vendredi 1 mai 2009

Remember 22 / 24




Vardan Vardanyan : d’une maison en flammes à un sous-sol



Il s’accroche aux genoux de son père, ses quatre sœurs à la jupe de leur mère.
Sur la droite des maisons en flammes. Sur la gauche la mer, où les Turcs jettent les Arméniens.
D’Adana à Izmir, d’Izmir en Grèce par la mer : les images de « l’exode » de son Adana natale se sont imprimées pour toujours dans la mémoire de Vardan, alors âgé de trois ans.
Le vieil homme se souvient avec quelle impatience il souhaitait atteindre un de ces bateaux accosté au rivage, qui sauvèrent de la mort les sept membres de la famille Vardanyan et les conduisirent en Grèce.
« J’étais petit, je n’ai pas tout gardé en tête, mais je me souviens très bien de plusieurs choses, précise Vardan. Je me rappelle des immeubles en flammes, de l’incendie, les gens qui criaient et le regard terrifié de mes parents. Mon père me serrait dans ses bras aussi fort qu’il pouvait, comme pour me protéger. J’étais le plus jeune de la famille, leur seul fils. »
1917 inaugura ainsi l’exode de la famille Vardanyan.
Fouillant dans son passé, Vardan se souvient de ses parents faisant de leur mieux pour fuir le danger, abandonnant leurs biens, partant en quête d’un refuge afin de sauver leurs enfants. « Voici le seul papier qui reste du passé de mon mari », nous dit Gyul, l’épouse de Vardan, sortant un document avec une photographie d’un vieux sac, contenu dans une petite valise. La photographie est celle de la famille de Vardan et le document certifie qu’ils vivaient à Adana. Il comporte des notes sur les membres de la famille et leur profession de foi religieuse.
« Tout était sens dessus dessous. Mon père regardait de tous côtés, tandis que mes sœurs Orzhine, Angel, Verzhineh et Joséphine tenaient la main de ma mère Elisabeth pour ne pas se perdre en route. »
Alité dans cette pièce souterraine humide et sombre, où résonne le bruit de l’horloge accrochée au mur, Vardan Vardanyan fait revivre sa mémoire, son passé, sa mère, son père, les épreuves et le détail des privations qu’il endura dans son enfance.
« Je ne me souviens pas de notre maison à Adana, mais je me rappelle que mon père était estimé, réputé pour son basturma et son soujouk. Je me rappelle très bien de ses ustensiles et de ces gestes, car il me laissait regarder, quand j’étais petit. », note ce survivant.
Réchappé de justesse d’Adana, Vardan raconte parmi les méandres de son passé la première fois où ils perdirent leur maison et « atteignirent la Grèce en traversant les flammes et la mort ».
« Mes ancêtres n’étaient pas très riches, mais ils étaient travailleurs, ingénieux et arrivaient à s’en sortir, dit-il à voix basse, levant son index. C’est typique des Arméniens ! Voilà pourquoi ils ont été capables de surmonter toutes les épreuves. »
Les Vardanyan trouvèrent refuge en Grèce, où ils passèrent sept ans. Puis le père, Hambartsum, décida de rejoindre la mère patrie.
Arrivés en Arménie, les Vardanyan vécurent quelque temps à Artik.
« On parlait une langue différente de celle des habitants. Ma mère parlait surtout le turc, aussi la population locale ne se montrait pas très amicale envers nous – explique Vardan. C’est pourquoi nous avons décidé de partir à Erevan. »
A Erevan, Vardan s’entraîna aux montgolfières. En 1939, il fut envoyé, en tant que soldat de l’armée soviétique, combattre contre la Finlande, puis en 1941 il prit part à la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle il fut blessé.
Mais ces blessures ne l’ont pas empêché de créer une famille de quatre fils.
La plus grande partie des vêtements accrochés aux murs humides sont couverts de moisissure. Le seul lien qui pourrait le relier avec l’extérieur – une radio de fabrication soviétique – est cassé.
Dans cette pièce où se mêlent passé et présent, le passé domine. Un képi de soldat, qui a appartenu à Vardan, est accroché au mur. Il fait froid dans ce sous-sol. La seule chose qui réchauffe le cœur de ce vieil homme ce sont ses souvenirs.
Sur son lit des médailles et les félicitations du Président, avec sa signature, lors de la commémoration du 60ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
« J’étais robuste. Je croyais que mes forces pourvoiraient à tout. Et me voilà cloué au lit ! – dit Vardan. L’âge venu, je découvre à nouveau ce que la vie nous prépare… En fait on ne sait jamais quoi ! »

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Source : http://www.armenianow.com/pdf/remember24.pdf
Traduction : Georges Festa – 04.2009 - Tous droits réservés