mardi 14 juillet 2009

Orhan Veli



Migration II


Maintenant
Les arbres sont visibles
Depuis sa fenêtre.
Toute la journée il pleut
Le long du canal.
La lune se lève la nuit
Et il y a marché le jeudi
Sur la place.
Mais lui,
Peut-être est-ce l’exil, l’argent,
Peut-être une lettre,
Ses pensées sont ailleurs.

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Poèmes sur le voyage


I.

Lorsque tu voyages,
Les étoiles te parlent.
Et ce qu’elles disent
Est souvent triste.

II.

La chanson que l’on sifflote
Ivre, les matins,
Est joyeuse,
Mais cette même chanson
Derrière la vitre d’un train
Ne l’est pas.

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Mon ombre


Je la traverse
La traînant
Toutes ces années
A la pointe de mes pieds.
Avec le temps
Nous vivons presque,
Mon ombre
Quelque part,
Moi
Ailleurs.

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Envahis


Nous avons des mers, envahies de soleil ;
Nous avons des arbres, envahis de feuilles ;
De l’aube au crépuscule nous allons et venons
Parmi les mers, parmi les arbres
Envahis
D’idées noires.

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Gratis


Gratis nous vivons ;
Gratis est l’air, gratis sont les nuages.
Gratis sont les collines et la boue ;
L’extérieur des voitures,
L’entrée des cinémas,
Gratis sont les vitrines ;
Pour le pain et le fromage c’est différent,
Mais gratis est l’eau de mer ;
La liberté te coûtera la vie,
Mais gratis est l’esclavage ;
Gratis nous vivons,
Gratis.


Orhan VELI (1914-1950)

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Source : http://www.cs.rpi.edu/~sibel/poetry/books/i_orhan_veli/
Poèmes traduits de l’anglais (adaptation : Murat Nemet-Nejat) :
Georges Festa – 07.2009 – Tous droits réservés.