dimanche 30 août 2009

Ġoxwa Borg

© Ġoxwa – Red – Huile et cire sur toile, 116 x 89 cm - 2009
Avec l'aimable autorisation de Jean-Marie Felli


Ġoxwa


Galerie Felli, Paris, 2009



Et tout doit disparaître. Et chaque objet du jour
Tient chaque fois dans l’énergie et la détresse.
Pierre Jean Jouve, Diadème


Le mur. Cellule de condamnés à mort. Ou jardin de quelque palais oublié. Vision de saint Antoine où flotte cette silhouette altière, blessée. Epousailles de bruns et d’ors. Poutre, lame. Découpant la paroi sombre. Comme prête à s’abattre. Le visage ignore encore les formes indistinctes. Déjà le mouvement flou. Qui s’avance dans la nuit. Biffures, coraux. Boues, poussières. Fresque en insurrection. The Echo – Huile et cire sur toile – 130 x 97 cm

Surface de tissu rouge. Maculé, meurtri. Orifices. Profondeurs bleues. Mates, nuageuses. La vasque de cristal déploie son puzzle. Lumière boursouflée, rompue. Miroitement. Sur la droite, ces branches improbables. Bancales, désarticulées. Tiges ossifiées. Germination savante. Desséchée. Rondeurs laiteuses du pot. Union de mort et de vie. Ce corps immobile de la table. Tel un muscle ouvert. Red Cloth – Huile et cire sur toile – 81 x 65 cm.

Lagune charbonneuse. Arcades, édifices. A l’imprécision dévorante. Fuyant le regard trop inquisiteur. Ici et là une porte ouverte, un dôme flanqué de deux éminences. Déconstruction de Turner. Proues vermillon. Diffraction, reflets. Tant de siècles, d’instants solaires. Gouffre des miracles. Les éléments se livrent une bataille sourde. Opiniâtre. Simulacre d’harmonie. Aubes, départs. Les flots noirs, visqueux. Bas-fonds de Guardi. Red City – Huile et cire sur toile – 130 x 97 cm.

Puisque ces apparitions. Visage à la perle et au grenat. Se détachant de la paroi grise, corrodé. Flammèches de craie. Geisha blanche aux fleurs oiseaux. Ronde du vert, du rouge et du jaune. Tel un souvenir. Au plus profond des songes. Une dernière fois. La fête fut si belle. Tendre une vasque d’or. Où la main dépose une goutte lumineuse. Cette autre perle en fusion. De quelle âme s’agit-il ? Regard de merci. The Girl with the pearl – Huile et cire sur toile – 116 x 89 cm.

La porte. Ocre. Telle une arche en feu. Entrée de quelque enfer familier. Car tout autour la façade. Aux déclinaisons de jaune. Le canal attend. Immobile, impénétrable. L’escalier à gauche. S’enfonçant, se perdant. Ventre des palais. Aux yeux fendus. Grilles. Les éléments ne se livrent pas. Lumière factice du jour. Densité menaçante des édifices. Tu restes étranger. Ce rougeoiement. Occupant tout le seuil. Béant. L’église dérobée – Huile et cire sur toile – 92 x 60 cm.

Dans ce ciel sanguinaire. Où flottent des pétales de terre. Mur rouge, rongé de formes et de marques. Col torsadé de l’urne. Prestiges de Pandore. Soudain de minuscules soleils. Trajectoire d’oiseau. Plis de brocards. Ce mur pompéien bat de nouveau. Pulpe du temps. Ecorce des jours. Sarabande des ombres et des illuminations. Drapée de chair. Quels personnages dansent ici ? Autre villa des mystères. Empreinte de lave vive. Red – Huile et cire sur toile – 116 x 89 cm.

Bouddha androgyne aux deux arcades océanes. Emporté par une marée végétale, animale. Tentacule de poulpe. Ou fleuve carnivore. Vêtue d’un gilet strié de blanc. Aveuglant. Métallique. Mains repliées. Méditant la nuit. Coiffe surmontée d’un éclat. Aigue-marine, ocellé ? Assise à l’entrée des enfers. Ou t’invitant aux siens. Précipices sur la gauche. Ecailles des jambes, du tissu. Torsions des êtres. Under the arches – Huile et cire sur toile – 146 x 114 cm.

Jeune fille tendant l’oreille. Esquisse du Fayoum. Ou vision heureuse de Fussli. Même si le brasier de feuilles mortes. D’où surgissent ces lambeaux verdâtres. Car l’imperceptible, ce qui fut donné. Cheveux agités par le souffle. Tempêtes lointaines. Immédiates. Cours, cris d’enfants. Le mur s’anime à nouveau. Le dernier témoin. Avant l’embrasement final. Légèreté des éléments. En suspens. S’échapper vif. Ailleurs. A l’écoute – Huile et cire sur toile – 92 x 60 cm.

Diptyque post-urbain. Ce qui reste des exhaussements. Façades qui tanguent encore. Brasier ou lueurs du crépuscule ? Cet immense vaisseau, occupant tout l’horizon. Ténèbres se mêlant au point du jour. Les arcades de cendres. Gondoles fantomatiques. Dérisoires radeaux. Abordant le massacre inutile. La mémoire disparaissant. Ce que la fresque dévore. Anamorphose rouge sombre. Grammaire sanskrite. Corps. Ruin – Huile et cire sur toile – 180 x 160 cm.

Appuyée à la fournaise. Tournoiement de signes, d’heures. Les décors se fondent, composent un miroir silencieux. Organisation subtile, dissimulée. Vêtue de brun moiré. Souriante, le regard précis. Sachant la cruauté, la dureté. Préservant l’innocence première. Royautés impalpables. Se découvrant au plus près. Assomption précaire de hasards conjugués. Passante au bord des gouffres toujours possibles. Miséricorde. Noblesse – Huile et cire sur toile – 92 x 60 cm.

Triptyque floral. Où la branche noir et or serpente, traverse, découpe. Les trois versions du ciel. Gris fusionnant de bleu. Marqueterie horizontale de paravent glacé. Décor en apesanteur. Libre de toute perspective réductrice. Corolles lotus. Lianes d’insectes. L’éphémère uni à la décomposition lente. Signes familiers là encore. Telles ces profondeurs d’abysses. Apparitions. Détails oubliés d’un Gustave Moreau. Etoiles. Branch – Huile et cire sur toile – 60 x 120 cm.

Théâtre de mer. Autre façade vénitienne. Consumée d’ocre orangé. Pont au loin, mêlé, indistinct. Vacillement des piliers, des terrasses. Comme si les flots du temps. Seule la mer maintient sa loi. D’impermanence. Coiffe vermillon du gondolier. En contrepoint. Tout a déjà sombré. Ce qui survit. Tente d’oublier. Balcons vides. Retenir un autre jour. Rivages de disparition. Cette transparence qui t’a été donnée. Façade rouge – Huile et cire sur toile – 120 x 60 cm.

Reprendre le ballet. Danseuse à la rose. Les opéras improvisés de Watteau. Célébration des étés, bosquets, fontaines. Esquissées, lointaines. Retardées. Ne pas rouvrir les plaies. Ballet russe ou Laure de Sade. Traversant à nouveau ces brouillards. Obstacles, voyages imperceptibles. Conjugaison en réalité. De ces alvéoles en cascade. Jardins en terrasse. Coupole de panthéons. Par delà les désastres et l’oubli. Pardonné. The Rose – Huile et cire sur toile – 146 x 114 cm.

Autre branche éployée. Dessinant sa cartographie verte et brune. Nervures d’algues, empreintes de sang. Reflets blancs de l’eau. Devenue méduse. Crayeuse. Griffures bleu pâle. Les corolles fuient. Inscrivent leur disparition prochaine. Trace géologique. Millénaire. Ici vécurent les hommes. Quelle fêlure emporte ce pan de terre ? La matérialité des choses. Reprenant leurs droits. Conjurer l’envahissement muet. Melody – Huile et cire sur toile – 81 x 85 cm.

La jeune fille au colibri. Son regard las, face à la ramure fleurie de blanc. Coulée noire du muret. Ce diptyque des vanités. Répétition séculaire, annuelle du végétal. Les cycles de fécondation et d’hivers. Conscience juvénile du don. L’oiseau passeur. Faisant le lien entre les deux mondes. Robe brune, à la ceinture d’or et d’émeraude. Auquel répond le tissu marron, pyramide de terre et de bois. Ces autres arbres. Méditation – Huile et cire sur toile – 120 x 60 cm.

Nuit d’Eden. Couronnée de tiges acérées. Sphères jaunes, autres corolles luttant sur un fil. Comme accrochées, disparates. Moitié inférieure de la toile assombrie de vert foncé. Car tout s’effondrera. Dernier combat avant la dévoration. Muraille d’assaillants et d’assiégés. Où virevoltent lances et pierres. Ce qu’il te reste à franchir. L’horizon qui se dissimule. Eclats de bleus, ces immensités. Juste au bord. Aérien. Lemon Tree – Huile et cire sur toile – 130 x 97 cm.

© Georges Festa – 08.2009

Galerie Felli
127 rue Vieille du Temple, 75003 Paris
www.galeriefelli.com

site de Ġoxwa Borg : http://goxwa.blogspot.com/