samedi 27 juin 2009

Arméniens en Amérique Centrale - I

Club Social Hondureño Arabe, San Pedro Sula, Honduras
© www.clubarabe.com


Les Arméniens en Amérique Centrale - I

par Pablo R. Bedrossian

http://blogs.clarin.com/guiaarmeniamenc/



L’Amérique Centrale est l’une des régions les moins peuplées par la diaspora arménienne. Selon un article de Wikipedia, l’encyclopédie la plus consultée sur internet, seuls 40 descendants d’Arméniens résident au Costa Rica, entre 20 et 50 au Guatemala et entre 10 et 20 au Nicaragua. Il n’est pas fait mention du Salvador, ni du Panama. L’article affirme qu’au Honduras – le pays où je me trouve – vivent quelque 900 Arméniens, mais il ne cite pas de source, et à mon avis le chiffre n’est pas conforme à la réalité.

Je dirais sans exagérer que parler ici des « Arméniens » est presque un euphémisme. Commençons par un fait curieux : l’existence d’un petit village bordé de plages sur l’Atlantique, nommé Nueva Armenia, à trente minutes en voiture de La Ceiba, troisième ville du pays. Si l’on s’imagine quelque lien génétique, l’on se trompe. Nueva Armenia (voir région n° 12 sur la carte du département Francisco Morazán) est une communauté Garinagu. Les Garinagu sont un mélange d’Arawaks, de Caraïbes insulaires et d’esclaves Noirs africains des Antilles, que les Anglais déportèrent depuis l’île de Saint-Vincent à la fin du 18ème siècle. Leur appellation populaire est Garifounes [Garífunas], qui est le nom de leur langue. Or le Honduras n’est pas le seul à compter des populations dont le nom rappelle nos origines. Au Salvador se trouve aussi une municipalité dans le département du Sonsonate, appelée Armenia, qui possède son propre site web. Elle se trouve au nord-est du Salvador, tout près de l’océan Pacifique. Et pour être exhaustif quant aux noms et à la topographie, l’on doit mentionner un domaine appelé Armenia, plus précisément Armenia Lorena, à San Rafael Pie de La Cuesta, à San Marcos au Guatemala, connue pour ses chutes de La Trinidad. Reste à savoir comment et pourquoi ces trois endroits reçurent cette dénomination commune.

Pour revenir à la question des descendants, des Arméniens du Honduras, terminons l’année 2007 par ce moment de joie : Marathon, l’équipe dirigée par Manuel Keosseian, a remporté le championnat de football en 1ère division. Ce technicien, né en Uruguay, fut contacté pour diriger l’équipe en 2006 et, en dépit des difficultés rencontrées durant la compétition, il parvint à l’emporter en digne champion qu'il est.
En dehors de lui, qui a résidé temporairement dans ce pays, je ne connais que deux Arméniens.
Le premier, ce fut à travers une revue qui sert de guide touristique officiel, Honduras Tips, laquelle mentionnait le fait que, dans les environs de La Ceiba, à Sambo Creek – une communauté Garinagu, à dix minutes seulement en voiture de Nueva Armenia -, un Nord Américain, d’origine arménienne, était propriétaire d’un restaurant réputé. Je rejoignis le lieu par une chaude soirée en 2006 et lorsque j’ai demandé à le voir, on m’apprit qu’il avait vendu son commerce, mais qu’il vivait toujours là. Tout le monde le connaissait. Quand je lui ai expliqué le motif de ma visite, il me fit entrer très aimablement. C’était un homme âgé de plus de 60 ans, qui ne parlait qu’anglais. Lorsqu’il me demanda mon nom et que je lui répondis Bedrossian, il fut tout ému et s’écria : « Mais c’est le nom de ma famille ! » Il m’expliqua qu’il était à 50 % Arménien et qu’il ne connaissait aucun autre compatriote au Honduras. Lorsque je revins le voir en 2007, on m’apprit qu’il était retourné aux Etats-Unis pour s’y fixer définitivement. Apparemment ses enfants résident toujours au Honduras et n’ont plus de patronyme arménien, ni de lien avec la nationalité.
Il y a peut-être un troisième cas. En septembre 2007, le journal La Prensa, dans sa rubrique Société, fit mention d’un Manassarians. Bien que le patronyme finisse par un s, il sonne arménien et, comme chacun sait, les bureaucrates changent parfois les noms des immigrés, à leur arrivée, selon ce qu’ils entendent. J’écrivis au journaliste en lui demandant plus de précisions, mais je n’ai pas obtenu de réponse. J’insisterai.

Je m’éloigne un court instant du sujet pour commenter un fait peu connu. Parmi les puissantes familles du Honduras, beaucoup sont chrétiennes, originaires de Palestine, qui arrivèrent sur la côte Nord au début du 20ème siècle. Les Arméniens ne furent pas les seuls à subir le joug et les persécutions des Turcs ; beaucoup de Grecs et d’Arabes se virent imposer l’impie domination ottomane. Ici, comme en Argentine, on les appelle vulgairement « les Turcs », parce que, sous la férule de cet empire, ils arrivèrent munis de passeports portant cette nationalité. Néanmoins, provenant en majorité de Bethléem et de Jérusalem, aucun d’eux ne désirait être confondu avec leurs oppresseurs. Deux institutions regroupent en grande partie ces familles nombreuses et connues : le Club Social Hondureño Arabe, où des mets tels que le sarma, la kefta, le hoummous et le délicieux baklawa nous donnent l’impression d’être chez nous, les Arméniens, et l’Eglise Orthodoxe arabe, dont les rites sont semblables à ceux de l’Eglise Apostolique Arménienne. Ces Palestiniens ne s’installèrent pas seulement au Honduras. Nombre d’entre eux se fixèrent au Salvador ; signalons que l’actuel président de cette nation sœur, Antonio Saca, est d’origine palestinienne, de même que l’ancien dirigeant, aujourd’hui disparu, de l’opposition, Schafick Handal. Les Palestiniens munis de passeports turcs émigrèrent aussi en masse au Nicaragua. Ces immigrés s’intégrèrent à la vie sociale et économique avec une telle énergie qu’au Nicaragua l’on dit qu’ « il n’y a pas de Turc » pauvre.

Pour revenir aux Arméniens d’Amérique Centrale, d’après Ramón Gurdian, un de leurs descendants nés au Nicaragua, actuellement directeur commercial d’une importante société au Guatemala, il y eut trois jeunes Arméniens qui arrivèrent au début du 20ème siècle au Nicaragua et sont à l’origine d’une saga. Les frères Cástulo et Santos Gurdian s’installèrent au Nicaragua, tandis que le troisième, un cousin (Arturo ? Virgilio ?), émigra au Costa Rica. Bien qu’aujourd’hui les Gurdian des deux pays se reconnaissent comme parents, les générations suivantes – selon ses dires – ont perdu le contact avec leurs racines. Notons que certains Gurdian ont intégré la famille Ortiz Gurdian, doyenne d’un des groupes d’affaires les plus importants de la région. Ramiro Ortiz Mayorga et Patricia Gurdian fondèrent en 1996 la prestigieuse Fondation Ortiz Gurdian, mécène dans les domaine de la santé et de la culture. J’ai eu l’occasion de visiter le Musée d’Art que la Fondation possède à León au Nicaragua, et je m’enquis des origines des Gurdian : le guide qui s’occupait de moi démentit catégoriquement leur origine arménienne, affirmant qu’ils étaient de León. Néanmoins, lorsque je consultai de nouveau Ramón, il me certifia que les frères Gurdian, ainsi que leur cousin, arrivèrent en Amérique Centrale depuis le pays des pierres-croix et du Mont Ararat.

Finalement, en 2006, de passage au Guatemala, je suis tombé dans un des journaux les plus importants de ce pays, sur un reportage très intéressant dû à Samuel Berberian, doyen de la Faculté de Théologie de l’Université Panaméricaine de ce pays. Ce distingué théologien, né en Argentine, dévoilait dans cet interview une réflexion profonde et originale. Ses réponses me rappelèrent que la foi chrétienne pour notre peuple est bien plus qu’une tradition ; elle fait partie de son être. En l’an 301, l’Arménie se convertit, devenant le premier pays à reconnaître le christianisme comme religion officielle, et au cours de l’Histoire, une multitude de persécutions et un génocide, ainsi que ses martyrs, ont démontré la foi inamovible de son peuple en Jésus-Christ. Berberian est souvent consulté par des médias importants comme faisant autorité dans les domaines éthique et social.

Keosseian, Gurdian, Berberian ; bien qu’il n’y ait pas de communauté constituée en Amérique Centrale, il existe des Arméniens qui font l’Histoire. Ramón Gurdian estime que la population arménienne en Amérique Centrale se compose de quelque 150 descendants au Costa Rica, au moins 300 au Nicaragua, entre 20 et 30 au Salvador (où habite le pasteur évangélique Edgardo Surenian et sa famille, originaires d’Argentine) et seulement 15 au Guatemala, y compris les Gurdian.

Come on le voit, cette étude ne résulte pas d’une enquête exhaustive. Il s’agit plutôt d’un recueil fragmentaire, constitué par un descendant d’Arméniens dans le but de reconstituer l’histoire de la diaspora dans une région où il lui a été donné de vivre. Concluons par une perspective. Je souhaite connaître d’autres compatriotes dans ces pays grâce à l’information qu’ouvre cette étude, mais aussi raconter qui nous sommes, nous les Arméniens, et livrer ainsi une contribution envers la société d’Amérique Centrale qui soit digne de notre histoire.

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Source : http://blogs.clarin.com/guiaarmeniamenc/2008/2/22/-los-armenios-centroamerica-por-pablo-r-bedrossian-
Traduction de l’espagnol : Georges Festa – 06.2009 – Tous droits réservés.