vendredi 21 août 2009

Dikran Kaligian

Karekin Pastermadjian [Armen Karo], député FRA d’Erzeroum de 1908 à 1912
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Les relations FRA – CUP sous le régime constitutionnel ottoman

par Dikran Kaligian

The Armenian Weekly, 25.04.09


C’est à Paris, en 1900, que la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) et le parti Hentchak entamèrent un dialogue avec les partis turcs d’opposition, participant en 1902 au premier Congrès des Forces ottomanes d’opposition. Fin 1907, le second Congrès des Forces ottomanes d’opposition décida de renverser le sultan et de rétablir la Constitution ottomane en recourant à des moyens beaucoup plus radicaux, tels que le refus de payer les impôts, la propagande et la résistance armée, si nécessaire.
Le succès de la révolution constitutionnelle de 1908, lancée par une révolte de l’armée turque en Macédoine, fut accueilli avec jubilation par tous les partis d’opposition et une grande partie de la population de l’empire.
La FRA publia et diffusa une proclamation célébrant le succès de la révolution et attendant liberté, égalité et justice du régime constitutionnel. En conséquence, le parti publia un programme reconnaissant l’intégrité territoriale de l’empire ottoman. Ce programme appelait à une forme fédérale de gouvernement avec une administration décentralisée qui puisse apporter le degré le plus large d’autonomie locale.
Le CUP (Comité Union et Progrès – Ittihad) et la FRA devinrent des acteurs clé de la politique constitutionnelle ottomane. Pour que la FRA puisse influencer la politique gouvernementale afin d’améliorer la situation des Arméniens, elle se devait de travailler étroitement avec le CUP. La communication entre les partis fut cependant immédiatement entravée du fait qu’aucun d’eux n’avait de siège officiel à Constantinople, la capitale de l’empire.
Fin 1908, des élections furent organisées à travers l’empire et un parlement multiethnique fut mis en place. Sur les onze Arméniens élus, quatre étaient membres de la FRA, représentant les provinces orientales. Le rétablissement de la Constitution permit aux partis arméniens de faire ouvertement campagne durant ces élections et de commencer à publier des journaux à l’intérieur de l’empire.
C’est dans ce climat de libertés émergentes qu’une insurrection armée éclata le 12 avril 1909 à Constantinople, parvenant à expulser le CUP hors de la ville. L’opposition libérale au CUP, de même que les réactionnaires et les partisans du sultan Abd ul-Hamid II, soutinrent le coup d’Etat. Néanmoins, en deux semaines, les troupes commandées par Mahmut Sevket Pacha mirent fin à cette révolte. Profitant de cette instabilité politique, des massacres anti-Arméniens éclatèrent dans la ville d’Adana et les villes et villages de la province d’Adana. Au total, quelque 25 000 Arméniens périrent durant les deux vagues de massacres.
Ces massacres d’Adana créèrent le premier test majeur pour les relations FRA-CUP. La FRA dut décider, face à l’opinion publique arménienne, si elle poursuivait sa collaboration avec le CUP. Ce qui dépendait, d’une part, de l’estimation du degré de culpabilité du CUP. D’autre part, la FRA se devait de peser les bénéfices potentiels substantiels pour la communauté arménienne et tous les citoyens ottomans, au cas où le CUP instituait un régime véritablement constitutionnel.

Peser les options

La FRA se trouvait face à un grave dilemme. Le parti était déchiré entre sa solidarité avec les éléments progressistes du CUP et son horreur face aux actes meurtriers de ses éléments chauvinistes. Le Bureau occidental voulut aider les éléments progressistes à consolider leur pouvoir à l’intérieur du parti et de l’empire. Mais si les progressistes perdaient la haute main, les conséquences seraient désastreuses pour les Arméniens. Les unités d’autodéfense de la FRA seraient dispersées, ce qui aurait pour effet de laisser la population dans les provinces orientales et en Cilicie à la merci des tribus kurdes ou des masses kurdes.
Après avoir pesé toutes ces considérations, le Bureau occidental décida de faire une dernière tentative en continuant sa collaboration avec le CUP. Cette tentative était conditionnée au fait que le gouvernement prenne des mesures sur plusieurs points critiques apparus au lendemain des massacres.
Le CUP se donna beaucoup de mal pour rassurer la FRA quant à sa sincérité et son soutien aux réformes. Ils se rencontrèrent à Salonique afin de dresser un accord engageant les deux partis à préserver l’empire, accorder davantage de pouvoir aux provinces et défendre la Constitution contre les mouvements réactionnaires.
Cet accord visant à poursuivre la collaboration constituait un enjeu politique de taille pour la FRA. La crédibilité que la FRA avait acquise après des années d’actions d’autodéfense, d’éducation politique et d’actions d’organisation, serait perdue si le CUP ne remplissait pas ses promesses. Or la croyance des dirigeants de la FRA dans les bienfaits du constitutionnalisme était telle qu’ils étaient disposés à lui accorder une nouvelle chance.
Mais il n’y avait plus cette réserve inépuisable de patience ou de bonne volonté. Un haut niveau de méfiance régnait dans les rangs du parti, et les luttes pour le pouvoir au sein du CUP devaient être strictement encadrées afin de déterminer quel groupe aurait la haute main. La marge de manœuvre du CUP était donc sérieusement limitée. Si le CUP s’avérait impuissant à de remplir promptement ses promesses, du fait du poids des obstacles institutionnels et politiques, la FRA serait incapable de lâcher la bride avant de rompre toute relation.

Les relations FRA – CUP

Durant les dix-huit mois qui suivirent la révolution constitutionnelle, les relations du Bureau occidental avec le CUP furent intermittentes, du fait des problèmes internes du CUP. Les relations et échanges commencèrent à devenir plus réguliers début 1910, lorsqu’une « instance commune » fut constituée. Elle se composait de trois membres de la FRA et trois membres du CUP.
Une composante critique des relations entre les partis était de corriger les nombreux rapports et rumeurs erronées qui circulaient. Pour alimenter le soutien à la Constitution et au régime constitutionnel, il importait aussi d’envoyer des hommes de terrain dans les provinces afin d’exalter les vertus du régime constitutionnel et conseiller la patience en vue d’améliorations. Dès le début, la FRA souligna la nécessité de délégations conjointes FRA-CUP, car elles montreraient aux Turcs et aux Arméniens que la Constitution ne profitait à aucun groupe ethnique particulier, à l’exclusion des autres.
Le Bureau occidental se sentit obligé d’agir, car, durant plus d’un an, ses nombreuses protestations et demandes restèrent sans réponse et la situation en province empirait progressivement. Le 20 mars 1910, il envoya à Salonique Harutiun Shahrigian et Arshag Vramian, munis de documents officiels, rencontrer les membres du Comité central du CUP. Les sujets les plus importants concernaient la question des terres, la sécurité des Arméniens et la question scolaire. Leur accueil fut très cordial. Le Comité central tenta par tous les moyens de convaincre les représentants du Bureau que la politique du CUP à l’égard de la FRA restait inchangée. Ils soulignèrent qu’ils savaient que les Arméniens se tenaient aux côtés de la Constitution et la soutenaient loyalement. Le Bureau considéra que les résultats de cette rencontre à Salonique furent satisfaisants.
En juillet, le Bureau occidental signale que ses relations avec le CUP sont devenues plus étroites et amicales. L’agitation intérieure convainquit le CUP de la nécessité d’avoir le soutien d’une organisation fiable telle que la FRA. En outre, la nomination de Talaat et Cavid Bey au cabinet créa un canal de communication plus solide et de meilleures relations entre les partis.
Or, au vu de deux ans de relations avec le CUP, le Bureau occidental constata qu’en dépit d’efforts louables, les réunions de l’instance commune n’eurent pas lieu à intervalles réguliers ; parfois, des mois s’écoulaient avant une réunion. De sa création au milieu de l’année 1911, seize réunions seulement furent organisées. Parmi les raisons invoquées, les crises fréquentes au sein du CUP ou dans ses ministères, son inexpérience et son impéritie, ainsi que son malaise à devoir admettre son inaptitude à atteindre les objectifs sur lesquels il s’était entendu avec la FRA. En dehors des réunions officielles, plusieurs rencontres avec tel ou tel ministre ou des dirigeants du CUP eurent lieu, qui furent productives.

La détérioration des relations avec le CUP

L’instance commune FRA-CUP se réunit en février 1911. Ils eurent un débat animé concernant les événements et la situation dans les provinces. Les représentants du CUP durent admettre que leur parti n’était pas fortement implanté dans l’intérieur.
Le Bureau occidental tint ensuite une réunion conjointe avec les députés arméniens du Parlement. Ils conclurent que : le gouvernement ne faisait pas preuve de bonne volonté envers les Arméniens, des protestations se faisaient grandissantes dans les provinces, les fonctionnaires locaux demeuraient partiaux à l’encontre des Arméniens, et le gouvernement ne faisait aucun effort conséquent et sérieux pour changer cet état de fait. Sur cette base, la réunion décida d’envoyer à nouveau Vramian et Shahrigian à Salonique, afin d’exposer au CUP les problèmes liés à la terre, à la sécurité et à l’enseignement que rencontraient les Arméniens et de demander satisfaction. Le Bureau déclara qu’il déterminerait sa position à l’égard du CUP en fonction de ses réponses aux demandes de la FRA.
Vramian et Shahrigian rencontrèrent le Comité central du CUP et signalèrent qu’ils avaient reçu des réponses satisfaisantes à leurs demandes. La question des terres était la priorité n° 1 de la FRA et le CUP accepta qu’elle soit réglée sur le plan administratif et non par voie parlementaire. Concernant les problèmes de sécurité, ils acceptèrent de faire en sorte d’expulser hors du pays les beys fauteurs de troubles et d’empêcher ainsi les nomades de créer d’autres nuisances.
L’instance commune se réunit à Constantinople en avril. Le Bureau décide de différer d’autres questions et de se concentrer uniquement sur les questions liées aux terres et à la sécurité. Lors de cette rencontre, le CUP accepte de prendre des mesures pour contrôler les persécutions, bien que cela aurait dû être fait depuis longtemps. Pour ce faire, il est convenu que le gouvernement arme tous les villages, arméniens et kurdes. Ce qui permettrait aux villageois de se défendre contre les Kurdes nomades.
Le 24 avril, le Bureau occidental rencontre Talaat, Hadji Adil et Midhat Bey. Ils débattent des promesses faites lors de la réunion tenue à Salonique. Les représentants du CUP expliquent qu’ils sont en position de faiblesse et dans l’incapacité d’agir en faveur de quelque réforme que ce soit pour le moment. Ils proposent que ses députés soumettent ces questions au Parlement et ont déjà transmis aux députés des copies des articles de l’accord passé.
En juin, il est prévu que les députés arméniens présentent rapidement une demande écrite détaillant leurs demandes spécifiques auprès du ministère de l’Intérieur et que le Bureau occidental présente cette même demande auprès du CUP. La réponse à ces demandes aiderait à déterminer la position du Bureau à l’égard du gouvernement jusqu’au Congrès mondial de la FRA.
Telle était la situation lorsque le 6ème Congrès mondial de la FRA se tint à Constantinople à l’été 1911. Le thème dominant fut la question de la collaboration avec le CUP. Bien que ratifiant les actions passées en matière de collaboration, cette manifestation critiqua vertement la duplicité du CUP et son manquement à ses promesses. Après avoir évalué les perspectives et les dangers d’une poursuite de la collaboration, le Congrès mondial vota la résolution suivante : « […] en trois ans de régime constitutionnel, non seulement la politique du gouvernement n’a pas créé les conditions d’une vie meilleure […], mais elle a globalement agi en sorte de créer une méfiance entre les peuples et la négation des droits nationaux. Au lieu d’éliminer progressivement les privilèges terriens des classes féodales issus du Moyen Age, le CUP a encouragé ces éléments […] Le CUP a progressivement renoncé aux principes constitutionnels et démocratiques. Le CUP n’est pas parvenu à prendre des mesures pour combattre et se débarrasser de ses éléments droitiers […] » Cette résolution engagea le Bureau occidental à adresser au CUP un tableau de l’anarchie régnant dans les provinces arméniennes et un ultimatum, aux termes duquel, si aucune mesure n’était prise à telle date, il mettrait fin à la collaboration entre les partis.

Les élections de 1912 et la fin de la collaboration avec le CUP

L’absence de tout progrès dans la réforme agraire et l’amélioration de la situation des Arméniens, ainsi que la montée des éléments réactionnaires au sein et à l’extérieur du CUP, conduisit pratiquement la collaboration entre la FRA et le CUP à un point de rupture. Les débuts de 1912 constitueront un test immédiat pour cette collaboration, sous la forme d’élections parlementaires. Dans la course aux élections, les dirigeants du CUP sentirent qu’il leur fallait renforcer le cabinet et leur position. Trois membres du CUP furent donc agrégés au cabinet : Haji Adil comme ministre de l’Intérieur, Talaat comme ministre des Postes et des Télégraphes, et Cavid comme ministre des Travaux Publics.
Selon l’accord passé entre le CUP et le Bureau occidental, les candidats arméniens avaient la primauté dans tous les secteurs où la population arménienne comptait un pourcentage significatif. Programmant un bloc arménien au Parlement, le Bureau occidental ne décomptait pas seulement les sièges qui lui avaient été concédés par le CUP, mais aussi les Arméniens qui avaient rejoint le CUP.
Des négociations se poursuivirent sur ce point avec le CUP en vue d’un accord sur les 13 députés arméniens et concernant les districts où ils seraient éligibles. Des négociations continuèrent au sujet des 10 autres sièges. Les membres de la FRA se rendirent néanmoins compte que les sections locales du CUP tentaient de revenir sur leurs promesses d’une représentation arménienne dans plusieurs secteurs, dont Erzindjan, Dyarbekir, Kharpert et Marash.
Les relations du Bureau occidental avec le CUP se détériorèrent gravement à mesure que se poursuivaient ces manigances électorales. Le Bureau privilégia la recherche d’un accord améliorant la situation des Arméniens, avant d’entamer des négociations spécifiques quant à la représentation parlementaire, le premier thème étant des plus urgents. Le CUP ne traita pas honnêtement avec la FRA, en particulier lorsqu’il diminua abusivement le nombre de députés arméniens pouvant être élus. Plus important encore aux yeux de la FRA, il ne satisfit quasiment à aucune des demandes contenues dans l’accord signé avec la FRA deux mois et demi avant les élections.
Résultat, le Bureau présenta un ultimatum au CUP, donnant une ultime chance à la mise en oeuvre des conditions d’un accord, parmi lesquelles : former une commission pour contrôler la mise en œuvre de cet accord, créer des milices dans les villages arméniens et kurdes des provinces de Van et Bitlis, garantir le droit de retour, avec des subsides du gouvernement, pour les réfugiés arméniens, en recrutant 200 soldats arméniens dans chaque province arménienne pour y servir de gendarmes, et affecter les fonds gouvernementaux promis pour les écoles arméniennes.
Si le CUP ne procédait pas à ces changements administratifs sous quinzaine, la FRA mettrait fin à sa collaboration, conformément à la décision de son 6ème Congrès mondial. Le Bureau oriental désapprouva la mise en demeure du CUP par le Bureau occidental. Il attira l’attention du Bureau sur le fait que la signature par le CUP d’un accord préliminaire avant les élections ne signifiait pas que tous ses points seraient immédiatement exécutés.
Le Bureau oriental soutenait que même si le Congrès mondial avait autorisé le Bureau occidental à rompre les relations, il était prématuré de le faire. Le contexte électoral avait changé et d’autres complications politiques n’avaient pas été prises en compte par le Congrès. Selon lui, la FRA devrait attendre encore un peu pour que le CUP regroupe ses forces, ayant ainsi une chance de concrétiser les demandes de la FRA.
Le 15 juillet 1912, le cabinet de Said Pacha remporta un vote de confiance ; deux jours plus tard, cependant, il tomba. Le Bureau occidental constata une situation d’échec. En dépit des duperies, des manipulations, des fausses promesses et des retards dans les réformes du CUP, il demeurait le seul parti avec lequel la FRA pouvait négocier. Le Bureau considérait le CUP comme un moindre mal, comparé aux autres opposants, et cessa ainsi de le critiquer dans la presse. Il importait de l’amener à prendre conscience, mais une cessation complète des relations mutuelles nuirait aux Arméniens.
Durant la deuxième semaine d’août, le Bureau annonça dans Azadamard à Constantinople et dans Haratch à Erzeroum qu’il avait mis fin à ses relations avec le CUP. Il déclara en outre qu’il maintiendrait une position de neutralité en cas de conflit entre les partis turcs au Parlement.
L’éclatement de la première guerre balkanique et la rupture du parti avec le CUP mirent davantage en danger la population arménienne. Rosdom et Mourad (de Sebastia) se rendirent ainsi à Constantinople pour rencontrer Simon Zavarian, avec pour unique préoccupation de savoir comment s’armer et protéger les gens. Lors de cette réunion, ils réalisèrent que rétablir une structure d’autodéfense demanderait des années, de l’argent, des ressources et une équipe dirigeante, toutes choses inexistantes alors.
En 1913, la FRA et le Patriarcat oeuvrèrent ensemble pour obtenir le soutien des puissances européennes en vue d’un plan effectif de réformes pour les provinces arméniennes. Mais, grâce au soutien de l’Allemagne, les Ottomans parvinrent à retarder la nomination des deux inspecteurs-généraux européens jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

Le 8ème Congrès mondial de la FRA et l’approche des hostilités

Le Congrès mondial de la FRA se tint à Erzeroum en août 1914. Une commission de neuf membres fut instituée et, tandis qu’ils se réunissaient, le Dr Behaeddin Shakir et Naji Bey arrivèrent en tant que représentants du CUP et du gouvernement. Ils restèrent trois jours et demandèrent quelle serait la position de la FRA si la Russie envahissait l’empire ottoman. Les représentants de la FRA répondirent que le parti défendrait évidemment la souveraineté de l’empire ottoman.
Après de longues discussions, les représentants du CUP révélèrent que le gouvernement avait décidé de profiter de ce qu’ils espéraient être une défaite de la France et de la Russie par l’Allemagne, pour partir à la reconquête des territoires perdus. En outre, si la Russie était battue à plate couture, ils progresseraient vers le Caucase soit pour une conquête, soit pour inciter à une révolution. Les Arméniens étaient la clé d’un tel succès, car, selon les représentants du CUP, la FRA avait le pouvoir et la capacité de convaincre les Arméniens de Russie de demeurer loyaux envers le gouvernement russe jusqu’à un moment critique, lors duquel ils feraient alliance avec les Turcs. Le gouvernement n’était pas intéressé par une occupation du Caucase, mais désirait simplement l’arracher à l’influence russe et lui accorder ensuite l’autonomie.
Les représentants de la FRA répondirent que les Arméniens de Russie n’étaient plus aussi enthousiastes à l’égard du régime constitutionnel ottoman, qu’ils l’avaient été en 1908-1910. Les erreurs commises par le gouvernement et le CUP à l’égard des Arméniens ottomans ne persuadaient nullement les Arméniens de Russie que le fait de soutenir le gouvernement ottoman puisse améliorer la situation de leurs compatriotes situés de l’autre côté de la frontière.
A Constantinople, Talaat fit part de sa déception quant à la position du parti à Armen Garo, député de la FRA. Le Bureau appela à une réunion consultative avec ses membres clé, dont Krikor Zohrab. La réunion se scinda entre ceux qui espéraient une victoire russe rapide sur les armées ottomanes et ceux qui redoutaient l’enlisement d’une campagne militaire, principalement dans les terres peuplées d’Arméniens. Dans les deux cas, des unités de volontaires devaient être prêtes à défendre la population arménienne si les massacres commençaient, tout en n’ayant pas l’air d’être une cinquième colonne et d’apporter ainsi un prétexte à de tels massacres. Telle fut la corde raide où dut s’engager la FRA, alors que la guerre approchait.

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Source : http://www.armenianweekly.com/download/3/
Traduction : © Georges Festa – 08.2009.

NdT : Sur les relations entre le CUP et la FRA, voir la synthèse récente de Denis Donikian, in Petite encyclopédie du génocide arménien :
http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2005/07/19/2005_07_77_les_relation/
http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2005/07/20/2005_07_78_les_relation/
http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2005/07/21/2005_07__79_les_relatio/