mardi 8 septembre 2009

Vahan Tekeyan


Vahan Tekeyan – Une confession poétique
Œuvres Choisies
Erevan : Bibliothèque des Classiques arméniens, 1981, pp. 239-364

par Eddie Arnavoudian

www.groong.org


Inaugurant ses Confessions autobiographiques, Jean-Jacques Rousseau écrit : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. » Toutes qualités requises, la poésie de Vahan Tekeyan (1897-1945) est aussi une « confession » de cet ordre, empreinte d’une même profondeur intellectuelle et philosophique, d’une même sincérité émotionnelle et d’une même indiscutable perfection artistique.

L’étreinte poétique de Tekeyan est vaste. Il fouille avec franchise et douleur parmi les traumatismes de sa vie personnelle, mettant à nu ses émotions et désirs les plus intimes tout en révélant les ambitions, les espoirs, les craintes et les échecs qui sont les siens. Il réfléchit aussi avec passion sur ces questions nationales, sociales et politiques qui conduisirent cet homme si réservé vers la vie publique. Il aborde en outre le rôle et la fonction de la mémoire et du rêve, le problème de Dieu et de la foi, les idéaux de l’homme, la guerre et le génocide.
D’une admirable composition, il en résulte un vaste héritage poétique qui dévoile à chaque lecture une part inédite, une vision nouvelle ou quelque perception ou aperçu neuf.


I. La mission du poète et son art


Dans un poème intitulé « Au lecteur », Vahan Tekeyan définit les limites de sa confession :

« Mienne est mon âme et pourtant à chaque page il semble
Que je la mette à nu devant des inconnus,
Mienne est mon âme et nul ne peut pleinement la connaître
Dans toute son éclatante lumière et sa terrifiante obscurité. »

Il achève néanmoins par une note de regret :

« Fallait-il que je m’ouvre aussi peu à tant de gens
Quand je ne désire entièrement me livrer qu’à quelques-uns. »

La poésie de Tekeyan est en grande partie l’histoire de ce regret, évoquant un homme empli d’émotions et de désirs, mais dont l’existence personnelle est condamnée à l’aridité et à une solitude sans répit. Tout en écrivant essentiellement « pour moi seul », Tekeyan est néanmoins « rassuré à la pensée que [ces] chants issus de mon âme meurtrie » puissent « aider à apaiser quelque autre cœur ». Mais s’il apaise des souffrances personnelles, il écrit aussi afin d’exalter et inspirer la résistance à l’injustice et à l’oppression nationale. Il puise alors cette « éclatante lumière » qui coexiste en lui avec une « terrifiante obscurité ». Une lumière nourrie d’un « monde de rêves resplendissants » qui seul possède « les clefs de portes closes ». Une lumière soutenue aussi par les souvenirs du passé « dont le moindre rayon peut éclairer le présent ».

Le souvenir et le rêve sont les refuges de l’espoir qu’il désire partager avec « tous les infortunés de la terre ». La mort ne lui fait pas peur, aussi longtemps que « les puissants rayons de son intellect l’aideront [à] éclairer les sombres recoins du cœur d’autrui. » Un poème intitulé « Tout comptes faits » révèle sa profonde générosité d’esprit. Se demandant ce qu’il a reçu de la vie, il écrit : « Seulement ce que j’ai donné, chose admirable, cela seulement ; ce qui est allé aux autres m’est revenu apaisé et renforcé pour éternellement m’accompagner. » (1)

Certaines œuvres poétiques peuvent prêter à polémique en terme de contenu – idées, émotions, vision – sans véritablement se référer à quelque technique poétique. Tel n’est pas le cas chez Vahan Tekeyan. Forme et contenu composent ici une totalité constituante, indivisible. La profondeur intellectuelle et émotionnelle de ses meilleures poèmes dérive de cette harmonie quasi incomparable entre forme et contenu. Tekeyan ne communique pas au moyen d’un exposé logique d’idées, mais sous la forme poétique. Son intelligence fine, sa vision et sa délicate sensibilité sont comme sculptées par un soin et une attention amoureuse portée au langage, au mot, à la métaphore, au synonyme, à l’image, à la rime et au rythme. Conscient de la puissance du verbe, « un seul suffisant parfois à ouvrir tout un horizon », son travail « sur le moindre mot, la moindre syllabe, consume son être ».

Le résultat est tout bonnement stupéfiant. Une imagination fertile et un art sophistiqué confèrent à toute une profusion de métaphores et d’images une richesse et un coloris rares. Des thèmes rebattus acquièrent même une originalité qui les rehausse et les épure. Tekeyan évoque l’émotion, la sensation et le sentiment par une immédiateté quasi vivante, les reproduisant tels qu’ils sont, non médiatisés, sans les passer au filtre de la raison et d’une logique rétrospective. Il parvient à attirer son lecteur dans une expérience magique en traduisant dans le langage ce qui semble dépasser toute expression ou faisant prendre conscience de ce qui sommeille d’ordinaire dans le subconscient.

Le caractère central de la technique poétique chez Tekeyan rend toute approche en anglais considérablement décevante. En l’absence d’une traduction adéquate, il est quasi impossible de démontrer quelque accomplissement poétique au moyen d’une citation. Mais la tâche en vaut la peine, car même la moindre étincelle qui survit à la traduction la plus indigente peut contribuer à pousser certains lecteurs à revenir au texte originel. Et peut-être même en pousser d’autres à exiger des poètes modernes des versions plus fidèles en anglais ou d’autres langues étrangères…


II. L’odyssée rare d’une souffrance personnelle


La vie privée, personnelle de Vahan Tekeyan est empreinte d’une solitude et d’un désenchantement incommensurables. « Les vautours se saisirent de mes rêves d’enfant / et tout ce à quoi je croyais sombra dans les profondeurs de la mer. » Au cœur de sa tragédie, la « soif d’un amour qui resta à jamais inassouvi ». Un amour impossible, interdit. Un amour qui ne peut ainsi qu’être épuisant et vain.

« Cette tragédie sans fin perdure
Nul ne l’entend, ni ne la voit
Et dans mes ténèbres, lentement, je m’efface et me perds. »

Les spéculations, parfois sordides, sur la nature des amours de Tekeyan sont sans rapport avec la valeur de sa poésie qui évoque toutes ces nobles passions, interdites des siècles durant, pour des motifs réactionnaires, qu’ils soient sociaux, moraux ou religieux. Cet amour est « tel un jardin secret, que dissimulent des fleurs ». Certains en peuvent voir s’élever l’« encens vers le ciel infini », mais jamais « ils n’en voient la flamme ». Rappeler le nom de l’aimé, richement recréé « par ta beauté et mon amour », est de même impossible, même dans un langage codé tel que celui utilisé par Sayat Nova dans une situation similaire. Si bien que ceux qui lui inspirèrent ses « plus grandes joies et [ses] plus grands chagrins » ne le sauront jamais :

« J’ai aimé, nul parmi ceux que j’ai aimés
Ne savent combien j’ai aimé… qui peut lire dans un cœur ? »

Parfois, cette souffrance discrète, délicate, à la mélancolie résignée, ressurgit tel un flot d’angoisse et de rage longtemps contenues. Habité par une « insatiable furie de destruction », la passion du poète devient tel un « oiseau errant », qui ne « niche ni se repose », un oiseau qui sans cesse « s’accroche aux blessures de ses ailes brisées ». La passion se mue en enfer, en une « sombre, silencieuse, interminable caverne », au sol « jonché d’innombrables crânes d’agneaux ». Dans « C’est ainsi », la coupe de la vie déborde d’amertume et de désespoir :

« Maintenant, tel un misérable mendiant
Me voilà contraint de plaider ma part quotidienne d’amour
Et n’en trouvant pas je fouille parmi les immondices
Quêtant ce qui apaisera ma faim.

Ma propre mère ignore ni ne demande
Comment je parviens à supporter, comment je parviens à nourrir mon âme
Nul n’a souffert comme moi une telle cruauté divine. »

Pourtant, par miracle, par delà cette souffrance, la poésie de Tekeyan étreint l’amour dans son allègre plénitude. Il dépeint l’amour universel, réduit à ses éléments premiers. Eléments qu’il présente dans des images paraissant saisir des vérités irréfutables, évidentes, dont on a l’impression qu’elles n’avaient pas jusque là trouvé les mots pour s’exprimer. Quel que soit l’objet de sa réflexion, le nom, le regard, la chevelure de l’être aimé, les poèmes de Tekeyan touchent et éclairent une dimension essentielle de ce miracle et de cette joie éternelle qu’est l’amour. Les « deux seules syllabes » du nom de l’aimé ressemblent à « un texte sacré », sans cesse récité, mais qu’il dissimule toujours « derrière des portes closes ». Le regard et la voix de l’aimé sont tels « une chaîne qui, maillon après maillon, m’enserre » et « me voici asservi, tout tremblant ». Dans une belle image de l’amour épanoui :

« Mes yeux sont submergés par tant d’amour, de désir et de tendresse
Qu’il ralentit à son approche
Comme face à un flot de lumière. »

Dans la passion, les attributs physiques manifestent en même temps l’émotion et l’esprit :

« L’arôme étourdissant de ta chevelure effleurant mes lèvres
Tel l’encens s’élève de ton âme vers moi. »

La poésie amoureuse de Tekeyan n’exprime pas ouvertement la sexualité. Mais certains poèmes résonnent de la mélancolie d’une passion inachevée. Lorsque « chaque pensée » du poète s’adresse à l’aimé, son sang « se glace à la pensée que tu ne songes à moi ». Même si le désir est éphémère :

« Ton âme, que je connais si bien,
Vit cachée en moi
C’est mon idole
Et mes pensées lui rendent un culte sans fin. »

Par delà l’amour dans le silence d’une « Mer ouverte », illimitée, quittant l’amas d’îles où il eût pu jeter l’ancre, Tekeyan élabore une métaphore envoûtante de la solitude, dans le sillage de relations existentielles inabouties. Le regret amer de l’enfance qu’il n’a pas eue dans « Le Châtiment » trouve un écho dans « A mon fils ». Lui auquel est niée la joie de voir « mon fils grandir, tandis que je plie », épuisé par la vie :

« Je vais maintenant de porte en porte

quêtant le regard d’enfants d’autrui

en lieu et place de mon petit garçon. » (2)

Mais il ne découvrira jamais son petit garçon et mourra seul, « inconnu, tel un étranger ». Tandis qu’il grandit en âge, devenant « un arbre immense dont le tronc / obstrue derrière lui tout mon horizon. »

Or Tekeyan ne se résigne jamais. Dans « Combattre », un véritable chef-d’œuvre, il appelle « d’anciens espoirs abandonnés au bord du chemin à venir le rejoindre un par un ». A ces « troupes sans décorations et pourtant braves, issues d’expéditions sans nombre », qui sont les siennes, il demande à nouveau d’engager « une bataille inégale… contre le mal, les mensonges et les hypocrisies. »


III. Pour la société et la nation


Malgré une insondable tristesse personnelle, l’existence de Vahan Tekeyan est toute dédiée à l’instruction et à la libération du peuple arménien. Ce peuple auquel « par la pensée et l’action il consacre la meilleure part de son âme ». Il enrage contre un Dieu permettant que « les faibles, dont [son] propre fils, soient toujours blessés, leur nudité couverte du manteau de leur propre sang ». Nous rappelant en droite ligne Rousseau, il note comment « Le Combat pour Dieu » a « transformé les plaisirs de la vie en souffrance et ses ambitions en blessures ». De même, le poète :

« Tel un éclair de lumière se jette dans la bataille
S’emparant d’un amas d’or et le rendant à la nature. »

Pour Tekeyan, la guerre mondiale de 1914-1918 et le génocide arménien signent la mort du « grand Rêve de l’homme », fait d’ « amour et fraternité » ; un rêve qui exprima « la religiosité de l’humanité ». Si ses poèmes sociaux, bien que reflétant avec optimisme de nobles sentiments humanistes, manquent d’un éclat authentiquement poétique, sa poésie nationale est d’un ordre tout différent. Des poèmes tels que son « Ode à la langue arménienne », « Le Temple de Zvartnots », « Svedia », « Nous oublierons », « Les Mains des orphelins », « Le Pont » et beaucoup d’autres, ont la finesse, la profondeur d’émotion et d’éclairage des meilleures œuvres qu’ait produit la littérature.

Ces poèmes sont des protestations contre l’injustice et célèbrent la sagesse, la culture, la civilisation, le langage et la résistance de l’homme. Le sentiment intensément personnel et intime qu’avait Tekeyan de l’histoire arménienne en marche fait de son amour de la nation arménienne un amour d’autrui. Il se réfère rarement à la nation « réifiée ». Songeant à une renaissance et une guérison, son attention ne se porte pas sur un « peuple » abstrait, mais sur des êtres singuliers, concrets, qui vivent, souffrent et luttent – orphelins, pères, fils, mères, nourrissons. Son imagerie toujours concrète et inspirée de la vie quotidienne affranchit ces poèmes de toute emphase rhétorique.

« En ces temps obscurs », Tekeyan désire « être un pont » qui transmette ces antiques figures de la culture et de la civilisation arméniennes pouvant agir comme source d’inspiration « afin de sauver la nation » aujourd’hui. Dans une ode dédiée au temple païen de Zvartnots, il inscrit le contraste terrible entre l’antique fierté et l’actuelle servitude. Il s’agit d’une exhortation à se relever. Parvenu à ce temple dont les ruines subsistent :

« Parmi les siècles de poussière
Ceux qui aujourd’hui nous sont des pères de liberté
S’agenouillaient, côte à côte, mortifiés,
Sans jamais oublier de se relever.

Aujourd’hui, pourtant, autour de ce temple en ruine je vois

Leur progéniture, perpétuellement courbés, toujours sombres
Seigneur, libère-les eux aussi, au nom de leurs ancêtres ! »

Ce poème et d’autres qui se tournent vers le passé réfléchissent à l’héritage culturel et moral pouvant être repris dans la lutte pour la libération nationale. Le génocide arménien de 1915 brisa ce rêve et imprima dans la poésie de Tekeyan colère et haine vengeresse. Appelant à refuser le paradis céleste comme récompense, il rabroue Dieu :

« Garde Ton paradis pour les Turcs
Quant à nous, retournons en enfer
Cet enfer que nous connaissons si bien
Cet enfer que Tu nous as si bien enseigné. »

Le crime de l’homme contre l’homme a « transformé en épées les mains de l’orphelin ». Des mains qui « à peine se souviennent de la chaleur d’une paume paternelle / qui jadis les recouvrait lorsque ces menottes » se firent « poings » et « oriflammes courant à la victoire »…

Par delà la haine et la revanche, Tekeyan voit pourtant aussi ce « Jour qui viendra », quand « l’homme sera égal à l’homme, dans la joie comme dans la souffrance / … / Quand la chaîne aidera à transmettre, non à contraindre ». Lorsque ce jour arrivera, « tous ceux de ma race, dispersés à travers le globe / qui dorment maintenant dans des tombes et des berceaux / s’éveilleront afin de proclamer joyeusement / de toit en toit, de tombe en tombe, du père au fils, du fils au père / que l’un peut demeurer en paix et l’autre s’épanouir libre. »
Vision habilement exprimée dans la préface de Victor Howe à une édition anglaise des poèmes de Vahan Tekeyan, traduits par Diana Der Hovanessian et Marzbed Margossian. Il commente ainsi la poésie de Tekeyan : « nourrie de cette vision millénaire qui nourrit les grands poètes de l’apocalypse, les Milton, Shelley, Schiller, une vision de l’avenir, lorsque le Seigneur adressera sa sagesse et sa bonté à ces légions d’êtres torturés et damnés. Ni au Ciel, ni au Paradis, mais sur terre. » Tekeyan rêve du jour où Dieu « établira l’amour dans le regard des puissants d’aujourd’hui et de demain… / Que la forteresse des égoïsmes, / Que cette gigantesque barrière s’effondrent ! Et que l’humanité / soit comblée de tous les trésors… »

« Fasse que chaque jardin
garde ouverte sa porte. Mais que nulle fleur ne soit piétinée
Et que nulle branche ne tombe. » (3)

Vahan Tekeyan survécut au génocide. Demeurant fidèle à ce principe :

« Le plus triste dans la vie
Car le plus décourageant
N’est pas qu’elle s’écoule mais
Qu’elle s’immobilise dans quelque ancien lieu. »

Il continua à militer sur le plan politique et à écrire des poèmes jusqu’à un âge avancé et sa mort en 1945. Son « Ode au Soleil », l’un de ses derniers poèmes, écrit en 1941, qui semble revisiter des thèmes païens, populaires chez les poètes arméniens occidentaux d’avant le génocide, constitue l’épitaphe idéale pour celui qui jamais ne succomba :

« Le soir venu, parmi l’obscurité, je chante le soleil
Qui par son absence crée l’obscurité
Tel le visage de Dieu, Soleil, tu es loin
De mes mains, mais suffisamment proche pour que je t’éprouve.

Vers Toi j’élève mon chant des profondeurs de la nuit
Que tu crées dans ton sillage.
Tel Dieu qui crée aussi le mal
Lorsqu’il nous oublie, tu crées le monde des ténèbres.

Mais c’est toi que je chante, soleil nouveau,
Depuis cette profonde nuit où sombrent
Tant d’âmes,

Attendant la force et la lumière
Qui briseront à ton lever
Ces âpres ténèbres. » (4)

Notes

1. « […] only what I gave away, extraordinary, only that ; what went to others returned sweetened and strengthened to rest with me eternally. » (DDH/MM)
2. « I now go from strangers’ door to door

searching the eyes of other people’s children

for those of my little boy. » (DDH/MM)
3. « Let every garden
gate be open. But let no flower be crushed
No single branch fall. » (DDH/MM)
4. « In the evening, in the shadows, I sing to the sun
That has created the dark by its absence
Like the face of God, Sun, you are far
From touch, but near enough to feel.

I sing to you from the dark of night
That you make when you depart.
Like god who also creates evil
When he forgets us, you create the dark world.

But I sing to you the new sun,
From this deep night that engulfs
A world of souls,

As I wait for the strength and light
That will break when you crack
This harsh dark. » (DDH/MM)

Note : La mention DDH/MM qui suit une citation indique une traduction par Diana Der Hovanessian et Marzbed Margossian.

Eddie Arnavoudian est diplômé d’histoire et de sciences politiques de Manchester, Grande-Bretagne. Il anime la rubrique de littérature arménienne dans Groong. Ses essais littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch (Paris), Naïri (Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).

Source : http://www.groong.com/tcc/tcc-20020926.html
Traduction : © Georges Festa – 09.2009.