samedi 4 juillet 2009

Pouilles et diversité culturelle


1er Congrès national sur la présence des minorités ethno-linguistiques dans les Pouilles

par Teresa Gentile

(Akhtamar on line, n° 69, 01.03.2009)


Jeudi 5 février 2009, les étudiants du Lycée d’Art Lisippo [de Tarente] ont reçu de la Fondation Nuove Proposte [Propositions Nouvelles] le Prix Aldo Moro « Un libro di Filosofia in Premio », car « la philosophie est un langage universel qui touche à la dialectique du savoir où se rencontrent culture de l’Occident et culture de l’Orient ».
Juste après, dans la Salle du Conseil du palais ducal, s’est tenu le premier congrès national sur la présence des minorités ethno-linguistiques dans les Pouilles. Pour la première fois, grâce à Edouard Tateossian (président de l’Association Italo-arménienne Sant’Andrea degli Armeni à Martina Franca), l’on pouvait voir le drapeau arménien parmi les autres emblèmes nationaux.
Dans l’assistance étaient notamment présents les professeures Rita Punzi et Lina Mirabile, ainsi que plusieurs personnalités du monde touristique, des entreprises, de la télévision à but culturel (dont Mimmo et Viviano Bagnardi, brillants animateurs de l’émission « Improvvisando » [A brûle-pourpoint] et découvreurs de talents). Le Prix Ignazio Ciaia a été décerné à l’essai de Pierfranco Bruni, coordinateur du projet Minorités ethno-linguistiques Mi-Bac, La Puglia arbëreshe, grecanica, franco-provenzale. Beni culturali tra minoranze linguistiche ed eredita' etniche [Les Pouilles arbëresh, grécaniques et franco-provençales – Biens culturels entre minorités linguistiques et héritage ethnique] (édition Ministero per i Beni e le Attività Culturali et Centro Studi et Ricerche « Francesco Grisi », 2009)
Le Prix « Testimonianza » [Témoignage] a été en outre attribué à Monseigneur Joseph Antoine Kelekian (procurateur du Patriarcat arménien près le Saint-Siège et l’Italie et membre d’honneur de l’Association Italo-arménienne), à Maria Adelaide Lala Comneno (enseignante à l’université de la Basilicate et spécialiste d’architecture arménienne), ainsi qu’à des représentants des cultures grécanique, italo-albanaise et franco-provençale (Roberto Burano, vice-président du Centre d’études GRISI, Pino Cordella, président du Lions Copertino-Salento, et Anna Colaci (présidente de l’ANSI Lecce Uno). Elio Michele Greco a rappelé que la Fondation Nuove Proposte s’implique beaucoup pour promouvoir, parallèlement à la diffusion d’une dilection pour le livre et la lecture, un projet tourné vers la redécouverte et la valorisation culturelle des minorités ethniques qui ont été accueillies et qui se sont parfaitement intégrées sur le territoire des Pouilles.
Le maire, le Dr Franco Palazzo, a salué les personnalités présentes et a souligné l’importance pour l’homme, quelle que soit ses origines, de savoir coexister avec les autres et se projeter en toute conscience vers un avenir imprévisible, sans jamais perdre le lien avec les racines qui lui appartiennent et qui ne doivent jamais être étouffées ou anéanties, afin d’éviter de perdre le sens même de sa propre « identité ».
Pierfranco Bruni a souligné que la loi 482/99 protège la survie de la culture arménienne, de même que celle arbëresh, grécanique et franco-provençale. Il a ajouté que la présence de cultures minoritaires dans le cadre de nos territoires est une charnière située entre des identités qui, au fil du temps, ont appris à coexister, défini un contexte anthropologique, culturel et historique précis, tout en s’imposant le devoir de rappeler le passé et ses traditions, véhiculer des sentiments et transmettre les fragments d’une culture qui se laisse aller à une esthétique du silence. A l’opposé, la recherche de la modernité à tout prix ampute les souvenirs, en leur substituant une amnésie grise et dépersonnalisante.
Le professeur Gaetano Dammacco (professeur de droit ecclésiastique à l’université de Bari) a remarqué que la protection de toute minorité linguistique découle toujours d’un choix politique précis. Monseigneur Franco Semeraro (archiprêtre, recteur de la basilique de San Martino de Martina Franca) souligna l’importance de l’ouvrage de Pierfranco Bruni, qui ouvre des perspectives inédites, permettant de mieux saisir le sens réel de l’identité méditerranéenne et pouillaise et qui nous conduit à nous demander s’il vaut mieux se renfermer à nouveau dans nos « certitudes » ou continuer à accueillir avec confiance des gens d’autres origines afin de nous confronter avec eux et grandir « ensemble ».
Après avoir annoncé que le 6 mars 2009 Nersès Bedros XIX, Patriarche de Cilicie des Arméniens catholiques, serait présent à Martina Franca (province de Tarente), Monseigneur Joseph Antoine Kelekian aborda certains aspects de l’histoire arménienne, évoquant Mikael Nalbandian (auteur de l’hymne national arménien qui fut écrit pour mettre en valeur la réunification de l’Italie par Garibaldi et Cavour, dont ce poète arménien était l’ami) et le génocide.
Maria Adelaide Lala Comneno (Université de la Basilicate) a évoqué la diffusion des Arméniens dans les Pouilles et souhaité que les étudiants des écoles d’art parviennent à découvrir sur notre territoire des vestiges de l’habitat arménien depuis le Moyen Age.
Le professeur Pierfranco Bruni a rappelé le rôle important en matière de cohésion interethnique de la poésie, de la musique et des danses traditionnelles, notant que la « coexistence pacifique et l’intégration harmonieuse avec le tissu social » ne peuvent se réaliser que dans la mesure où chaque « diversité » est valorisée ; dans le cas contraire, les fractures interethniques peuvent difficilement être cicatrisées.
Il importe de continuer à puiser à pleines mains dans le passé la force propulsive qui permette de bien vivre le quotidien. Tous les intervenants se sont accordés à souligner l’influence notable et l’œuvre harmonieuse de médiation culturelle que sut exercer le poète arménien Hrant Nazariantz (1886-1962), exilé dans les Pouilles, grâce à ses centres d’intérêt ésotériques et théosophiques, ses contacts avec les avant-gardes à une époque où un spiritualisme nouveau se proposait de dépasser un matérialisme positiviste dominant.
Lors des prochaines rencontres Ignazio Ciaia, il nous sera possible de mieux connaître la personnalité aux multiples facettes de ce poète, par ailleurs partisan convaincu de la fraternité humaine qui peut s’établir entre des peuples divers.

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Source : http://www.comunitaarmena.it/akhtamar/akhtamar%20numero%2069%20(1%20marzo)%20.pdf
Traduction de l’italien : Georges Festa – 07.2009 – Tous droits réservés.