat au Liban. Comme des milliers d’autres enfants, Aghavni Gevorgyan fut séparée de sa famille, lorsque les invasions des Turcs firent des enfants arméniens des orphelins.
Aghavni avait deux frères, dont elle fut séparée. L’un d’eux, Hovhannes, établi en France, ne revit jamais sa famille.
La cousine d’Aghavni, Armenuhi, vivait aussi au Liban. Un jour, elle reconnut Aghavni parmi les orphelins. C’est ainsi que notre petite Colombe trouva un nouveau « nid ».
Un peu plus tard – 17 ans après sa disparition – un visage plus familier fit retour dans la vie d’Aghavni.
Une photo avec sa mère lui rappelle leurs retrouvailles en 1932 et arrache toujours des larmes de joie sur les joues pâles d’Aghavni.
« Ma mère avait une cicatrice au cou, se souvient Aghavni. Ce n’est que lorsque j’eus mon second enfant qu’elle m’en fit le terrible récit. »
Elle portait une chaîne en or à son cou. Lors des déportations, les Turcs voulurent la lui arracher, mais n’y arrivèrent pas. Sa mère finit par porter une cicatrice à la place de sa chaîne en or.
En 1933, Aghavni épousa Gevorg à Alep. Gevorg est originaire d’Arménie Occidentale et fut sauvé par une famille de Turcs qui éprouvaient de la sympathie pour les Arméniens.
Il apprit qu’il était un Arménien par un garçon turc qui l’appelait « Djavour ». La maîtresse de maison où il vivait lui expliqua que « Djavour » signifiait Arménien.
« C’est quoi Arménien ? »
« Tu en es un. »
« Dans ce cas, où est ma mère ?… »
Voilà comment un garçon de 12 ans environ eut connaissance de ses origines, ayant tant de questions et de réponses qu’il pensait pouvoir ne trouver que dans ce village. Cette quête de réponses le ramena vers son village, la maison de sa tante et sa sœur.
Aghavni interrompt là son récit : « Les vieilles personnes parlent beaucoup. Et plus elles parlent, plus tu apprends de chagrin. »
Aghavni et son mari partirent pour l’Arménie en 1946, emmenant avec eux leurs six enfants. Ils en eurent trois autres dans leur mère patrie. Ils louent un appartement dans le quartier d’Arabkir près d’une blanchisserie.
Ils venaient juste de s’installer, lorsqu’une jeune femme se présenta en leur demandant d’arranger la clef d’une valise. Par chance, le mari d’Aghavni, Gevorg, était artisan et pouvait réparer pratiquement tout. Mais Aghavni eut encore plus de chance, car cette femme se rendait en Arménie occidentale et pouvait lui donner des nouvelles de son frère, qu’elle avait perdu après 1915. Ce qu’elle fit.
Aghavni raconte aussi l’histoire de son frère cadet, Hakob, qui fut lui aussi sauvé après les attaques des Turcs. Sauvé, comme Gevorg, par des Turcs. Et elle s’en souvient, comme sa mère, à cause d’une cicatrice.
Cette cicatrice marqua son visage, tandis qu’avec son frère ils aidaient leur père à ferrer un cheval. Le jeune Hakob n’était pas encore suffisamment fort et adroit pour tenir le canon du cheval et celui-ci le frappa d’une ruade.
A nouveau, un Turc tendit une main secourable à la famille d’Aghavni. Un des marchands turcs brûla la crinière du cheval et la plaça sur l’œil de l’enfant, le sauvant ainsi. Lorsque les attaques des Turcs prirent fin, ce même homme paya un Kurde de plusieurs pièces d’or afin qu’il fasse passer le garçon au-delà de l’Euphrate, en lieu sûr.
Il s’installa à Armavir, dans la région de Krasnodar en Russie, trouva un emploi dans le magasin d’un Arménien et s’établit là. Il épousa la fille du marchand. Ils eurent deux enfants.
En 1937, on leur annonça que tous ceux qui voulaient quitter le pays étaient libres de le faire en 24 heures. Hakob ne partit pas. Il avait une famille et il était déjà établi. Néanmoins, il réussit à lui envoyer une note sur une cigarette où il avait écrit : « La blessure sur mon œil est guérie. » Cette note parvint à Aghavni et c’est ainsi qu’elle apprit qu’il était vivant. Néanmoins, ils ne se sont jamais vus.
Aghavni a eu neuf enfants. Cinq d’entre eux sont toujours vivants, mais trois seulement vivent en Arménie. Elle a perdu le contact avec son frère et ses neveux qui vivent maintenant en Russie et en France.
Notre petite Colombe a tenté de rassembler sa famille. Toutefois, les événements qui se passèrent il y a 94 ans sont encore proches, même si les blessures se sont cicatrisées.

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Source : http://www.armenianow.com/pdf/remember24.pdf
Traduction : George Festa - 04.2009 - Tous droits réservés