mercredi 5 août 2009

Michael Wolf

© Michael Wolf – Transparent City tc 87b, 2008
www.lagalerieparticuliere.com

Michael Wolf – Metropolis

La Galerie Particulière, Paris, 03.07 – 26.09.09


2003/2007, Hong-Kong/Chicago : interroger les mégapoles, extrême-Orient, extrême-Occident. Une complexité proche du précipice, vertige des nombres. Teratopolis ou métamorphoses de l’utopie ? En réalité, deux versions d’un même dévoilement, au sens premier d’apocalypse. Donner à voir. L’un parmi l’écrasement, l’effroi bétonné ; l’autre omnivisible, sommé par une logique de transparence. Fin d’une modernité hyperprimitive.

Spatialiser la saturation – Hong-Kong

Espace visuel occupé tout entier de fibres verticales roses, vertes, brunes, elles-mêmes composées de cellules identiques, comme répétées à l’infini sur un miroir. Nous ne sommes plus dans l’étagement, l’ordonnancement. Ni même les cauchemars inavoués d’une impasse géographique, architecturale. Lire dans ce discours millionnaire, où l’idée même de masse, d’entassement s’annule, comme un précipice, aux marges de la politique. L’extrême-urbain, composé inédit d’exhaussement et d’exhibition, de falaises boréales ou métalliques. Barres blanches et jaunes tanguant jusqu’à l’aveuglement. Striures orangées contre hachures blanches perpendiculaires. Falaises de mauves et de bruns, scandées de niches rose pâle. Angles massifs de béton, tels la mise en coupe d’un vide interne. Damier pastel perforé de bouches d’aération composant autant de paires d’yeux fixes. Alternance de panneaux bleus, verts et jaunes pâles. Touches d’un clavier démesurément agrandi. Mais où l’on distingue progressivement les objets d’un quotidien autre. Tours vertes elles-mêmes gainées de ceintures émeraudes, chevauchement baroque, coulissant autour de la taille. Rainures grises et vertes, ponctuées de fenêtres carrées dérisoires, toutes semblables, où fait irruption un vertige autre, innommé. Ravines de brique rose creusant inexorablement leurs affaissements. Façades en construction tentant de dissimuler encore de faux pleins et vides. Echafaudages d’un vert cotonneux, hérissés de piques ou recouverts de bâches grises ou bleues, quasi marines, déjà numérotées de rouge. Eventrements blancs et roses auxquels répondent d’improbables oscillogrammes blancs sur fond bleu. Autres scansions orangées donnant l’illusion d’une vibration.
En contrepoint ces balcons encombrés de linge à sécher, de parasols improvisés faits de toile suspendue. Cours intérieures, envers chaotique d’ombres et de tissus. Résurgence entêtée de l’intime. Ces balcons gris s’animent, débordent, se contaminent. Lancent des ponts.
A des années lumière de ces simili codes barres blancs et rouges, où s’agrippent encore quelques touches minuscules de linges. Se laver de cette folie. Autres balcons en quinconce, aux jardins de fortune, parsemés d’auvents ou de serviettes. Reconstituant par delà une myriade de ventilateurs une fluidité autre, qui se joue des hasards subis. Paravents blancs striés de rouge mat, sanguinolent, faussement cicatrisé. Cellules arrondies, luisantes, comme flottant parmi la vague, effet de mirage. S’il n’y avait ces creusements inexorables, ces parois érodées par un vain effet de délié. Ecrasement gémellaire de blocs se faisant face, sans autre perspective qu’une confrontation muette, violente, absente. Surrection de fausses loggias vitrées, comme boursouflées, érectiles. Sur des tentacules morts. Comble d’une verticalité qui s’horizontalise, se faisant parking. Loggias automobiles. Vissées. Arêtes roses et vertes, changeantes, peau d’un caméléon de pacotille. Reproduction d’une gamme d’émotions trompeuses. Comme s’il s’agissait de conjurer d’autres séquences chromatiques. Nouvelles striures roses ou brunes, interrompant d’involontaires effets d’ombre. Intrusion de rouge, de rose ou de blanc à quelques fenêtres. Monotonie vomissant son interdit. Enseignes aux idéogrammes. Retour inattendu de la langue. Mais plaquée, simple juxtaposition. Comme engloutie, happée. Ces façades stridentes. Trop mates. Lisses d’asphyxie. Où le regard s’habitue néanmoins. Apprivoise ces avancées creuses, ces enfoncements mauves. Territoire mouvant, au gré du déplacement. Eparpillement quasi musical de touches lapis-lazulis. Ondulations insoupçonnées de balcons oranges. Rails verts et gris ponctués d’autres ventilateurs, notes noires sur une énième gamme virant au gris. Rectangles sombres surmontés de trois orifices, telles des lèvres cousues. Alvéoles carrées, lianes rigides enserrant des ombres brunes. Autres striures silencieuses, autres colonnes blanches aux mamelons ocres. Backgammon rouge et bleu. Gris aux écoulements de pluie. Tuyauteries externes tissant leur nervure. Cascades de bâches vertes foncées. Autres quinconces jaune et ocre. Palazzo exhibant ses toiles bardées de chiffres. Chantier de tous les enfermements.

La clarté totalitaire – Chicago

Autres damiers massifs, nouvel ordonnancement. Synthèse hyperréaliste, prophylaxie sous-jacente. Toile de Mondrian prête à exploser. Qui s’éclaire parfois de dorures, agissant en profondeur, en écho. Buildings la nuit, étincelant d’obscénité technique. Mise à nu des espaces. Professionnels ou non. Les frontières s’annulent. Transparence exigée. En diffraction permanente. Multipliant les mêmes, l’inavoué. Standardisation d’apparence linéaire, soulevée d’imperceptibles convulsions. Autres striures, mais luminescentes. Car il s’agit d’éclairer un étagement de vides. Contrepoint de gris et de bleus foncés, sur lequel dégoulinent de pâles baies. Reflet de ciel. Réductions, agrandissement de volumes. Qui se ferment, s’ouvrent.
Epuisement baroque là encore. Terrasse néoclassique, déserte, accolée à deux blocs gris et noir, hermétiques, aux cellules béantes. Sur lesquels glisse l’œil. Les lignes se dérobent, fuient. L’on retrouve ces mêmes juxtapositions grises, brunes et bleues, mais privées de désordre en surface. Nul auvent, nulle serviette, nulle végétation plaquée. L’édifice définitivement repu, semble-t-il. Stèles de béton rose fichées sur un mur sombre, comme gagné de mousse, tapissé de signes cunéiformes. Stores de pierre. Démolition factice. Les obturations mates. Autre façade écran de télévision ou de vidéo. Cases noires barrées de blanc. Jeu d’échecs métaphysique, plus de règles. Partie jouée d’avance.
Puis cette façade ocre, en vue plongeante, magnétique. Dévorante. Béton uniforme sur la gauche, irradiant l’angle. Jets de particules rêches. Plaque d’égout. Sur quelque trottoir inversé. Avant-poste, composant un seuil, annulant son propre horizon. Illusion d’écrasement, d’immersion. Autre donjon néoclassique, qui déroule son lacis piranésien de terrasses et de colonnades chantournées. Premier stade d’une métamorphose, inscrite dans une proximité immédiate. Pour parvenir à cette abstraction grise et noire, chargée de menaces. Détails de balcons alvéolés. Chaises, tables. Mises en scène d’une répétition intime, dissimulée, troglodyte.
Autre façade de béton aux stores blancs. Jeune fille accoudée sur la gauche, rompant ces fausses clôtures. Jambe qui s’appuie sur un rebord. Membre humain suspendu, émergeant de l’obscurité. Diffraction des corps. Tour vue de face. Alternance de stores pâles et de baies orangées. Les différents moments d’une foule démultipliée, au plus près. Organisation, improvisations. Clignotant. Autres alvéoles, de nuit. Grille de phare, couloirs d’aération, moteur. Chaque élément interchangeable. L’écrasement qui s’éloigne. Et reprend vie.
Ombres floues, convexes. Baignant aux deux tiers les surfaces vitrées. Panorama moiré, fuyant. Décomposition subtile des lignes. Moites. Illusion d’un barrage. Prêt à céder.
Détail de fenêtres. Chaises encombrées de vêtements, homme au torse et jambes nues face à son ordinateur. Table, archives. Deux cases en angle séparées de noir.
Structures en vue aérienne, toits superposés, tourelles, pylônes. Dalles bleues recouvrant des incandescences. Changement d’échelle. Uniques surfaces planes pour hélicoptères. Ecailles blanches et bleues, la nuit. Etagères de livres d’urbanité. Signes indéchiffrables, fragments de cloisons, de mobilier. Autre éparpillement. Série des appartements. L’envers des coulisses. Post-voyeurisme. Puisque tout est vu. Ignoré, masqué. Tableaux, éléments. Barres grises sur fond jaune sable. Impression d’un visage immense, découpé en d’innombrables facettes. Building icône. Entrepôt, réunion de travail. Cloisons d’un couloir. Occupations intérieures. Bureaux en angle. Vitres bleu sombre. Les éléments d’un puzzle gagné ici et là d’images floues. Nouvelles falaises millionnaires, brun pâle. Seul l’éclairage intérieur – verts, bleus – ajoute à l’étouffement. Salon de télévision, homme à sa cuisine. Quotidien lisse, baigné de bleu et d’orange. En réalité violences tues, évacuées. Pause dans cette régulation acceptée. Autres baies en angle, éclairées. Les proximités allusives, concrètes, offertes. Trouée blanche et bleue de bureaux, la nuit. Pont de navire, découpant la transparence. Trois personnages au bureau, trois alvéoles, corps déclinés de droite et de gauche. Torsade d’ADN. Ornementation crénelée, grise, d’un pilier octogonal. Lampe allumée. Paraboles et caissons bleus fluo, comme recouverts d’une bâche peinte. Quatre baies aux stores baissés, une main règle un écran de télévision.
Esthétique de la répétition. Larges baies, lumière stridente, mobilier quasi identique. Division des espaces de travail, carrés noirs. Etagements. Personnage assis dans un bureau, écartant les bras, mains sur la tête. Dominances noires. Reflets sur le mur, tache rose, photographies de famille. Constructions parallèles.
Autre bandeau orangé. Délimitation géologique. L’avenue serpentant de rose et de jaune. Eventration plane de blocs bleu sombre. Qui semble elle aussi s’élever, vouloir s’étager. Déformations visuelles. L’immeuble ne renvoie plus de certitudes. Concassements blancs, décomposition de la vague. Les décors se tordent. Ploient. Même si d’autres continuent à dévoiler, occuper.
Damier final. Les horizons de la ville. Comme réduite à l’état de cendres brûlantes. Irriguée de magma. Craquèlements de lave.

© GeorgesFesta – 08.2009

La Galerie Particulière
16 rue du Perche, 75003 Paris

site de Michael Wolf : http://www.photomichaelwolf.com/intro/index.html