mardi 3 novembre 2009

Antoine Bernhart

© Antoine Bernhart – Œuvre (détail)

Antoine Bernhart – L’Enfer des enfers

Musée de l’Erotisme, Paris
Nov. – déc. 2009


Il n’y a d’autre enfer pour l’homme que la bêtise ou la méchanceté de ses semblables.
Sade


S’il fallait citer un météore noir, issu de la contre-culture des années 70, irrigué de post-situationnisme, volontiers clandestin, iconoclaste, alliant territoires interdits et exhibition d’un envers occulté, l’œuvre d’Antoine Bernhart invite entre toutes au dessillement des consciences assoupies, trop assoupies.

L’on a longtemps associé l’œuvre d’Otto Dix aux ravages de la Première Guerre mondiale. Des eaux-fortes d’un Callot à Goya, la liste serait longue. Quid de cette autre guerre, davantage banalisée, masquée, scénarisée, que se livre une humanité quotidienne, plongée par à coups dans ces élans chaotiques de transcendance muette, de renversement des codes, ou de séduction de l’impossible ? Qu’en est-il de ces huis clos ressurgissant à la faveur de tel bouleversement social, telle rupture sémantique, dans le silence de lois absentes ou perverties ?

L’on sait les audaces nippones contemporaines en la matière. Accueillant logiquement cette œuvre dans le sillage de graphistes européens (1). Citons encore sa collaboration avec le mouvement musical psychobilly ou encore ces erotica publiées aux éditions Bon Goût ou Mondo Bizzarro…

Logique d’une inspiration, mais aussi d’un enfermement visionnaire, à l’ironie dévastatrice, désespérée. Salvatrice car donnant à voir ce que les Châteaux de Cène historiques ou passionnels dissimulent, orchestrent, magnifient. Entre l’irreprésentable et l’omnisurveillance, coprotopie et bestialité font ici ménage avec le carnaval noir des puissants et des victimes, des masques et des corps pantelants.

Opéra du Mal, freak circus ou marionnettes sanglantes issues de quelques gore movies de foire, cette trajectoire obsédante de meurtres, tortures, transgressions, toutes plus inavouées les unes que les autres, nous invite à lire une autre humanité, traumatisante tout autant qu’irraisonnée, rencontre de Lewis Carroll et d’Edgar Poe, fresques obscènes et graffitis improvisés, choc frontal, ambigu, dérangeant.

Car ce dérangement, cette posture cynique, consistant à dérouler indéfiniment un même scénario d’apocalypse, déclinant à loisir les cent vingt postulats d’un énième film du désir et de la mémoire, fondent précisément une esthétique du dévoilement.

Au nom de quelles icônes lacérées, quels dogmes inversés, quelle éthique perdue sommes-nous conviés à la répétition quasi rituelle de scénarios cauchemardesques, mêlant l’insoutenable à la déshumanisation méthodique ?

Ce que les Cantos hallucinés d’Ezra Pound, Tombeau pour cinq cent mille soldats de Guyotat ou les pages de Primo Levi ne cessent de rappeler : dans la nuit de l’imprescriptible généralisé, les porteurs de feu témoignent. Ce qui fut. Et nous menace au plus intime. Antoine Bernhart ou les enfers de l’utopie.

1. Antoine Bernhart, exposition du MAMCO - http://www.artzari.fr/fiche-texte.biographie-de-antoine-bernhart.html
Cliché : http://www.rebelart.net/diary/bongout-berlin-antoine-bernhart/00676/

© Georges Festa - 10.2009

Site d’Antoine Bernhart : http://www.antoine-b.com/ (pour adultes avertis)

Site du Musée de l’Erotisme : http://www.musee-erotisme.com/