samedi 27 juin 2009

Margaret Ajemian Ahnert - Interview


Margaret Ajemian Ahnert – Interview (21.04.2009)

www.azad-hye.net



Margaret Ajemian Ahnert est la fille d’une survivante du génocide. C’est aussi une journaliste et une écrivaine américaine arménienne, dont le dernier livre sur les Mémoires de sa mère, Ester Minerajian, The Knock at the Door [On frappe à la porte] (2007), a reçu un large accueil de la part des médias.

Ester avait 15 ans lorsqu’elle et les membres de sa famille partirent pour fuir l’unique endroit qu’ils connaissaient : là où ils vivaient. Elle se retrouva finalement l’unique survivante d’une nombreuse famille. Sur sa route vers un havre de paix, elle endura de multiples souffrances.

L’auteur, qui s’efforce de s’accorder avec ce récit en tant que fille de survivante, met en lumière l’histoire de sa mère des débuts jusqu’à l’époque la plus récente, évoquant ses dernières années dans une maison de retraite arménienne à New York.

Ester taisait ses souffrances et en parlait peu. Les orphelins, se sentant impuissants et abandonnés, s’encourageaient mutuellement afin d’oublier ce douloureux passé et commencer une nouvelle vie.

Finalement, Ester n’arrivait pas à oublier la souffrance qui lui fut infligée, ainsi qu’à ses co-survivants. Sa fille Margaret trouva l’opportunité de consigner les mémoires de sa mère. Elle savait que ce que sa mère allait lui dire importait pour les générations à venir. Apprendre cela les aidera à alléger leur souffrance, au lieu de vainement essayer d’oublier.

Dans son ouvrage, Margaret Ajemian Ahnert encourage le lecteur à se souvenir, et non à oublier.

Sur la dernière page du livre figure une photographie d’Ester, disparue en 1999, à quelques semaines seulement de son 99ème anniversaire. Ce livre lui rend hommage. Il raconte comment elle échappa à la mort et recommença une vie nouvelle dans un autre pays.

Ester est partie il y a longtemps maintenant, mais ses paroles résonnent à travers les pages du livre d’Ajemian Ahnert, en particulier maintenant où l’étape finale de la commémoration semble plus proche que jamais.

- Azad-Hye : Vous avez écrit un livre où l’histoire d’une famille est étroitement liée à celle de toute une nation. Cela vous créait-il une responsabilité particulière et comment cela a-t-il affecté votre œuvre ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Mon livre retrace jour après jour les actions de ma mère Ester durant les marches vers la mort en 1915 qu’elle vécut. Mon livre n’est pas un cours d’histoire, c’est la version d’un témoin oculaire de première main. Bien des historiens ont beaucoup plus écrit à ce sujet d’une manière approfondie. J’ai choisi de montrer le génocide vu par ma mère, non par un historien.

- Azad-Hye : Votre mère Ester est malheureusement décédée huit ans avant la publication de cet ouvrage. Quelle eût été sa réaction si elle était encore en vie ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Ma mère savait que j’écrivais ce livre sur sa vie. Elle en était heureuse et disait souvent : « Margaret, tes enfants et petits-enfants connaîtront ce que j’ai vécu. Je suis heureuse que tu écrives sur ce qui m’est arrivé, à moi et beaucoup d’autres. Tant n’ont pas survécu ! Je suis l’une de ces miraculés. »

- Azad-Hye : Le livre a obtenu une couverture très importante aux Etats-Unis et à l’étranger. Quel est son message et pensez-vous qu’il ait été exaucé ?
- Margaret Ajemian Ahnert : J’ai remporté le Prix 2007 du meilleur livre américain et le Prix 2008 du Festival du Livre de New York pour les meilleurs Mémoires historiques. Du fait de cette reconnaissance, on m’a demandé de m’exprimer dans de nombreuses universités importantes. Harvard, Yale, Nova, Florida Atlantic, Fordham Law School sont quelques-unes des universités qui m’ont invitée à prendre la parole, me donnant l’opportunité de diffuser le message qu’il y a bien eu un génocide des Arméniens en 1915, un fait dont beaucoup de gens ne sont pas conscients. Ma mission est de parler à ceux qui ne savent pas et de convaincre ceux qui n’y croient pas.

- Azad-Hye : Pensez-vous que l’opinion aux Etats-Unis est actuellement davantage informée au sujet du génocide qu’en 1999, lorsque votre mère est décédée ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Oui. Le grand public aux Etats-Unis est mieux informé aujourd’hui, mais je rencontre encore des gens qui me disent : « Quel génocide ? Et les Arméniens ? »

- Azad-Hye : Deux ans après sa publication, avez-vous des informations sur le lectorat majoritaire du livre, Arméniens ou non Arméniens, et sur leur tranche d’âge (si vous en avez connaissance) ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Je suis sûre que cette histoire d’une mère et de sa fille a attiré des gens de toutes origines. Grâce à cette façon de raconter l’histoire, j’ai été accueillie par des gens de toutes nationalités, ce qui était mon but. Des étudiants, des mères de famille, des filles et des étudiants d’histoire de nature curieuse, qui connaissent l’Histoire tout en appréciant les mémoires de première main. Mon livre a été comparé au Journal d’Anne Frank par Levon Sevunts, un journaliste et animateur de télévision au Canada. « Pour beaucoup de gens, aujourd’hui, Anne Frank est le visage de la Shoah. Margaret Ajemian Ahnert a donné aux Arméniens leur Journal d’Anne Frank. Elle donne un nom et une voix à toutes ces victimes du génocide. Ce ne sont plus des chiffres sans visage dont débattent les historiens. Les Arméniens ont Ester Ajemian pour parler en leur nom. »

- Azad-Hye : Vous avez présenté votre livre lors de conférences dans quelques villes aux Etats-Unis. Quelle a été la réaction du public et aimeriez-vous faire des commentaires sur la réaction de certains Turcs présents lors d’une de vos lectures et qui nécessitèrent l’intervention de la police ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Lisez le New York Times, du 2 mai 2007, à la rubrique Metro, qui raconte cette histoire en détail. J’étais paniquée et depuis cette conférence je me déplace avec un garde du corps. Durant cette tournée littéraire, en plusieurs endroits, j’ai été huée par des Turcs présents dans l’assistance. Je garde mon calme et je continue à raconter mon histoire. Suis-je inquiète ? Oui ! Arrêterai-je de parler de mon livre ? NON !

- Azad-Hye : Un interview de vous est récemment paru dans un périodique arménien francophone (NdT : Nouvelles d’Arménie Magazine). Votre livre a-t-il été traduit en d’autres langues ou avez-vous l’intention de le faire traduire ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Mon livre a été traduit en italien et est disponible sous le titre Le Rose di Ester, aux éditions Rizzoli. Des éditions en arménien, ruse, hollandais, espagnol, français et turc sont en cours.

- Azad-Hye : Compareriez-vous votre livre avec les récits d’un autre témoin oculaire, Thea Halo, une Américaine d’origine grecque, dont les Mémoires ont été recueillis par sa fille ? Avez-vous eu la chance de lire ce livre avant de publier votre ouvrage ?
- Margaret Ajemian Ahnert : J’ai rencontré Thea Halo et j’ai lu son livre, que j’ai beaucoup aimé. Sa mère grecque a souffert autant que ma mère Ester et bien d’autres. Ce fut un plaisir de la rencontrer et de parler avec elle.

- Azad-Hye : Pensez-vous que votre livre puisse être adapté au cinéma ?
- Margaret Ajemian Ahnert : Alain Terzian, un célèbre producteur de films français, est venu m’écouter à Paris. Il m’a applaudie et a beaucoup aimé mon livre, m’a-t-il dit. Oui, je crois qu’on pourrait en faire un film intéressant.

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Margaret Ajemian Ahnert : The Knock at the Door : A Journey Through the Darkness of the Armenian Genocide. [On frappe à la porte. Journal d'un périple à travers les ténèbres du génocide arménien] Beaufort Books, 2007. 240 p. ISBN : 978-0-825305-12-2


Site de Margaret Ajemian Ahnert : http://www.margaretahnert.com

Site des Editions Beaufort : http://www.beaufortbooks.com/

Voir aussi cet interview de Margaret Ajemian Ahnert sur YouTube :
http://www.youtube.com/watch?v=LQHgTux0gCs

Traduction : Georges Festa – 06.2009 – Tous droits réservés.