lundi 18 mai 2009

Alejandro Tantanian - Interview

© www.santelmoonline.com


Etre artiste sur plusieurs fronts :
Entretien avec Alejandro Tantanian

par Juan José Santillán

www.clarín.com



[Alejandro Tantanian est auteur, metteur en scène, chanteur et traducteur. Né le 23 mai 1966 à l’Hôpital Allemand de Buenos Aires. D’origine arménienne par son père et sa mère, son lieu de naissance a-t-il marqué son penchant pour la langue allemande ? Conseiller artistique du théâtre Sarmiento, il part prochainement réaliser une version de Kafka en Allemagne et reprend De noche [Nuit].]

Alejandro Tantanian enquête sur la littérature et la musique en tant que sources essentielles de théâtralité. Son travail sur Dostoïevski est à l’origine de deux récents spectacles remarquables : Los Mansos [Les Doux], inspiré du roman L’Idiot ; et Los Sensuales [Les Sensuels], aux motifs repris des Frères Karamazov.
Certaines de ses mises en scène ont pour caractéristique un style et un cachet incomparable, tant pour le résultat artistique au croisement de la littérature, de la musique et du théâtre, que pour l’atmosphère qui se dégage à chaque répétition.

Récemment, Alejandro Tantanian a été nommé conseiller artistique du théâtre Sarmiento, l’espace « expérimental » du Complexe Théâtral de Buenos Aires. Parallèlement, il a lancé, en milieu d’année, une version de Hamlet, avec Elena Tasisto dans le rôle principal. En outre, un des deux théâtres nationaux d’Allemagne, le Nationaltheater de Mannheim, l’a engagé pour inaugurer le 25 avril [2009] une version du roman Amerika de Franz Kakfa, avec six acteurs allemands et un Argentin, Diego Velázquez, qui a participé à d’autres mises en scène de Tantanian telles que Los Sensuales et Cuchillos en gallinas [Les Poules aux couteaux], représentés au théâtre San Martin.

« En 2007, se souvient le metteur en scène, on me confia à Mannheim un travail pour un Festival Schiller. Nous y sommes allés avec La libertad, un spectacle à un personnage d’Analía Couceyro. Ils ont toujours un thème de travail et nous avons choisi la liberté dans ses zones les plus négatives : la liberté du suicidé, de l’assassin. Ce spectacle intéressa beaucoup les directeurs du théâtre national de Mannheim et ils me proposèrent de présenter une œuvre pour la saison 2009-2010. Comme ce théâtre n’avait jamais rien présenté de Kafka, j’ai commencé à travailler sur Amerika. »

Un des premiers spectacles que Tantanian créa en Europe fut une version de Roméo et Juliette, durant trois ans à Lucerne en Suisse. « Ce fut une expérience traumatisante, explique-t-il, car la distribution était très nombreuse et peu parlaient anglais. Au début, les acteurs qui ne te connaissent pas ne se livrent pas facilement, ils t’observent et cela peut durer deux ou trois semaines. Nous étions seulement huit pour monter le spectacle. Je ne voulais revivre la même chose à Mannheim et je leur ai proposé de recruter un acteur argentin. Amerika est un roman inachevé, qui raconte l’histoire de Karl Brossman qui débarque à 16 ans aux Etats-Unis, envoyé là par ses parents afin de pourvoir aux nécessités de sa famille. Le thème de la langue n’est pas très important dans le texte, car le héros apprend l’anglais et se défait rapidement de ce problème. Néanmoins, la langue me semblait un sujet intéressant à travailler : un acteur issu d’une autre culture, avec d’autres facteurs d’émotion, d’autres modes d’association totalement différents, qui se heurte au ton et à la langue allemande. »

A ce jour, le texte d’El desaparecido [Le Disparu] [Amerika] n’est pas encore achevé. Il procède d’une structure élémentaire de situations que Tantanian commencera à éprouver en Allemagne lors des répétitions. « Amerika est un roman très fragmentaire, explique-t-il. De ce fait, le premier chapitre fut publié comme un conte à part. On peut suivre le lieu avec un certain ordre logique de lecture jusqu’au moment où le texte se transforme dans un relativisme total. Ce qui me donne aussi un haut degré de liberté pour essayer beaucoup de choses. J’ai envie d’incorporer des musiques de Nino Bravo, Frank Sinatra et des extraits de West Side Story. Oria Puppo a travaillé la scénographie, avec une idée de l’espace que nous a inspiré une œuvre du sculpteur Joseph Cornell, qui a réalisé de petites boîtes, certaines à thèmes et d’autres simplement associées. Chacune suscite une émotion. Nous avons imaginé chacune de deux mètres et demi, qui entrent et sortent de la scène. C’est là que se succèdent les scènes, les intérieurs du spectacle. »

Bien que les réminiscences allemandes parcouraient déjà ses premières mises en scène (Un cuento alemán [Un conte allemand], Sumario de la muerte de Kleist [Résumé de la mort de Kleist]), l’année dernière, Tantanian s’est démarqué, se transformant, dans son spectacle De noche [Nuit], en une diva décadente qui évoluait dans un répertoire allant de Brecht, Omara Portuondo pour finir par Gloria Trevi et Ricardo Arjona. Actuellement, avant son voyage à Mannheim, l’on pourra voir Tantanian lors d’un concert particulier, avec Diego Panelas au piano, en fin de semaine au mois de février à l’espace culturel Konex de Buenos Aires.

___________

Source : http://www.clarin.com/diario/2009/01/18/espectaculos/c-00601.htm
Traduit de l’espagnol : Georges Festa – 05.2009 – Tous droits réservés