vendredi 1 mai 2009

Etudes arméniennes - USA 2008



Etudes arméniennes :
La nouvelle génération d’arménologues se réunit en colloque
Los Angeles, UCLA, 22.02.08

par Vartan Dudukjian
(The Armenian Reporter, 23.02.08)



WESTWOOD, Californie – Des étudiants diplômés venus du monde entier se sont rassemblés à Los Angeles, vendredi 22 février, pour le 6e colloque annuel des étudiants diplômés en études arméniennes de l’Association des Etudiants diplômés arméniens (AGSA) de l’université de Los Angeles (UCLA).
Dix jeunes chercheurs venus d’Arménie, d’Allemagne, de Hongrie, de Turquie et des Etats-Unis ont présenté des exposés sur des sujets très variés liés aux études arméniennes, lors de ce colloque d’une journée, qui s’ouvrit par des remarques préliminaires du Dr Peter Cowe, professeur titulaire d’une chaire d’études arméniennes à l’UCLA et qui donna lieu à plusieurs sessions de débats, ainsi qu’à une conférence du Dr Richard Hovannissian, professeur d’études arméniennes et d’histoire du Proche-Orient à l’UCLA, spécialement invité lors de cette manifestation.
« Ce colloque est un événement de marque pour notre association à l’UCLA, a rappelé Raffi Kassabian, étudiant en 3e année de Droit à l’UCLA et responsable d’AGSA. C’est le seul colloque annuel international qui soit organisé par des étudiants diplômés pour d’autres étudiants diplômés dans le domaine des études arméniennes, et c’est véritablement exceptionnel. »
Les sujets présentés cette année étaient très divers, allant de l’histoire de l’art, l’histoire, l’architecture, l’anthropologie, les études culturelles, l’ethnologie et la littérature, à la sociologie et aux études religieuses. Le programme se divisait en quatre sections thématiques, chacune d’elles suivie par un débat qui donna au public l’occasion de poser des questions et d’explorer les thématiques.
La première session, consacrée à l’art et à l’architecture arménienne, réunit des exposés de Katherine Iselin, étudiante en mastère d’histoire de l’art à l’université du Wisconsin de Milwaukee, de Vartan Azatian et d’Anna Galstian, tous deux doctorants en histoire et théorie de l’art à l’Académie des Beaux-Arts d’Erevan.
Mlle Iselin, dont les recherches sont centrées sur le rôle des sexes et de la sexualité en art durant la période grecque, romaine et Renaissante, présenta de nouvelles interprétations d’une coupole du 5e siècle connue en Arménie sous le nom de Bastreli.
Cet édifice, proche du village de Barekamavan en Arménie, n’a guère retenu l’attention des chercheurs, a-t-elle rappelé. Il s’agit de l’un des plus anciens monuments surmontés d’un dôme ayant subsisté en Arménie et n’est comparable, selon elle, à aucune autre structure de cette époque en Arménie.
M. Azatian et Mlle Galstian lui succédèrent en présentant le peintre impressionniste abstrait américain, d’origine arménienne, Arshile Gorky. M. Azatian explora les relations entre les positions politiques personnelles du peintre et son art, avançant que sa critique du modernisme américain et son approche critique de l’identité arménienne ont toutes deux minimisé les sympathies politiques de Gorki dans sa reconnaissance en tant qu’artiste apolitique. Puis, Mlle Galstian évoqua Gorki, critique de l’art moderniste américain.
Lors de la seconde session, des orateurs venus d’Arménie et d’Allemagne traitèrent de la construction de l’identité arménienne en diaspora. Satenik Mkrtchian, étudiante en mastère à l’Institut d’Archéologie et d’Ethnologie de l’Académie nationale des Sciences d’Arménie, exposa la formation de la communauté de Tbilissi et sa situation sociale et démographique actuelle. Les recherches de Mlle Mkrtchian se fondent sur une vaste enquête ethnographique de terrain à Tbilissi, où elle a étudié les familles arméniennes, les institutions communautaires, ainsi que les commémorations et rituels, tout en menant des entretiens approfondis avec des chercheurs, des dirigeants de la communauté, des personnalités publiques et un large éventail d’Arméniens de Tbilissi.
Anna Harutiunian, doctorante en seconde année à l’Institut d’Ethnologie de l’Université Libre de Berlin, s’attaqua aux notions d’homogénéité et de fixation identitaire visant la diaspora arménienne. Son exposé sur la communauté arménienne de Berlin révéla une communauté culturellement diverse, où les identités des Arméniens issus de Turquie, d’Iran, du Liban et d’Arménie s’entremêlent pour former une communauté plurielle.

Encourager les jeunes chercheurs

La troisième session du colloque explora les rituels et les pratiques culturelles arméniennes. Astrik Vardanian, étudiante en mastère d’anthropologie de l’université de Californie à Northridge, étudia la pratique de la circoncision chez les Américains d’origine arménienne – une pratique, dit-elle, non coutumière historiquement chez les Arméniens.
Joanne Nucho analysa ensuite un événement commémoratif arménien organisé à Pasadena en Californie. Cet événement, organisé chaque année par les Arméniens originaires de la communauté d’Hadjin en Cilicie, commémore la défense malheureuse d’Hadjin en 1920, précisa Mlle Nucho, qui est doctorante en anthropologie de l’université de Californie à Irvine. D’après ses recherches, les descendants de la communauté d’Hadjin recréent leur village et assurent une continuité entre les générations grâce à cette commémoration et à ses rituels.
Hasmik Khalapian, doctorant d’histoire à l’Université d’Europe Centrale en Hongrie, analysa les aspects théâtralisés des mariages arméniens dans l’empire ottoman au Moyen Age. Le statut de la mariée et de son époux comme roi et reine de cette cérémonie, ainsi que le simulacre d’hostilités entre les familles de la mariée et de son époux composaient une mise en scène naturelle et incontournable, selon Mlle Khalapian, dont la thèse porte sur le mouvement féministe arménien ottoman entre 1875 et 1914.
La session finale de ce séminaire, intitulée « Récit et Communauté », réunit des exposés d’Alaettin Carikci, étudiant diplômé de l’université Sabanci d’Istanbul, et de Mikael Zolian, titulaire d’un doctorat de l’Université des Langues d’Erevan. M. Carikci, qui rédige actuellement une thèse sur le traumatisme dans les autobiographies d’écrivains turcs arméniens, évoqua l’impact sur la société turque des mémoires des Turcs qui découvrent leurs origines « crypto-arméniennes ».
M. Zolian présenta ses recherches sur « Les récits de l’histoire nationale et de la mobilisation nationale dans le cas de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ». Selon lui, le récit de l’histoire nationale arménienne situe le conflit du Kharabagh dans le contexte des expériences historiques vécues par les Arméniens, conduisant beaucoup d’entre eux à interpréter les pogroms d’Azerbaïdjan comme l’irruption d’un second génocide. Or le processus de construction nationale de l’Azerbaïdjan, dit-il, commença en fait dans le contexte du conflit du Nagorno-Kharabagh, incorporant l’inimitié historique avec les Arméniens dans le cadre du récit de l’histoire azerbaïdjanaise.
M. Hovannissian, qui commença ses recherches dans les années 1960, conclut le colloque en présentant un panorama des études arméniennes, évoquant l’avancement des programmes d’études et les défis que ce domaine continue de rencontrer.
Comparant les chercheurs venus d’Arménie qui s’exprimèrent lors de ce colloque avec ceux qu’il connut à son époque, M. Hovannissian estima « extrêmement bénéfique » qu’ils « puissent à la fois communiquer en anglais et présenter leurs recherches dans un cadre scientifique reconnu ».
Il ajouta : « Mais de nombreux défis nous attendent encore ; nous devons produire davantage de docteurs et avoir les moyens et les structures pour leur trouver un poste. Certaines chaires dotées de moyens conséquents produisent très peu de thèses, et nous rencontrons toujours des obstacles spécieux pour avoir une chaire d’études arméniennes à l’université de Columbia qui soit confiée à un éminent chercheur. Le danger demeure aussi de rester insulaires et isolés dans le champ universitaire plus large, alors que nous sommes à une époque d’études globales. Néanmoins, comparé à l’époque de la création de la première chaire d’études arméniennes aux Etats-Unis dans les années 1950, nous avons collectivement fait un chemin impressionnant. »
Nombreux furent ceux qui, lors de ce colloque, partagèrent le sentiment de M. Hovannissian que, bien que ce champ d’études rencontre de nombreux défis, il réalise aussi de nombreux progrès prometteurs.
« Ayant aidé à organiser le premier colloque, il est étonnant de réaliser combien sont nombreux ceux qui présentèrent leur première communication en tant qu’étudiants diplômés ces dernières années, déclara Haig Hovsepian, fondateur et ancien responsable d’AGSA à l’UCLA. Il est vraiment réconfortant de voir que ce colloque continue de se développer et de réunir plusieurs générations de chercheurs. »
Travailler en ligne avec d’autres chercheurs intéressés ou engagés dans le même domaine est précieux pour ce domaine d’études, ont souligné MM. Carikci et Zolian.
« En tant que personne accordant de l’importance à une réconciliation entre Arméniens et Turcs, le fait de travailler avec l’AGSA et tous les autres étudiants dans ce colloque me donne beaucoup d’espoir pour l’avenir, déclara M. Carikci. Songez que des colloques comme celui-ci rassemblent de jeunes chercheurs et contribuent à effacer les préjugés qu’Arméniens et Turcs nourrissent mutuellement. »

S’intégrer aux sciences sociales

Pour M. Zolian, il est très important qu’un colloque hors d’Arménie puisse rassembler des Arméniens et des non Arméniens venus du monde entier pour exposer et débattre d’études arméniennes.
« En Arménie, il est convenu de concevoir les études arméniennes séparées du champ plus large des sciences sociales. Ici nous voyons que ce n’est pas le cas, dit-il. Aux Etats-Unis, les études arméniennes sont hautement développées et commencent à s’intégrer de plus en plus à la sphère plus large des sciences sociales. »
« C’est la première fois que je présente une communication en Amérique et cela me donne beaucoup de confiance, déclara Mlle Galstian. Je pense maintenant participer à d’autres colloques en Amérique. »
« Ce séminaire encourage vraiment et motive nos étudiants à l’UCLA pour poursuivre leurs études dans le domaine arménien, note M. Kassabian, responsable de l’AGSA. Cela rappelle aux gens qu’il existe un large domaine de recherches, professionnel, développé et qui s’amplifie. »
« Chaque étape de la programmation, depuis la réception des résumés à l’accueil des participants à l’aéroport, puis écouter leurs exposés, est passionnante et gratifiante, commente Lilit Keshishian, doctorante en littérature comparée à l’UCLA. L’un des aspects les plus importants dans l’organisation de ces colloques est de créer des relations entre des gens qui mènent des recherches similaires dans d’autres parties du monde. »
Mlle Keshishian, qui s’intéresse à la littérature arménienne contemporaine dans la diaspora, a dirigé le comité d’organisation du colloque de cette année et s’implique dans la préparation de ces rencontres depuis les débuts en 2003.
« Tout le colloque a été planifié et mis en œuvre par le comité d’organisation, note M. Kassabian. Plus de 90 % de nos programmes et projets sont conduits par nos adhérents et cela fait de l’AGSA à l’UCLA une association vraiment unique en son genre. »
L’année dernière, l’AGSA a organisé à l’UCLA, pour la septième année, des ateliers de tutorat et de littérature, ainsi que des débats sur la liturgie sacrée de l’Eglise apostolique arménienne. L’AGSA organise aussi des campagnes de mécénat et des manifestations en ligne pour des associations communautaires. Les membres de l’AGSA sont aussi à l’avant-garde des actions, menées à l’initiative des étudiants, de lutte contre la négation du génocide sur le campus de l’UCLA, souligne M. Kassabian.
L’AGSA programme actuellement son premier Forum numérique professionnel, ajoute-t-il. Ce forum, explique-t-il, proposera aux étudiants diplômés l’opportunité de travailler en ligne avec des Américains d’origine arménienne qui travaillent dans de grandes sociétés et entreprises. Il ajoute que son association prépare aussi une structure juridique, une série de films et un gala nautique annuel.

Site de l’AGSA : http://gsa.asucla.ucla.edu/agsa/

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Source : http://www.reporter.am
Traduction : Georges Festa – 02.2008
Précédemment paru en 2008, après accord de l’éditeur.