lundi 31 août 2009

Giles Milton


Giles Milton

Paradise Lost / Smyrna 1922 : The Destruction of Islam’s City of Tolerance
[Le Paradis perdu – Smyrne 1922 : Destruction de la ville tolérante de l’islam]
Ed. Sceptre, 2008

Massis Weekly, 05.07.08


Au début de l’automne 1922, la cavalerie turque entre dans Smyrne, une ville prospère et florissante sur la côte ouest de la Turquie, réputée pour sa tolérance et son mélange cosmopolite de Grecs, d’Arméniens, de Juifs et de Turcs. La Grèce avait envahi la Turquie avec le soutien des grandes puissances après la Première Guerre mondiale, et maintenant, après trois années de combats, les Grecs étaient vaincus et l’armée turque arrivait. La population non musulmane de Smyrne pensait que les navires de guerre américains et européens amarrés au port de la ville interviendraient lors de l’entrée de la cavalerie turque. Mais ce ne fut pas le cas. Bien au contraire, l’une des catastrophes humanitaires des plus honteuse, terrifiante et en grande partie oubliée de l’histoire moderne allait se produire.

Ecrivain et journaliste à succès, Giles Milton raconte cet épisode tragique et important dans Paradise Lost : Smyrna 1922. Recourant à des témoignages oculaires, aux nouveaux acquis de la recherche et aux souvenirs des survivants, dont beaucoup sont interrogés pour la première fois, Milton raconte, avec des détails qui font froid dans le dos, comment les troupes turques investirent cette ville superbe, pillant, violant et assassinant des civils innocents. Smyrne fut bientôt la proie des flammes et des centaines de milliers de réfugiés se précipitèrent sur le front de mer cherchant à fuir. Pendant ce temps, les équipages des navires de guerre présents dans le port reçurent l’ordre de ne sauver personne, et quand la destruction fut enfin totale et que les braises étaient encore fumantes, plus de cent mille innocents – la plupart Grecs et Arméniens – avaient été assassinés, tandis que des dizaines de milliers d’autres furent conduits à marches forcées vers l’intérieur de la Turquie, d’où l’on n’entendit plus jamais parler d’eux.

Smyrne fut rayée de la carte. Les Turcs changèrent le nom de la ville en Izmir et par centaines de milliers les réfugiés grecs – ceux qui avaient survécu aux massacres et avaient fui les marches forcées – furent abandonnés sans le moindre argent, sans abris, sans travail et contraints d’émigrer vers Athènes et d’autres villes grecques pour y refaire leur vie. Le paradis de Smyrne, avec sa population industrieuse et hétérogène, se transforma en simple souvenir en l’espace de quelques jours d’épouvante.

Paradise Lost nous rappelle que la destruction de Smyrne, longtemps négligée, fut une tragédie aux dimensions épiques. Et que cela fut, du moins en partie, facilité par l’apathie manifestée par les grandes puissances à l’égard du Proche Orient, dans le sillage de la Première Guerre mondiale. L’attention de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis se concentrant tout bonnement sur l’Europe, l’ancien empire ottoman fut négligé, permettant ainsi le développement de ruptures dangereuses et la formation de rivalités mortelles. L’anéantissement de Smyrne et de sa population non musulmane fut l’un des premiers résultats catastrophiques de ce nouvel horizon moderne, présageant l’affrontement désastreux entre l’Est et l’Ouest qui définit notre époque contemporaine.

Glacial et déchirant, Paradise Lost plonge le lecteur au cœur de l’une des tragédies les plus controversées de l’histoire moderne, avec ses moments horribles, nous rappelant avec force comment naquit cette région moderne.

[Giles Milton est journaliste et l’auteur à succès de cinq ouvrages précédents : Nathaniel’s Nutmeg [La muscade de Nathaniel], Big Chief Elizabeth [Sacrée Elizabeth !], The Riddle and the Knight [Le Chevalier à la claie], Samurai William [William le samouraï] et White Gold [L’Or blanc]. Il vit à Londres.]

Source : http://www.massisweekly.com/Vol28/issue24/pg11.pdf
Traduction : © Georges Festa – 07.2008
Précédemment publié en 2008, après accord de l'éditeur.