mercredi 28 octobre 2009

Dali - I

Salvador Dali – La Grande Guitare, 1971
Pâte de verre couleur terre jaune, blanc et or. Socle en métal.
© www.gazette-drouot.com

pour J.,


Déchirer cette transparence. Tu écoutes battre la pulsation. Des blessures, des peaux. Se tenir debout, tel cette oreille coupée. Réduit à un éclat sonore, brûlé. Tanné de tous les soleils sombres. Coupants. Tendre à nouveau la corolle. Cordes poils. Ce qui reste des étreintes, des couches improvisées. Goût de cendre spatiale. Eclat de grotte. Ces cavités corporelles. Que l’autre va chercher au plus secret. Au plus brûlant. Alors se tordre, composer, multiplier. Coquillage rejeté par l’écume. De ces atomes épars rassembler l’unité aléatoire. Paupière de l’ombilic. Qui te regarde, te sait. Dort, surveille, laisse faire. Comme une pulpe d’embrasement. Le doigt retrouve les nervures, reconnaît les bords acérés. Enveloppes, sutures. Cet objet surgi de tous tes enlisements. Torse acéphale. Ecorchement sensuel. De cette nappe liquide, nacrée. Immobile. Les manuscrits clandestins. Obliques. Quelle fontaine, chevelure, s’écoule ici ? Enième bouteille à la mer. Béante. Lèvres, viscères. Fusion des bruns et des noirs. A la fois ventre et plaie. Vois. Il suffit de déplier. Yin et yang. Vasque organique intime, immense. Sans conditions. Les lignes de fuite insoupçonnées. Ce que tu recherches au hasard des noms. Des lieux. Le moindre fragment. Hérité, adopté. Les dons. Car tout s’accomplit. Parmi les traverses. L’écrasement, la légèreté. Matrice, phalle. Les rives de sable mouvant. Aux algues dévoratrices. Se laisser couler, absorber. Dans ce goulot d’étranglement. Aux succions végétales. Les paliers d’initiation lente. Paume sans doigts. Ventre du cou. Eau de roche des bras. Palais pétrifié. Carbonisé. D’où sourd le chant. Avoir épuisé les chemins. Galets d’eau douce. Poser les jalons. Quelle métamorphose en devenir ? Chaque étape, chaque instant. L’union nourricière des paradoxes. Les instincts de fusion. Veines, écritures. Gonflements d’écarts. Se perdre. Car un autre gouffre t’attend. D’un vertige l’autre. Circulation d’affects, de photographies. Les visages, les mains. Ressurgissent, palpables. Envahissent tout l’espace. Se répondent. Lignées musicales. Nées d’incendies et de naufrages. Boire le temps.

© GeorgesFesta – 10.2009