samedi 7 novembre 2009

La station

Métro d’Erevan – station Eritasardakan
© Nicholas Babaian



Les stèles du bunker. Effet de déformation, la conscience plie. Les anonymes adossés. Ponctuant les pas. Dans cette crypte luisante. Sueur métallique, glacée. Comme pour oublier d’autres sueurs, d’autres soifs. L’écriture a déjà fui. Les mots impossibles. Qui emplissent toute la surface.
Halos de lumière artificielle. Trouant la surface de pierre. Ombres, regards. Inverser la perspective. Pour que les vivants circulent sous terre. Contenir l’écrasement, les effets de courbe. Les assauts toujours imprévisibles. Masses antisismiques. Factices, en trompe l’œil.
Car dans ce corridor s’ouvrent des portes. Muettes, scindées. Gémellités de hasard. Si lourdes, affaissées sous leur propre poids. Au grand bal des absents. Se saluant pour une dernière parade. Vers quelles profondeurs s’étire ce corridor ? Bientôt des ombres se relèvent, réclament.
Le seuil se refermera. Arêtes s’élançant vers le ciel, gouffre, flamme. D’un chaos à l’autre. Pour l’instant ce jeu de cartes. De plans. Exposés sans fin. Tous les territoires. Atlas de guerre ou de paix. Déjà la ville a repris ses droits. Quadrilatères bruns, striés de blanc.
Parcourir cette commanderie urbaine. Mêlant les siècles, les puissants, les noms. Répétitions, vides. Entre guillemets. A chaque pas tisser une phrase béante. Les mots de la foule. Entre-deux. Où s’engouffrent tant de lames. Se déversent tant d’asphyxies. Miroirs familiers.
Renvoyant les rages, les blessures. Tu appuies sur les touches. Dans cette gangue lire une veine organique, les pulsations. Le souterrain retient son souffle. A la fois cannibale et nourricier. Frapper de nouveau. Face au mur, au seuil interdit. Labyrinthe des minotaures. Tu lèves les yeux.
Ces lustres d’un autre âge. La fête est finie. Dissolution lente des certitudes. Voûte jaunie, où ressurgissent tant d’ombres. De visages. Suaires des exilés. De l’intérieur. Eléments déplacés, interchangeables. Jeu de dominos dérisoire. Prêt à broyer. Attendant sa proie.
Les allées de campagne. Aux arbres réduits à des moignons. Conjurer le rite. Salle hypogée. Protégeant quelque forteresse. Les grands prêtres sont ailleurs. Nef inversée. Tu peux entrer, oublier. Dans cette chapelle chargée de tous les enfermements. Déjà le vaisseau s’éloigne.


© GeorgesFesta – 11.2009

Cliché : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/52/Metro_Yerevan_station_Eritasardakan.jpg