jeudi 19 novembre 2009

Dakhanavar, vampire d'Arménie


Dakhanavar : le vampire d’Arménie

par Liana Aghajanian

IanyanMag, 24.08.09


Les vampires, du moins dans le monde des loisirs, dépassent progressivement en nombre leurs homologues humains depuis quelque deux années. Citons la vague adolescente de Twilight, inondant le marché par toute une série de livres et de films qui s’en inspirent, et la charmante série de Sookie Stackhouse par Charlaine Harris, qui a lancé celle de True Blood chez HBO et dont la saison 2 en fait le programme original le plus vu depuis la fin de The Sopranos. Citons encore des films tels que Thirst, Let the Right One In, plébiscité par la critique, et l’adaptation de Fangland prévue pour 2011. La liste suivante ou précédente ne s’arrête pas là. La fascination des hommes pour le concept du vampire s’étend sur des millénaires, chaque groupe culturel ayant sa propre interprétation du mort-vivant, y compris les Arméniens.

Dans l’ouvrage Transcaucasie : esquisses des nations et des races situées entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, publié en 1854 (trad. anglaise par J.E. Taylor), le baron August von Haxthausen rapporte cette anecdote transmise par son guide, Peter Neu, au sujet d’un cruel vampire arménien nommé « Dakhanavar » ou « Dashanavar », qui vivait dans les montagnes et possédait une façon étrange et inhabituelle de tuer ses victimes.

A notre droite, écrit Haxthausen, s’élèvent les glaciers d’Allagas et à trois kilomètres d’Erevan commencent les monts d’Ultmish Altotem, s’étendant sur une distance de quarante ou cinquante verstes. L’on dit qu’ils comptent 366 vallées, liées selon Peter à la légende arménienne suivante :

Dans une caverne de cette région vivait jadis un vampire, nommé Dakhanavar, qui ne supportait pas que quiconque pénétrât dans ces montagnes ou en dénombrât les vallées. Toute personne qui s’y essayait voyait durant la nuit son sang sucé par ce monstre, depuis la plante de ses pieds, jusqu’à ce qu’il meure. Mais le vampire fut finalement semé par deux compères plus rusés que lui : ils se mirent à dénombrer les vallées, puis, la nuit tombée, ils s’étendirent pour dormir, prenant soin de se disposer de manière à ce que les pieds de l’un se trouvent sous la tête de l’autre. Durant la nuit, le monstre arrive, éprouve les mêmes sensations et découvre une tête. Puis il se dirige de l’autre côté et découvre aussi une tête. « Sacredieu !, s’écrie-t-il. J’ai parcouru toutes les 366 vallées de ces montagnes, j’ai sucé le sang d’innombrables êtres, mais jamais encore je n’en avais trouvé qui eussent deux têtes et pas de pieds ! » Cela dit, il s’enfuit et l’on ne le rencontra plus jamais dans ce pays. Mais depuis la population sut que ces montagnes comptaient 366 vallées.

Contrairement aux récits de vampires en Europe de l’est et en Occident, il existe peu de sources documentées sur Dakhanavar, dont le nom pourrait dériver du mot arménien « dajan », signifiant cruel. Etant donné que de nombreux vampires populaires tels que Dracula et autres sont des créatures impitoyables, sachant comment abuser leurs victimes et ne renonçant pas aisément, Dakhanavar est, disons, plutôt incompétent comme vampire. Pourtant, Jonathan Maberry, auteur de Vampire Universe : The Dark World of Supernatural Beings That Haunt Us, Hunt Us and Hunger for Us [L’Univers des vampires : Le monde ténébreux des êtres surnaturels qui nous hantent, nous pourchassent et ont soif de nous] (Citadel Press, 2006), rappelle les superstitions encore associées au vampire arménien des montagnes :

Le dakhanavar est férocement territorial et attaquera quiconque tentera de lever une carte de ses terres ou même dénombrera les collines et vallées de cette région, redoutant à bon droit qu’une connaissance approfondie du paysage ne révèle tous ses lieux secrets.
Aujourd’hui encore, certains voyageurs en Arménie, en particulier ceux qui se rendent dans la région du Mont Ararat, prennent en général leurs précautions contre des êtres tels que Dakhanavar. Ils emplissent souvent leurs poches de petites gousses d’ail ou ils les écrasent et en frottent leurs chaussures. La nuit, s’ils campent en extérieur, ces voyageurs font un grand feu et jettent des têtes d’ail dans les flammes. La combinaison de l’odeur de l’ail et d’un feu ardent est censée éloigner de nombreuses espèces de vampires dans quasiment le monde entier.

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Source : http://www.ianyanmag.com/?cat=58
Traduction : © Georges Festa – 11.2009