mardi 5 mai 2009

Ecluses





Les marches. Comme deux bras fixes. Moussus. Arc-boutés. Repousser de toutes tes forces. L’écrasement. Les becs métalliques veillent. Prêts à inonder, étouffer. A l’air libre. La piscine qui se rétrécit. A vue d’œil. Le camp minuscule. Concentré. Petite cour invisible. Si profonde. Suivre les coulées sombres. La lumière dessine ses plis obscènes. Toute la surface hérissée de fer. L’accès impossible. Tout se répète à l’infini. Tapis volumique. Semblant de pont. Poutre de béton. Nouveau mirage. Le passage vide. Noyades ou soif. Faire le tour de cette tranchée. Où se livre un combat quotidien. Les éléments que l’on tente de maîtriser. La ville souterraine. Façades d’immeubles muettes. Plus de portes, plus de fenêtres. Rue en miniature. Les passants ont fui. Noyés ? Brûlés ? Décor de chantier. Ou de ruines. Gorgées de silence. L’appel du vide. Tortueux. Labyrinthique. Territoire du Minotaure. Qui transcende tous les autres. Ici nul culte, nulle icône. A l’angle du mirador. Puisque les certitudes anonymes. Se perdent dans la terre. Cette construction absurde. Trop logique. Végétation sombre. Qui attend sa victime. Parmi les dalles ocres. Buissons ou algues ? Union des contraires. Le verbe s’engouffrer. Ces milliards d’atomes. Irruption irrépressible. Comblant l’espace évidé. Le déluge invisible. La piscine carnivore. Tu sais. Les tourbillons voraces. Se faire poisson, cri. Où arrivera la prochaine marée. Ces lichens presque invisibles. Pellicule de montagnes, de racines. Mêlées de terre. D’excréments. Charrier, contraindre, purifier. Disent-ils. Contaminations secrètes. Le fleuve construit un autre lit. Canalisations dérisoires. Blocs poreux. Dédale de tes rêves. Entre frontières et gorges. Finalement cet envers. Là est la véritable surface. Ils ne savent pas. Ont oublié. L’envers des certitudes. L’arène multipliée à l’infini. Bassins sans mesure. Gangue noire. Descendre au plus profond. Psaume de pierre et de révolte. Habiter un instant. Totalité éphémère. Vertigineuse. Puis disparaître. Le décor factice. Le flot est reparti ailleurs. Traverser des corps, des rues. Déployer ses méandres. D’autres écluses. Libérant leurs mirages. Les perspectives s’inversent. Bassin de purification. Oublier. Exorciser. Concentré carcéral. Industriel. Architectures d’enfermement. Soudain tout se soulève. Le couloir se fait grotte. S’immerger à nouveau. Se perdre. Devenir ce flux anonyme. Universel. Qui échappe. Innombrable. Enfermement factice. Les barrières vaines. Tu as déjà disparu. Devenu anse, verre. Ecume.


GeorgeFesta – 05.2009