mercredi 2 décembre 2009

Guven Turan

Musée d’Art contemporain Cafesjian – Erevan, 2009
© Levon R.


La ville et lui / Bir Kent ve Kendisi

Rêver de la mer
Même en la regardant
Voilà ce qu’il fait si souvent
S’imaginant dans une ville
Dont les tramways longent les rues
Aux édifices en pierre de taille jaune
Aux balcons de fer assombris
Le bruit des pigeons
Qui atterrissent aux fenêtres
Mais il ne croise plus
Ces rêves
Nulle part

Extrait de : Toplu Siirleri. Istanbul : Yapi Kredi Yayinlari, 1995, p. 166


Un rêve si lointain / Uzaklarda Bir Dus

Au-dessus des plaines, par-delà la falaise
Un vent à découvert
Déracine les arbustes
Ouvre les massifs de joncs
Même en plein été
Les mouettes
En chasse gagnent le sud

Sans planter d’arbre
Je puis laisser mon corps et partir
Non loin d’un de mes rets
Au troisième jour la mousse le dissimule
Et dans quarante jours il sera pétrifié de glace

Etre aussi épris d’un rêve
Etendre de tristes terrains vagues
Même lorsque la ville s’efface de ma table

Avant qu’un nouvel orage ne se lève
Mettre le bateau à sec

Extrait de : Topu Siirleri. Istanbul : Yapi Kredi Yayinlari, 1995, p. 57


Ce qu’on laisse derrière soi / Geride Kalan

Plus de clé
Sous le paillasson
Ils ont dû partir très loin
Sans intention de retour
Nul ne sait si
Les volets
Sont ouverts ou clos
Le mur envahi de grappes roses
Sous le porche noir
Les chaises de paille
Continuent de craquer
Un journal s’est glissé sous l’une d’elles
Depuis trois jours déjà
Fut-il oublié ce jour-là
Ou bien sont-ils partis
Bien plus tôt
Pourquoi sont-ils partis sans donner de nouvelles
Jamais plus cette maison ne sera amie
Ni ce jardin
Où ne croissent plus les pins
Gronde le tonnerre
Dans le ciel

Extrait de : Topu Siirleri. Istanbul : Yapi Kredi Yayinlari, 1995, p. 125

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Diplômé d’études anglophones (Université d’Ankara), Guven Turan cultive une poésie raffinée, précise. Lauréat du Prix du Roman 1979 de l’Association pour la Langue turque pour son œuvre Dalyan, il a publié de nombreux recueils de poésie : Gunesler… Golgeler [Soleils… Ombres] (éd. 1981), Sevda Yorumlari [Discours amoureux] (éd. 1990), Bir Albumde Dort Mevsim [Recueil de saisons] (éd. 1998], Gorulen Kentler [Villes vues] (éd. 1999], Iz Surmek [Traces] (éd. 2001] et Cendere [Oppression] (éd. 2003]. Ses essais critiques ont été édités sous le titre Kendini Okumak [Se lire] (éd. 1987) et ses nouvelles dans un recueil intitulé Dus Gunler [Les Jours rêvés].

NdT : Citons l’admirable anthologie Dix-sept poètes turcs contemporains, inspirée par Metin Cengiz, aux éditions L’Harmattan (Paris) (mai 2009, 136 p.).

Adaptations anglaises : © Suat Karantay
Traduction : © Georges Festa – 12.2009
Source : http://www.turkish-lit.boun.edu.tr/author.asp?CharSet=English&ID=97