lundi 25 mai 2009

Juifs d'Arménie

Synagogue d’Erevan
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Il y a eu toujours eu des Juifs en Arménie

par Hasmik Hovhannisyan

http://hetq.am



Comment les Juifs sont arrivés en Arménie

« Au premier siècle avant Jésus-Christ, le roi d’Arménie Tigrane II le Grand (95-55 av. J.-C.) assiégea Cléopâtre à Ptolémaïde afin de venger son père, Artavazd Ier, mais il dut abandonner ce siège, lorsque Lucullus attaqua l’Arménie. Le roi Tigrane II revint alors et établit les Juifs qui avaient été capturés dans les villes grecques à Armavir et sur les rives du Kasakh. »

Cette citation, extraite de L’Histoire de l’Arménie en trois parties par Moïse de Khorène, constitue la première trace de présence juive en Arménie. La seconde vague d’immigration juive en Arménie, selon cet historiographe du Moyen Age, eut lieu alors qu’il y avait deux prétendants au trône de Judée, Antigonos et Jean Hyrcan Ier, et que les Arméniens décidèrent de soutenir le premier. Antigonos l’emporta et le roi Tigrane décréta que les Juifs capturés durant cette campagne seraient établis à Shamiram (Van).

Selon certaines sources, leur nombre s’élevait à 300 000. Ces territoires furent par la suite rachetés par la dynastie marchande de Shimon Pokrat et devinrent un site de développement rapide pour la communauté juive. Aujourd’hui encore, d’aucuns affirment que ceux qui sont originaires de Van sont les descendants de ces Juifs, bien que cette thèse n’ait jamais été prouvée.

D’après Moïse de Khorène, à l’époque du légendaire roi Hrachya, un marchand juif nommé Shambat vivait en Arménie et la famille royale des Bagratides était en fait constituée de ses descendants.

Telle est l’histoire, quelque peu sommaire, de l’établissement de la présence juive en Arménie. Aucun lieu ancien d’habitation n’a été préservé. Néanmoins, un cimetière juif remontant du 11ème au 13ème siècles, une minoterie et du mobilier ont été récemment découverts au village de Yeghegis dans le marz de Vayots Dzor. Des spécialistes de l’université de Jérusalem étudient ces vestiges. L’on ignore cependant comment des Juifs se sont retrouvés là, qu’ils furent les descendants de ceux amenés par Tigrane II le Grand ou qu’ils soient arrivés plus tard.

Dès 1840 il existait deux communautés juives dans la province d’Erevan – originaires d’Europe, essentiellement de Pologne (Ashkénazes), ou venus de Perse (Sépharades). Ces deux communautés étaient représentées par des chefs religieux et disposaient de lieux de culte – une shul pour les Ashkénazes et une synagogue à part appartenant aux Juifs de Perse, du nom de Sheikh Mordechaï, qui fut préservée jusqu’en 1924.

Cependant, à partir des années 1930, il ne restait plus que quelques dizaines de Juifs en Arménie.

La plupart des Juifs qui vivent en Arménie aujourd’hui proviennent de différentes républiques de l’ancienne URSS. Les premiers immigrants arrivèrent au milieu des années 1930 ; puis, durant la Seconde Guerre mondiale, des Juifs furent déportés en Arménie, principalement depuis l’Ukraine.

Une seconde vague d’immigration juive vers l’Arménie eut lieu au début des années 1970, lorsque l’antisémitisme devint une politique tacite de l’Union Soviétique. La persécution des Juifs ne s’exerçait pas sous forme de pressions directes, mais de manière plus « civilisée » - ils se voyaient interdire certains emplois, les portes des collèges et des universités leur étaient fermées. Résultat, beaucoup d’entre eux tentèrent de partir en direction de leur patrie historique, même si la plupart se voyaient refuser des visas, devenant ainsi des otkazniks (les recalés).

Beaucoup de ces Juifs partirent en Arménie. Pourquoi l’Arménie ? Parce que, selon les membres de la communauté, les Juifs y étaient bien accueillis et que le problème de l’antisémitisme ne se posait pas.

Durant la perestroïka, la majorité des gens arrivés en Arménie dans les années 1970 partirent en Israël.

La vague suivante d’émigration en masse des Juifs et des membres arméniens de leurs familles se produisit en 1992-1993, alors que l’Arménie était soumise au blocus lors de la guerre du Karabagh. Le Grand rabbin d’Arménie, Gershon Meir Burstein, nous a précisé que la plupart de ceux qui sont partis à cette époque ne l’auraient pas fait dans des conditions normales – ils étaient tous très bien intégrés, docteurs, ingénieurs, homes d’affaire, spécialistes en technologies de l’information.

La communauté juive

Parmi les otkazniks qui s’installèrent en Arménie se trouvaient des familles très actives qui organisaient des réunions communautaires chez elles. A la fin des années 1980, un groupe de militants créa l’association culturelle judéo-arménienne Arev, dans le but de réunir des intellectuels arméniens et juifs. Ce groupe créa la Communauté Juive d’Arménie en 1991 avec Gershon Burstein et Igor Ulanovsky comme co-présidents. Comme les organisations non gouvernementales ne pouvaient avoir des activités religieuses, la Communauté Religieuse Juive d’Arménie (CRJA), présidée par Burstein, fut enregistrée en 1992 auprès de la Commission officielle chargée des Affaires religieuses.

Aujourd’hui, entre 800 et 900 Juifs vivent en Arménie. Ils résident pour la plupart à Erevan et Vanadzor. Avant le tremblement de terre, certains vivaient aussi à Gumri. Il existe aussi une communauté à Sevan de Russes adeptes du judaïsme. Cette communauté est maintenant réduite, essentiellement des personnes âgées.

La communauté juive d’Arménie bénéficie de l’aide d’organisations américaines et de dons émanant de particuliers. Une ONG intitulée Le Lien met en œuvre, avec l’aide de la CRJA, divers projets caritatifs, apportant une aide alimentaire et médicale aux personnes âgées, soutenant l’enfance, ainsi que d’autres services. L’association Sokhnut aide les Juifs qui désirent partir en Israël.

99 % des Juifs vivant en Arménie sont des familles mixtes – dans la plupart des cas, les épouses sont Juives et les maris Arméniens.

Rima Varzhapetyan, présidente de l’ONG intitulée Communauté Religieuse Juive, est arrivée d’Ukraine en Arménie en 1970 et a épousé un Arménien.

Valeria Karlinskaya-Fljyan est issue d’une famille de Juifs polonais déportés à Tbilissi avant la révolution russe de 1917. Son grand-père avait créé deux usines de production de halva et d’huile d’olive. Après la révolution, les usines furent nationalisées, ainsi que la maison familiale. On peut lire encore le nom Karlinsky sur la façade de cette demeure de deux étages. Valeria se souvient de sa maison à Tbilissi, où différentes nationalités vivaient côte à côte, sans inimitié d’aucune sorte. Après un diplôme d’études françaises à l’université, Valeria Karlinskaya épousa un Arménien, Donald Fljyan, et partit à Erevan.

Bien qu’il existe de nombreuses similarités entre Arméniens et Juifs, certaines traditions sont totalement différentes. Par exemple, les Arméniens déterminent la nationalité d’un enfant au moyen de celle du père, tandis que les Juifs le font par la nationalité de la mère. Reste à savoir comment cette décision est prise dans les familles arméno-juives.

« Nous avons un consensus à cet égard dans nos familles », se félicite Adelina Livshits, arrivée d’Odessa en Arménie et qui a épousé un Arménien.

« Nous considérons nos enfants comme Juifs et nos époux arméniens les considèrent comme Arméniens. Plus sérieusement, nos enfants peuvent décider eux-mêmes lorsqu’ils ont dix-huit ans. Ma fille, par exemple, vit en Israël et plus elle vit là-bas, plus elle se sent Arménienne ! »

(à suivre…)

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Source : http://hetq.am/eng/society/0704-jews.hmtl (ancien site d’Hetq)
Traduction : Georges Festa – 05.2007 – Tous droits réservés.
Précédemment paru en 2007, après accord de l’éditeur.