jeudi 6 août 2009

Eric Cameron

© Eric Cameron – Exposed / Concealed : Laura Baird I, VIII, IX
Trepanier Baer Gallery, Calgary – cliché G. Festa

Eric Cameron – Record of Work

Centre Culturel Canadien, Paris, 20.05 – 11.09.09


Quel rapport inaugurer avec le monde ? Lors d’un entretien avec Cliff Eyland, Eric Cameron posait en 1983 le constat d’une impossible vision actuelle du monde, comparé au statut dominant de l’homme à la Renaissance et de la nature à l’époque romantique (1). Assomption progressive d’une nature palingénésique, qu’accompagne le geste artistique.

Née d’une réflexion première, authentification préalable, inconditionnelle, sur l’idée de forme et d’éclatement, l’esthétique des Thick Paintings – objets recouverts d’une suite impressionnante, convulsive, quasi magmatique, de couches de gesso – nous invite à une traversée onirique de l’incréé, d’un ironique Et in Arcadia id, où l’héritier d’un Poussin s’aventure au plus près de nos fantasmes et de notre corporéité (2).

Ede’s Choice. Commencé en 2007. Gesso acrylique et pigment acrylique sur chaussures de bébé. – Paire ailifiée, se développant en tous sens. Exploration des possibles qui s’incarnent dans une vie naissante. Chair volumique, par endroits boursouflée, mais où le réel épouse la finitude, l’absorbe, l’amplifie pour la transfigurer. Plastiques de l’imprévisible.

Exposed / Concealed Laura Baird I (commencé en 1979), VIII (commencé en 1996), IX (commencé en 2008). Gesso acrylique et pigment acrylique sur boîte de pellicule non développée. – Trinité en gestation, déclinaison des origines. D’un élément premier éployer cercles, creux, torsades et effilochements. Intériorités singulières de pages en suspens.

English Roots : Paintings. 1998-2007. Gesso acrylique et pigment acrylique sur boîte de pellicule non développée. – Echo biographique de cette source calcaire de Knareborough (Yorkshire), où une tradition païenne exorcise le souvenir. Huître musculaire, cervicale d’exil. Les attaches rompues. Météorite exploratoire. Où s’entrelacent cicatrices et polissures.

Alice’s Yellow Rose. Commencé en 2006. Gesso acrylique et pigment acrylique sur rose jaune. – Sandale démultipliée, cétacé de corde. Fait d’étagements ondulatoires. Langue irriguée de rouges et de verts. Carte ptolémaïque du métamorphisme. En équilibre sur une borne de bois. Les gravitations historiques. Recouvrements incessants. Ecartements vifs.

Stacking Chair. Commencé en 1992. Gesso acrylique et pigment acrylique sur chaise empilable. – Ceci n’est pas une chaise, en trompe l’œil. Campé sur ses quatre pattes, l’objet en insurrection. Débordement, congestion des surfaces. Dossier de cornes. Demandant des comptes. Matérialité poreuse, l’instant posé là. Patine de soie épaisse. Autre concrétion.

Chloë’s Raw Sugar. Commencé en 2004. Gesso acrylique et pigment acrylique sur sachet de sucre brun. – Pulpe de soucoupe écarquillée, prête à happer. Aux orifices respiratoires. Là encore déconnection entre mot et signe. Cercles concentriques, viscères se nourrissant d’un effet de sonde. Anneaux de planètes. Visualiser l’oscillogramme. Les vibrations organiques.

Gregory’s Wine Gums. Commencé en 2004. Gesso acrylique et pigment acrylique sur tube de bonbons Maynards. – Renversement chronologique. Pétrification de quelque arbre imaginaire. Coupe tubulaire de vaisseau sanguin. Lui aussi posé en équilibre. Mais sur lequel apparaissent d’autres cartographies. En germination. Poussées invisibles. Contractions, forages.

Spring Eternal. Commencé en 2001. Gesso acrylique et pigment acrylique sur ressort. – Irruption d’un ressort ossifié. Dont la suspension libère la fluidité. L’annule. Battant d’une horloge disparue. Version organique du pendule de Foucault. Cylindre irrégulier, sismographe. A la pointe cristallisée, nuageuse. Aimantation verticale, indifférente.

Morgane’s White Sugar. Commencé en 2004. Gesso acrylique et pigment acrylique sur sachet de sucre blanc. – Autre déclinaison d’hémisphère contracté, cymbales issues d’une nuit interstellaire. Mollusque insubmersible, cône de volcan. Totalité miniature, ligne de flottaison. Strates éployées, distendues. Bulle qui se lève. Saisir chaque étape. L’enfoncement.

Lettuce. Commencé en 1979. Gesso acrylique et pigment acrylique sur laitue. – Traduction, décryptage. Ce globe bosselé, ventre d’enfantement, glaise de vie. Où se sont accumulés tant de réglages, mesures. Ballon sonde. Les logiques poussées à l’extrême. Recomposant l’idéal sphérique, œuf érotique. Tête musculaire, argileuse. Toucher les limites. Ouvertes.

49 feuilles extraites du Registre de travail de l’artiste (numéros 7-11, 12-16, 17-21, 22-24, 32-33, 52-53). – Journal d’Amiel revisité par Duchamp. L’œuvre d’Eric Cameron se donne ici à lire sous forme de symptôme journalier : coder, vérifier, noter chaque élément modifié, chaque tentative. Carnet de bord d’un navigateur de haute mer, conjuration des lames.

1. The Object of Paint – Eric Cameron. Article publié in Vanguard, sept. 1983 et repris in :
http://www.umanitoba.ca/schools/art/galleryoneoneone/layer02.html
2. Thématique d’une exposition d’E.C. à l’Art Gallery de Nova Scotia en 1981 - Id.
Voir aussi l’essai de Catherine Bédard, commissaire de l’exposition, « Eric Cameron : de l’excès dans la demi-mesure », in Catalogue de l’exposition Eric Cameron : Record of Work, éditions du Centre Culturel Canadien, Paris, 2009, 472 p.

© GeorgesFesta – 08.2009

Centre Culturel Canadien
5 rue de Constantine, 75007 Paris

www.canada-culture.org