jeudi 19 novembre 2009

Armenian Libraries / Bibliothèques arméniennes

Bibliothèque Matenadaran, Erevan, Arménie
© David Holt – commons.wikimedia.org

Succès du 1er Congrès international des bibliothèques arméniennes à Etchmiadzine

Suivi d'un entretien avec Rachel Goshgarian
par Taleen Babayan

The Armenian Mirror-Spectator, 26.09.09


EREVAN - La basilique d'Etchmiadzine a servi de cadre au tout premier congrès des bibliothèques arméniennes à travers le monde, qui s'est tenu du 25 au 27 août en Arménie, attirant plusieurs responsables des plus prestigieuses bibliothèques arméniennes au monde.
Sous les auspices de Sa Sainteté Karékine II, patriarche suprême et catholicos de tous les Arméniens, et avec le soutien de l'archevêque Khajag Barsamian, primat du diocèse oriental de l'Eglise arménienne d'Amérique, le Dr. Rachel Goshgarian, directrice du Centre d'information Krikor et Clara Zohrab, et le Révérend Père Asoghik Karapetian, directeur des archives de la basilique d'Etchmiadzine, ont organisé cet événement qui a stimulé un dialogue et un débat concernant aussi bien la bibliothéconomie et le catalogage que la conservation et la numérisation des ouvrages, entre autres thèmes liés. Ce congrès était le premier de plusieurs programmes culturels organisés en Arménie dans le cadre de la célébration des 500 ans de la création de l'imprimerie arménienne.
Ce congrès avait pour objectifs de : formuler des méthodes standardisées en matière de bibliothéconomie et de catalogage, créer des opportunités de débat sur la conservation et la numérisation des ouvrages, développer un système de prêt inter-bibliothèques au niveau international et créer un portail internet exhaustif des collections arméniennes. Les congressistes ont adopté une résolution et institué un groupe de travail afin de lancer la création d'un site internet, lequel apportera des informations sur les publications en arménien et dans d'autres langues dans le champ des études arméniennes en Arménie et dans la diaspora.
Ce congrès de trois jours s'est tenu à l'ancien Séminaire de Théologie de la basilique d'Etchmiadzine. Le premier jour consista en brefs exposés par la grande majorité des participants sur leurs collections spécifiques, détaillant l'histoire et le contenu de chacune d'elles, leur système actuel de catalogage, le programme de numérisation et les méthodes d'acquisition. Des exposés d'ordre universitaire ont été présentés le lendemain, abordant plusieurs thématiques : bibliothéconomie, diffusion des ouvrages, numérisation et conservation. Les participants se sont rendus le troisième jour au monastère de Noravank, où ils ont participé à une table ronde animée par le professeur Kevork Bardakjian.
Un dîner final à Erevan donna une autre occasion aux congressistes d'aborder plusieurs interrogations et thèmes apparus lors de cette session dans un climat plus décontracté. Sa Sainteté Karékine II fut présent à ce dîner et fit l'éloge des participants et de leur travail. Rappelant l'importance des bibliothèques dans son enfance, le catholicos livra quelques réflexions sur la nature sainte des livres. Clôturant ce dîner, M. Karapetian remercia tous les participants d'être venus et d’avoir partagé leur savoir et leur expérience, évoquant avec enthousiasme une future collaboration concrète entre les bibliothèques.
"Je trouve qu'il nous a été très utile, tout simplement, d'être tous réunis en un même lieu pour se rencontrer et se parler mutuellement. Travail en soi véritablement novateur et des plus profitables.", notait Michael Grossman, conservateur-adjoint au département du Moyen-Orient de la Widener Library, à l'université de Harvard.
Mme Hasmik Poghosyan, ministre de la Culture, et Mme Hranush Hakobyan, ministre en charge de la Diaspora, accueillirent les congressistes et assistèrent à cette manifestation. Les deux ministres se sont engagées à soutenir des développements futurs. Le 25 août, en soirée, Marie Yovanovitch, ambassadeur des Etats-Unis en Arménie, organisa une réception dans sa résidence d'Erevan en l'honneur des congressistes.
Le Révérend Père Nareg Louisian, de l'Institut Bzommar du Clergé catholique arménien au Liban, souligna combien il était sans précédent d'avoir un congrès regroupant des responsables de bibliothèques arméniennes venus du monde entier : "Ce congrès fut véritablement historique et très utile pour chacun de nous. En outre, je suis ravi de travailler avec des conservateurs de bibliothèques arméniennes à travers le monde."
Outre le fait que les participants s'étaient réunis pour la première fois afin de débattre de questions et de défis importants auxquels ils sont confrontés dans leurs bibliothèques respectives, cette manifestation a institué un cadre pour une future collaboration entre ces organismes.
"Après avoir participé à ce congrès, j'éprouve un sentiment neuf d'espoir en une collaboration entre les bibliothèques arméniennes et qu'un jour, chacun aura accès à des matériaux restés trop longtemps inaccessibles.", confiait Edward G. Matthews, représentant le Séminaire de Théologie arménienne Saint-Nersès [New York].
Dans les mois suivants, un fichier d'adresses à l'attention des participants, ainsi qu'un site généraliste pour les bibliothèques et les collections arméniennes, seront créés.
Nous joignons quelques extraits d'un entretien avec Rachel Goshgarian, co-organisatrice de ce congrès et directrice du Centre d'Information Krikor et Clara Zohrab. Taleen Babayan est responsable de projet dans ce même Centre et l'a assistée pour la préparation de cette manifestation.

- Taleen Babayan : Pourquoi avez-vous organisé ce congrès ?
- Rachel Goshgarian : Lorsque j'ai débuté comme directrice du Centre Zohrab, il y a un peu plus de deux ans, j'ai tiré un grand profit de discussions avec mes collègues dirigeant des bibliothèques similaires aux Etats-Unis. Peu à peu, j'ai réalisé que de nombreux responsables de bibliothèques et collections arméniennes n'avaient pas de contacts entre eux, alors que j'étais certaine que nous bénéficierions tous grandement d'échanges mutuels. J'ai demandé à mes collègues s'ils pensaient qu'un congrès soit une entreprise utile et chacun en a convenu.

- Taleen Babayan : Quels étaient les objectifs de ce congrès ?
- Rachel Goshgarian : Au niveau le plus basique, l'objectif était d’instaurer de meilleurs liens entre les bibliothèques spécialisées en langue arménienne dans la diaspora et en Arménie, et de créer un forum dans lequel nous puissions débattre de sujets importants pour nous tous. Lors de ce congrès, cette première étape a été atteinte et nous commençons à débattre de questions telles que la conservation, la numérisation des ouvrages, l'échange de doubles et l'envoi d'ouvrages de la diaspora vers l'Arménie et réciproquement. Le débat ne fait que commencer. Nous devons maintenant nous assurer que nos liens demeurent forts et que toutes ces questions continueront à être débattues en détail.

- Taleen Babayan : Quelles mesures avez-vous prises pour organiser ce congrès ?
- Rachel Goshgarian : Lorsque j'ai proposé tout au début cette idée à l'archevêque Khajag Barsamian, primat du diocèse oriental, il se montra très enthousiaste. Quand j'ai suggéré que le congrès se tienne en Arménie à Etchmiadzine, Monseigneur Barsamian en a discuté avec Sa Sainteté Karékine II, qui non seulement se montra intéressé, mais nous donna sa bénédiction pour continuer. Il chargea ensuite le Révérend Père Asoghig Karapetian, conservateur des archives de la basilique, d'organiser avec lui cette manifestation et nous nous sommes lancés.

- Taleen Babayan : Quel sens a ce congrès ?
- Rachel Goshgarian : Il s'agit d'une première étape importante. Un des constats les plus intéressants que nous ayons fait est que la plupart des responsables de bibliothèques ou collections arméniennes n'ont pas de formation en bibliothéconomie. Ils possèdent pour la plupart une formation universitaire élevée en histoire ou en littérature, mais, en matière de bibliothéconomie, conservation d'ouvrages, etc, nous nous formons pour l'essentiel soit par nos propres recherches, soit par des contacts avec des conservateurs chevronnés.
La tradition arménienne de l'imprimerie remonte à plusieurs siècles. Même la plus modeste de nos collections d'ouvrages compte un nombre impressionnant d'ouvrages et de publications. Tous les responsables de ces bibliothèques et collections arméniennes sont profondément soucieux du patrimoine et de la culture arménienne. Voilà pourquoi cette rencontre était à la fois utile et rassurante. On a souvent le sentiment, non seulement en Arménie, mais dans la diaspora et parmi les non Arméniens, que les livres et la lecture ont cédé la place à d'autres formes d'apprentissage et de technologies. Or, s'asseoir dans une salle avec d'autres personnes qui consacrent leur vie aux livres et rendent accessibles la littérature et l'histoire arméniennes, a constitué une expérience très forte, compte tenu, en particulier, du fait que nous étions réunis à la basilique d'Etchmiadzine.

- Taleen Babayan : Qui vous a aidée à organiser ce congrès ?
- Rachel Goshgarian : Mettre en place cette manifestation a été le résultat de grands efforts de la part de nombreuses personnes. Tout d'abord, Sa Sainteté Karékine II s'est montré enthousiaste, bénissant et encourageant ce projet. Monseigneur Barsamian soutint cette idée dès le début. Je suis très impressionnée par nos dirigeants religieux car ils continuent à reconnaître l'importance du savoir arménien.
Au Centre Zohrab, je n'étais pas toute seule. Dès le début, ma collègue Taleen Babayan s'est concertée avec moi et j'ai beaucoup appris en terme de logistique préparatoire. Travailler avec le monastère d'Etchmiadzine et réaliser le potentiel de cette génération de prêtres nouvellement formés a constitué une expérience vraiment enrichissante. Le Père Karapetian est très organisé et a effectué un excellent travail en ce qui concerne la collaboration avec la basilique. Le Révérend Père Mushegh Babayan nous a apporté tout son soutien et une direction enthousiaste. Ce congrès a vraiment représenté un effort collectif, que nous sommes fiers d'avoir organisé tous ensemble.
Les bibliothèques suivantes étaient représentées à ce congrès : la basilique d'Etchmiadzine, le catholicossat de Cilicie, les patriarcats de Constantinople et de Jérusalem, les monastères des Pères Mékhitaristes de Venise et de Vienne, l'Institut Bzommar du Clergé catholique arménien, la Réserve de manuscrits Mesrop Mashtots, la Bibliothèque nationale d'Arménie, les Archives nationales d'Arménie, la Bibliothèque Centrale de l'Académie des Sciences d'Arménie, l'Université d'Etat d'Erevan, la Bibliothèque Widener de l'université d'Harvard, l'université du Michigan (Ann Arbor), la British Library, la Bibliothèque Nationale de France, le musée d’art et de littérature Yéghiché Tcharents, la Bibliothèque nationale d'Arménie Abovian, la Bibliothèque Nubar de l'UGAB, l'Université américaine d'Arménie, la Bibliothèque nationale pour Enfants d'Arménie, la Bibliothèque centrale Avetik Issahakyan, l'Armenian Library and Museum (Etats-Unis), la National Association of Armenian Studies and Research (NAASR), l'Armenian Cultural Foundation, la Prélature arménienne (USA) et de nombreuses bibliothèques régionales d'Arménie.

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Source : http://www.scribd.com/doc/20181495/Armenian-Mirror-Spectator-9-26-09
Traduction : © Georges Festa - 11.2009