mercredi 8 juillet 2009

Yéghiché Tcharents

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A l’avenir



Déjà s’emplit mon âme infinie
De chants confus et de rumeurs ;
Déjà s’emplit mon cœur électrique
De courants embrasés.

Mon âme est comme une station de radio
A l’adresse du monde entier et de toute l’humanité ;
Et si haute est cette radio de mon âme,
Tel le Mont Massis, si élevé, si fort –
Formidable, terrible !

En ces jours de ferveur, poussés par le vent, troubles –
Ce chant d’un million de cœurs lointains ou proches
Le chanter aujourd’hui, voilà ma destinée ;
De mes amis par millions, dizaines de milliers,
La joie de ce jour, et leur envol puissant –
Aujourd’hui est venu pour mon chant la tâche de fondre le destin
Des jours à venir.

Voilà pourquoi
Telle une immense, énorme
Tour Eiffel,
Au seuil des siècles passés et à venir
Imposant, depuis les cimes,
Je m’élève de toute ma hauteur
Et je chante.
Mon âme est devenue poste de radio,
Qui adresse son chant d’un rouge ardent
Au loin, si loin ;
A tous ces cœurs qui vivent et existent
En tous sens.

Avec ferveur chante, résonne mon âme.
Devant mon chant de ce jour je sais –
Et face aux rouges éclats de mon âme –
Que chaque âme est un poste de radio,
Où qu’elle soit !
Chaque âme qui vit, chaque âme qui existe,
Porte sur ses ailes
Cette même grande idée, l’immense idée
De ces jours de ferveur –
L’idée radieuse de ces jours de ferveurs.
Chaque âme,
De ses ailes de fer aujourd’hui
bruissante et retentissante –
En quête de repos et d’accalmie nouvelle
Parmi le tumulte d’un million d’ailes rebelles…

Sais-tu que maintenant
Ici –
Dans ce pays désolé de Naïri qui est mien
Et loin – très loin –
Dans Moscou la rouge,
Dans le jaune Tibet,
A San Francisco, dans l’immense Londres
Et à Singapour –
En tous lieux, en tous sens
Le monde porte un chant nouveau ?

Très loin – tout près
Dans les puits de mine,
Dans les usines,
Dans les vastes steppes et les forêts –
En tous lieux, en tous sens,
Mes frères, par milliers, qu’apaise un chant
De fer et de bronze, sur terre et dans les mines !
Qui aujourd’hui possède notre volonté de feu,
Notre force rouge sang
Notre fervente fortune
Si universelle ?

Qui aujourd’hui les a … ?
Nous qui sommes nouveaux, par dizaines de milliers !

Tel un immense disque de fer
La courageuse volonté de nos milliers de frères,
Si universelle –
Que déjà d’une force immense nous lançons
A l’adresse du souffle des jours à venir,
A l’adresse – du futur…


(1920)

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Traduit de l’anglais (adaptation : Shant Norashkharian) :
Georges Festa – 07.2009
Source : http://www.umd.umich.edu/dept/armenian/literatu/toward.html