lundi 31 août 2009

Nazim Hikmet

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Triste liberté


Tu gaspilles ton regard
Le travail chatoyant de tes mains,
Et tu pétris une pâte pour des pains par dizaines
Dont tu ne goûteras pas une bouchée ;
Tu es libre de trimer pour les autres –
Libre de rendre le riche encore plus riche.

Dès l’instant où tu nais
Ils plantent autour de toi
Des moulins qui broient des mensonges
Des mensonges qui te suivent une vie durant.
Tu continues à songer à ta liberté superbe
Le doigt sur la tempe
Libre d’avoir une conscience libre.

La tête penchée, comme à moitié coupée depuis la nuque,
Les bras allongés, ballants
Tu flânes, immensément libre
Tu es libre
Libre d’être au chômage.

Tu aimes ton pays
Comme la chose qui t’est la plus proche, la plus précieuse.
Mais un jour, par exemple,
Ils décident de l’adosser à l’Amérique,
Et toi aussi, avec ta liberté superbe –
Tu as la liberté de devenir une base aérienne.

Tu peux bien proclamer que l’on doit vivre
Non comme un outil, un numéro ou un chaînon
Mais comme un être humain –
Alors, d’un coup, ils menottent tes poings.
Tu es libre d’être arrêté, emprisonné
Et même pendu.

Pas le moindre rideau de fer, de bois
Ou de tulle
Dans ta vie ;
Nul besoin de choisir la liberté :
Tu es libre.
Mais cette sorte de liberté
Est chose triste sous les étoiles.

Nazim Hikmet

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C’est dimanche aujourd’hui


C’est dimanche aujourd’hui.
Pour la première fois aujourd’hui ils me sortent au soleil.
Et pour la première fois dans ma vie je suis terrifié
Le ciel est si loin
Et si bleu
Et si vaste
Je reste là sans bouger.
Alors je m’assieds par terre empli d’une dévotion respectueuse
Appuyé contre le mur blanc.
Peu importe ces vagues dans lesquelles je me languis de rouler
La lutte ou la liberté ou ma femme à ce moment-là.
La terre, le soleil et moi…
Je suis inondé de joie.

Nazim Hikmet


Traduction : © Georges Festa – 08.2009