mercredi 6 mai 2009

Diamanda Galas

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Live From New York 6

Réflexions sur le 14e album de Diamanda Galas ou

pourquoi nous sommes autant CoupablesCoupablesCoupables

par Christopher Atamian




La nuit je m’endors, huit chants par une tentatrice diabolique qui murmure en arrière-plan, plaintive, chuchotante, et parfois hurlante. Elle est amour elle est mort, elle est cette forme morte vivante qui traverse le temps et l’espace le sang qui s’écoule de génération en génération percée sanglante née à nouveau qui empoigne serre hurle espère tête la vie elle-même.

GuiltyGuiltyGuilty [CoupablesCoupablesCoupables], la dernière production (chez Caroline/Mute, GB, 2008) de Galas, pourrait bien être la meilleure à ce jour. Procédant avec ses habituelles trilles, plaintes et hululements à déchirer le cœur, Galas déploie une inquiétante profondeur inédite en passant d’une interprétation sentimentale (chanson à couper le souffle O Death de Ralph Stanley) à une autre (Long Black Veil de Johnny Cash – vous allez adorer !). Quel meilleur sujet pour une chanteuse condamnée à aimer, puisque tout amour est par définition condamné avant même de naître ?

Recourant aux gémissements des Amanes de son Asie Mineure ancestrale aux effets étonnants, Galas fouille pour nous les douleurs de notre société. Cette société anesthésiée où nous habitons en Amérique, cette terre de Walmarts et de Starbucks, où toute chose, même l’amour, est conditionnée et édulcorée. Qu’est-il arrivé au crime passionnel, à ces amours si condamnés que leur trahison justifia le meurtre ? Ou à ces blessures que s’infligèrent un jeune garçon ou une femme suicidaires, endeuillés par le départ d’un amant ? Aujourd’hui, à l’opposé, nous avons la série Les Experts et l’assassinat méticuleusement réfléchi et planifié - le meurtre comme sujet de scénario dans une nouvelle version interminablement glacée de l’ennui américain.

A travers le vent du temps gémissant à moitié humaine hallucinée transcendante souriante magnifique hideuse divinité – telle Héra Isis Osiris Héra Aphrodite contemplant depuis l’Olympe et riant d’un rire insensé intolérable…

Puis, lorsque Galas chante à toute volée le Down So Low [Tomber si lentement] de Tracy Nelson, c’est une juste combinaison de l’esprit du jazz avec des phrases rapidement mi-murmurées mi-syncopées. Avec sa version sublime d’Autumn Leaves [Feuilles d’Automne], l’automne n’est jamais apparu aussi agréable… ou si mélancolique. En transcendant l’évidence, en réinterprétant le facile et l’évident, Galas nous rappelle – à travers sa douleur et ce qu’elle a perdu – ce que signifie être vraiment vivant.

Je m’endors avec le chant des morts vivants avec la voix d’une Valkyrie avec quelque chose de fabuleux qui s’étire ; un mage parlant plusieurs langues, l’Orient revenu inexorablement qui porte sa mort cruelle enchâssée d’or l’époque de Byzance de l’Assyrie de Thèbes s’est éclipsée et à mon réveil telle Vlad l’Empaleur serai-je à nouveau jeune à jamais ?

Dans le dernier des huit titres, Galas chante Heaven Have Mercy [Que le Paradis ait pitié]. Edith Piaf n’a jamais chanté avec un tel désespoir et une angoisse aussi débridée, aussi terrible. Quand je regarde autour de moi, la passion s’est enfuie des lieux. Si un rendez-vous est manqué, il vous suffit de vous connecter et de trouver le prochain. Vous avez oublié de dire à votre amant que vous partiez ? Envoyez-lui juste quelques fleurs. Malheureux en mariage – bon, donnez-vous un mois… Que le Paradis ait pitié. Oui le Paradis a pitié.

Cette œuvre coïncide avec son concert « Massacre à la Saint Valentin », donné le 14 février 2008 à la Knitting Factory de New York.


Site officiel de Diamanda GALAS : http://www.diamandagalas.com/

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Traduction : George Festa - Tous droits réservés
Précédemment paru en 2008, après accord de l'auteur