jeudi 2 avril 2009

Vahan Tekeyan

© Ahmad G


A un pin du Liban



Du passé s'épanouit ta souffrance, ô pin
Ombragé de lumière… A peine surgi du sol
Tu perds ta branche originelle, dont la trace
Est encore sèche et pousse tel un bras cassé.

Puis d’autres branches sans nombre lui succèdent,
Et dès qu’elles jugent suffisamment grandi ton tronc
Aux plus hauts noeuds elles permettent de germer et prendre corps,
S’ornant en silence d’une chevelure transparente.

Puis sur elles abondent de nouvelles traces de découpe,
Toutes tes petites-filles et petits-fils morts-nés,
Dont tu es devenu le fervent sépulcre.

Mais aucunement n’inspires-tu, ô vert arbre des montagnes
Au souvenir de tant de victimes, quelque idée de chagrin,
Sans cesse tu redonnes la vie et te berces d’allégresse.


Vahan TEKEYAN
Dhour Shoueir, Liban, août 1937

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Traduction Georges Festa – 02.04.09