mercredi 16 décembre 2009

Congrès Génocide et droit international - Université Haigazian

Université Haigazian, Beyrouth - © Grigory Gusev

Congrès international sur le génocide arménien et le droit international – Conclusions
Beyrouth, Université Haigazian, 02-04.09.09

par la rédaction d’Asbarez

www.asbarez.com


BEYROUTH – Le congrès international de deux jours, intitulé « Le génocide arménien et le droit international », organisé par l’Université Haigazian et le Comité National Arménien pour le Moyen-Orient (ANC-ME), s’est achevé le 4 septembre 2009.
Ce congrès, organisé de longue date, débuta le 2 septembre par un discours inaugural du président de la Chambre des Représentants de Chypre, Marios Garoyian, lequel déclara que sa présence en tant qu’orateur invité à ce congrès était motivée par l’engagement de son pays « au regard du droit international, de la paix, de la sécurité et de la stabilité, mais aussi par sa détermination pour continuer à condamner, chaque fois que cela est possible, toute infraction au droit international par des actes génocidaires. »

Lors des deux journées qui suivirent, treize experts dans les études sur le génocide et le droit international, venus des Etats-Unis, du Canada, de Suisse, d’Irlande, d’Arménie, de Turquie, des Emirats Arabes Unis, d’Egypte et du Liban, se joignirent à plus de quatre-vingt politologues, militants des droits de l’homme, sociologues, historiens, dirigeants religieux, enseignants, universitaires, correspondants, journalistes et étudiants du monde entier, afin de marquer une étape importante dans le traitement des conséquences du génocide arménien et la promotion d’une vision impartiale du droit international.

Dans un climat véritablement universitaire, le congrès a couvert des sujets tels que les questions de la négation du génocide et de sa reconnaissance, le nationalisme et la politique négationniste de la Turquie, mais aussi les aspects économiques du génocide et le problème des terres et des spoliations. Dans le cadre du droit international, le congrès a débattu des thèmes généraux du génocide et des crimes contre l’humanité, des réparations et de la protection du patrimoine culturel arménien.

Le Dr George Charaf, de l’Université du Liban, s’intéressa plus particulièrement au problème des minorités et des majorités, prenant le cas de l’empire ottoman.
Le Dr Ugur Ungor, de l’université de Sheffield, évoqua les mécanismes démographiques dans l’empire ottoman et lors du génocide arménien.
Le Dr Mohammad Rifaat, de l’université d’Alexandrie, présenta la Question arménienne d’après les sources arabes.
Le Dr William Schabas, de l’Université nationale d’Irlande, exposa les problèmes et les perspectives concernant le génocide au regard du droit international, soixante ans après la Convention internationale sur le génocide.
Le Dr Alfred De Zayas - School of Diplomacy and International Relations, Genève - traita des questions de justice et de droit international relativement au génocide arménien.
Khatchig Mouradian, doctorant en études sur le génocide à l’Université Clark [Worcester, Massachusetts, USA], évoqua les Arméniens, Raphaël Lemkin et la convention des Nations-Unies.
Un exposé du Dr Taner Akçam, intitulé « Le nationalisme turc et la question du génocide arménien en Turquie aujourd’hui », fut lu en son absence.
Le Dr Ragip Zarakolu, vice-président de l’Association Turque pour les Droits de l’Homme, s’attaqua au problème de la négation du génocide et du droit en Turquie.
Dans le même ordre d’idées, le Dr Seyhan Bayraktar, de l’université de Zurich, couvrit l’évolution de la négation du génocide arménien dans la presse turque.
Bilgin Ayata, doctorante à l’université John Hopkins [Baltimore, Maryland, USA], débattit des relations arméno-kurdes et du génocide arménien.
Le Dr Roger Smith, professeur émérite au William and Mary College en Virginie (USA), traita de l’éthique professionnelle et de la négation du génocide arménien.
Le Dr Henry Theriault, du Worcester State College, s’intéressa à la justice compensatrice et à la façon d’apaiser les conséquences d’un génocide.
Enfin, le Dr Richard Hovannisian, de l’université de Californie à Los Angeles [UCLA], couvrit la question de l'universalisation de l’héritage du génocide arménien.

Les sessions furent animées par le Dr Arda Ekmekji, le Dr Naila Kaidbey, Giro Manoyan, le Dr Rania Masri, le Dr Joseph Bayeh, le Dr Ohannes Geukjian, Antranig Dakessian et le Dr Haig Demoyan.
Le président de l’Université Haigazian, le Rév. Dr Paul Haidostian, déclara que ce genre de congrès maintiendra toujours vivante la question du génocide, lui conférant un impact international de plus en plus important. « Le thème du génocide, a-t-il souligné, et ce congrès en particulier, ouvriront avec succès la voie à d’autres études et recherches universitaires, activant une analyse plus approfondie des aspects économiques, sociaux et juridiques des relations entre Etats. »
En marge du congrès, plusieurs conférences furent données lors de trois soirées, concernant des thèmes en rapport.
Les organisateurs du congrès annoncèrent que les communications seront bientôt publiées dans le cadre d’un ouvrage.

La session inaugurale du congrès eut lieu dans la salle paroissiale de la première église évangélique arménienne de Beyrouth.
Dans une salle comble étaient présents le ministre Alain Tabourian, représentant le Président libanais Michel Suleiman, Hagop Pakradouni, parlementaire, représentant le président du Parlement, M. Nabih Berry, le ministre Jean Oghasabian, représentant le président du Conseil des ministres, Fouad Sanioura, Sebouh Kalpakian, parlementaire, représentant le vice-président du Conseil des ministres, Saad Rafic Hariri, Shant Chinchinian, parlementaire, les ambassadeurs du Royaume-Uni, de Chypre, d’Uruguay, de la République Tchèque, le Rév. Megrdich Karagozian, président de l’Union des églises évangéliques arméniennes au Proche-Orient, Monseigneur Kegham Khatcherian, Prélat de l’Eglise apostolique arménienne du Liban, le Rév. Haroutune Selimian, président de la communauté protestante arménienne en Syrie, des représentants d’ambassades, de partis politiques arméniens et libanais, d’associations culturelles, d’anciens parlementaires et ministres, des dirigeants religieux et des personnalités invitées.
Mira Yardemian, directrice des relations publiques de l’Université Haigazian, accueillit le public, notant que « ce congrès se tient à un moment où la politique mondiale et donc les relations entre Turquie et Arménie connaissent un changement significatif, une période d’une actualité brûlante. »
Dans son message, le Rév. Dr Paul Haidostian, président de l’Université Haigazian, souligna le fait que « le génocide arménien n’est pas seulement un problème arménien, mais essentiellement un fardeau international », ajoutant que « les victimes éprouvent un fort sentiment de douleur, mais [que] la civilisation humaine ne peut être considérée comme hautement développée si elle ne ressent pas le besoin de prendre la défense des victimes. »
Evoquant le génocide, il attira l’attention du public sur quatre points clé. Premièrement, « le fait que toute injustice de la part d’une nation contre une autre participe d’une même manifestation du Mal chez l’homme, ce qui exige une action concertée et efficace. » Deuxièmement, « le fait que ce congrès international se tienne dans un pays, le Liban, qui continue d’être un lieu unique de dialogue et de culture, en dépit des germes toujours présents d’incompréhension. » Troisièmement, citant l’exemple de l’Université Haigazian et plus particulièrement Armenag Haigazian, victime du génocide arménien, le Rév. Haidostian souligna : « Notre appel n’a cessé et continue de s’élever pour une vie nouvelle, non seulement pour les Arméniens, mais en particulier nos frères et sœurs arabes, et en fait à tous les peuples du monde ! » Finalement, il expliqua que, compte tenu du fait que ce congrès se tenait dans une université, cela nous rappelait qu’aucune communauté universitaire ne peut adopter une position neutre en la matière. « Une université peut constituer un moyen neutre de dialogue, mais il s’agit essentiellement d’un forum passionné, favorisant davantage de connaissance, de responsabilité et d’instruction. »
Dans son message, Vera Yacoubian, directrice exécutive de l’ANC-ME [Comité National Arménien pour le Moyen-Orient], retraça les efforts du Comité National Arménien, éclairant le rôle important de la communauté arménienne à travers le Moyen-Orient, sa coexistence avec les communautés arabes et musulmanes qui l’entourent et les efforts qu’elle déploie pour porter la question arménienne, avec toutes ses implications historiques, politiques et juridiques, à la connaissance de l’opinion.
Mme Yacoubian exprima l’espoir que ce congrès opère une percée significative dans l’analyse du génocide arménien, réunissant un grand nombre de spécialistes dans les domaines du génocide et du droit international et se déroulant dans une région qui souffre toujours de son héritage ottoman.
Concernant les relations turco-arméniennes, elle nota : « Nous ne pouvons ignorer ou négliger les récents développements et traiter ces questions en suspens sans résoudre le passé historique entre les deux nations. » Ajoutant que « de fait, les relations turco-arméniennes supportent le lourd fardeau du génocide arménien et [qu’] il y a là un haut degré de doute et de méfiance concernant les intentions de la Turquie. »
Mme Yacoubian conclut en se demandant, dans le contexte de ces développements, quelles sont les responsabilités de la Turquie au regard de la reconnaissance du génocide arménien et de l’avenir de la question arménienne.
Marios Garoyian [président de la Chambre des Représentants de Chypre] exprima sa gratitude aux organisateurs, rappelant que sa présence en ces lieux était dictée par l’engagement de son pays « en faveur du droit international, de la paix, de la sécurité et de la stabilité, mais aussi [par] sa détermination à continuer de condamner, chaque fois que cela est possible, toute infraction au droit international par des actes génocidaires. » Il réitéra le fait que « d’une part, les gouvernements et Parlements doivent agir de concert et coopérer étroitement en termes d’évaluation des progrès réalisés concernant la mise en oeuvre de la convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du crime de génocide, afin de déterminer les mesures nécessaires à tous les niveaux. D’autre part, ce sont les Etats qui doivent coopérer pour la prévention et la répression de ceux qui se rendent responsables du crime de génocide. »
M. Garoyian s’interrogea sur le rôle de médiateur, de conciliateur et de pacificateur que joue la Turquie au Moyen-Orient, alors qu’elle continue à nier la réalité des crimes perpétrés par ses prédécesseurs ottomans.
Il fit remarquer que Chypre s’est toujours tenu aux côtés du peuple arménien au regard de son combat pour la reconnaissance du génocide arménien. En 1975, la Chambre des Représentants de Chypre fut l’un des premiers Parlements au monde à adopter une résolution qualifiant de génocide les atrocités perpétrées à l’encontre des Arméniens en 1915 et au-delà. M. Garoyian ajouta que Chypre et son peuple ont encore plus de raisons de comprendre l’injustice du génocide arménien, du fait de « la mise en œuvre par la Turquie d’une politique de purification ethnique à l’encontre de la population de Chypre lors de l’invasion de 1974 et de l’occupation continue de 37 % du territoire chypriote. »

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Source : http://www.asbarez.com/2009/09/08/international-conference-on-genocide-and-international-law-concludes/
Repris in : http://www.keghart.com/print/626
Cliché : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Beirut_Universitet_Haigazian.jpg
Traduction : © Georges Festa – 12.2009