vendredi 3 juillet 2009

Daniel Kasparian


Daniel Kasparian
Diógenes Moderno
Buenos Aires : Editorial Dunken, 2009, 152 p.

par Claudio Simiz

www.sardarabad.com.ar



La variété et le mélange sont caractéristiques de la littérature contemporaine : cette première œuvre de Daniel Kasparian rend pleinement compte de ces deux aspects. Dès la première page s’annonce le caractère hybride de l’œuvre : roman – théâtre – scénario. Dans ce cadre, des personnages de milieux et d’époques différentes (bien que dans un environnement grec classique) évoluent (surtout verbalement) autour de thématiques diverses et dans des registres changeants (encore que le ton satirique et parodique s’impose au lecteur au moment de se positionner face au texte) racontés sous forme de narration, film, théâtre radiophonique, etc…

Pourquoi Diogène ? Dans cette œuvre défilent Zénon, Saint François d’Assise, Alexandre le Grand, le chef indien Seattle, Rousseau, entre autres personnages historiques ; chacun avec ses convictions, ses rêves et ses peurs, néanmoins c’est Diogène le Cynique, ce mendiant joyeux et provocateur qui (d’abord, en tant que personnage d’une dramatisation frustrée, puis comme figure « réelle ») se transforme en protagoniste et, d’une certaine façon, en porte-parole de l’auteur.

Je considère que ce personnage quasi mythique réunit trois caractéristiques qui en font l’architecte idéal du regard que porte Kasparian sur le monde :
- une attitude mi-acerbe, mi-méprisante, sur « la société organisée » (en particulier sur les puissants)
- son penchant continuel au dialogue et au débat sur les sujets et les problématiques de la société qui l’entoure (habilement transposée à notre époque)
- un humour omniprésent, picaresque, sarcastique, selon les circonstances, mais toujours questionnant d’une manière novatrice.

Un tel choix laisse précisément une voie possible d’interprétation de cette production littéraire complexe. Diogène est le digne survivant du chaos hypocrite et matérialiste de son (notre ?) époque. Et il s’en tire en se raccrochant à la vérité qu’apporte la raison, à l’impératif de ses convictions morales et à un intarissable et contagieux humour (qui inclut son propre personnage).

Interprétations mises à part, l’œuvre de Daniel Kasparian révèle un ample et profond travail à partir de sources littéraires, philosophiques, historiques et mythiques. Mais aussi un maniement habile de genres et de tons variés, une hardiesse qui lui permet de s’essayer à une création audacieuse et polémiste. Il n’est guère facile à notre époque de rencontrer l’originalité alliée au savoir et au talent. Kasparian a relevé ce défi. A nous de nous en saisir ou de feindre l’indifférence.

[Daniel Roberto Kasparian, 48 ans, né le 26 avril 1959, célibataire. Professeur de castillan, de latin et de littérature. Passions : le football, les échecs, l’artisanat, la nature, les arbres fruitiers ; et aussi le théâtre et la musique : il écrit des lettres pour s’accompagner à la guitare.
Il a étudié dans les écoles arméniennes et à l’INES Alicia Moreau de Justo. Il est actuellement enseignant et critique littéraire.] [Infos quatrième de couverture]

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Source : http://www.sardarabad.com.ar/wp-content/uploads/2009/05/1506.pdf
Traduction de l’espagnol : Georges Festa – 07.2009 – Tous droits réservés