samedi 25 juillet 2009

Sam Griffin

© Sam Griffin – Boondoggle Elysium, 2009


Sam Griffin – The Olduvai Cliff

Galerie Schirman & De Beaucé, Paris, 16.06 – 25.07.09



Interroger les territoires de l’utopie et d’une modernité intrusive : tel est le parcours auquel nous conviait cette passionnante exposition à la Galerie Schirman & De Beaucé. Qu’en est-il de cette architecture industrielle, de la Géorgie ex-soviétique à l’Angleterre des années 1970, lointaine héritière des mégalithes d’Irlande ? Quelle lecture opérer à la lumière d’un espace globalisé en temps réel, où sémantique urbaine et subjectivité diasporique tissent un imaginaire inédit ?

Ruin Value, 2009. Cornouailles : monument mégalithique, bloc que supportent trois masses verticales, perspective oblique, comme pour conjurer la lente déperdition des énergies, tel un corps porté lors de funérailles. Car il s’agit pour l’homme d’infliger un sens au chaos. Ces rites disparus en convoquent d’autres, plus contemporains. Visionnaires.

Bring the good news – Not now but soon, 2009 [ancien palais des mariages de Tbilissi en Géorgie]. Phallus creux, flanqué de deux tourelles en colimaçon. Elévation, palmiers. L’on pourrait se croire dans l’univers d’un Ledoux ou d’un voyage en Orient au 19ème siècle. Or il s’agit d’une mise en scène étatique, proclamant un meilleur des mondes, fait d’amnésies.

Zeitgeber, 2009 [ancien Ministère de la Construction de Tbilissi]. Barres superposées, perpendiculaires. Végétation touffue, comme exhaussant le propos. Telle une structure mégalithique, là encore, mais étagée, sécante, affranchie d’une logique linéaire. Dans ces pylônes et ces barres massives, lire comme une allégorie démocratique, fuyante. Ecrasement.

Scammonden Refuge, 2009. D’après la tour d’un réservoir situé entre Yorkshire et Lancashire. L’on songe immédiatement aux constructions d’un Jérôme Bosch. Bunker aérien, hérissé d’antennes, aux cloisons quasi hermétiques, aveugles. Univers de contrôle, de méfiance. Brumes d’un Neuschwanstein moderne. Totalité en miniature.

Boondoggle Elysium, 2009. Inspiré d’un abri bus de l’époque soviétique. Colosse de Memnon, importé dans un no man’s land définitif. Sens hiératique et dérisoire d’une définition de l’espace cannibale. Fauve de béton, gardien de camp ou de désert. Campé sur ses deux pattes avant, à la façon d’un sphynx abstrait. Vingtième siècle de fer.

Comment conjurer la menace sourde ? Une installation sonore avec sculpture murale, amplificateur et néon, attend le visiteur dans un soubassement. Chapelle tendue de noir, oppressante. Seul un bruit continu, de moteur au ralenti ou de viscères amplifié. Ecarter le rideau. Signe aux contours blancs. Invitation aux transes oubliées. Secrètes.

© GeorgesFesta – 07.2009

Galerie Schirman & De Beaucé
7 bis - 9 rue du Perche, 75003 Paris