samedi 5 septembre 2009

Georg Trakl

Georg Trakl, 1912


De Profundis

C’est un champ d’éteules, où s'abat une pluie noire.
C’est un arbre sombre, qui se dresse seul.
C’est un vent qui siffle, cernant les maisons désertes.
Combien mélancolique est cette soirée.

Un peu plus tard,
La délicate orpheline recueille les épis épars de maïs.
Ses yeux arrondis, dorés, effleurent le crépuscule
Tandis que son giron attend le promis céleste.

De retour
Le berger découvre son joli corps
Pourrissant dans un buisson d’aubépine.

Je suis cette ombre qui s’éloigne de villages assombris.
Je m’abreuve au silence de Dieu
Hors du flot parmi les arbres.

Un métal glacé parcourt mon front.
Des araignées cherchent mon cœur.
C’est une lumière qui s’échappe de mes lèvres.

La nuit, je me retrouve dans un pré,
Recouvert d’ordures et d’une poussière d’étoiles.
Dans un massif de noisetier
Résonnent à nouveau des anges de cristal.

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Naissance

Ces montagnes : ténèbres, silence, neige.
Le chasseur rouge descend de la forêt ;
Oh, le regard moussu de ce qui est sauvage.

La paix de la mère : sous les sapins noirs
Les mains endormies s’entrouvrent
Lorsque la lune froide semble près de s'abattre.

Naissance d’un homme. Chaque nuit
L’onde bleue baigne la base rocheuse de la falaise ;
L’ange déchu contemple en soupirant son reflet,

Une pâleur s’éveille dans une pièce étouffante.
Les yeux
D’une vieille femme de pierre étincellent, deux lunes.

Le cri d’une femme en couches. La nuit inquiète
De ses ailes noires le sommeil du garçon,
De cette neige qui s’échappe, libre, de nuées pourpres.

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Le soleil

Chaque jour le soleil d’or gagne la montagne.
Magnifiques sont les forêts, comme les animaux sombres,
Comme l’homme ; chasseur ou fermier.

Le corps rouge du poisson s’agite dans l’étang vert.
Sous la voûte céleste
Le pêcheur se déplace doucement dans son esquif bleu.

Le grain, la grappe de raisin mûrissent lentement.
Lorsque ce qui reste de jour arrive à sa fin,
Le bien et le mal sont prêts.

Lorsque la nuit est venue,
Déjà le pèlerin lève ses lourdes paupières ;
Le soleil surgit d’abîmes noirs.


Traduction : © Georges Festa – 09.2009