mardi 22 décembre 2009

Les Arméniens dans l'armée ottomane / Armenians in the Ottoman Army

Officiers arméniens dans l’armée ottomane
© www.genocide-museum.am

Les Arméniens dans l’armée ottomane (du 14e siècle à 1918)

par Anahit Astoyan

http://hetq.am


Les Arméniens dans le corps des janissaires

Les nations chrétiennes sujettes de l’empire ottoman étaient considérées comme des éléments suspects et n’étaient donc pas enrôlées dans les rangs de l’armée, ni autorisées à porter des armes et, plus important encore, compte tenu de la charia, ne pouvaient pas servir dans « l’armée de la foi » du fait qu’ils n’étaient pas croyants.
Pour utiliser leurs sujets chrétiens à des fins militaires et pour que les sultans réalisent leurs perpétuelles ambitions militaires, les dirigeants ottomans ont commencé à mettre en œuvre le devshirme, mot turc signifiant réunion, qui dans ce contexte prend le sens de « rafles de jeunes garçons ». Les autorités du sultan se rendaient périodiquement dans les provinces peuplées de chrétiens afin de rassembler les jeunes garçons et les adolescents les plus beaux, les plus forts, les plus valides et les plus intelligents. Après les avoir convertis à l’islam, ils envoyaient ces garçons dans des détachements spéciaux de l’armée appelées acemi oglan (garçons étrangers). Là ces garçons apprenaient plusieurs savoirs et une expérience militaires, tandis qu’un certain fanatisme religieux leur était inculqué. Ils devenaient ainsi maîtres en arts militaires et des soldats prêts à rejoindre les rangs du corps des janissaires, guerriers loyaux du sultan et de la foi musulmane.
Le corps des janissaires (du turc yeni cheri, nouvelles troupes) fut créé en 1361-1363 sous le règne du sultan Murat 1er et devint une composante d’élite majeure de l’armée ottomane. Il se composait entièrement de chrétiens convertis par la force à l’islam. Au début, les rangs des janissaires étaient constitués de soldats ennemis capturés. Les habitants chrétiens capturés par l’empire ottoman étaient considérés comme des prisonniers de guerre et étaient vendus de force en se basant sur le système d’imposition par tête, le penj-yek, selon lequel un prisonnier sur cinq était remis aux Ottomans pour compléter les rangs de l’armée. Quand l’occupation des territoires était achevée, leurs habitants chrétiens devenaient sujets de l’empire ottoman et le devshirme pouvait leur être appliqué. D’après les écrits des chroniqueurs arméniens, la pratique des « rafles de garçons » débuta en Arménie occidentale en 1464. Au cours des trois siècles d’histoire du devshirme, ces rafles périodiques se firent plus fréquentes durant les périodes où l’empire ottoman était engagé dans des guerres expansionnistes.
L’on ignore l’étendue de l’élément purement arménien dans la foule des janissaires. Sur plusieurs générations, les représentants les plus prometteurs du peuple arménien furent arrachés à leur environnement national et servirent au nom de la victoire d’une nation et d’une religion étrangères. Certains éléments d’origine arménienne du corps des janissaires purent atteindre des positions de haut rang dans l’armée et le gouvernement ottoman grâce à leur bravoure et à leurs qualités.
Fameux janissaire d’origine arménienne, Khalil Pacha fut au 17e siècle commandant de la Marine, grand vizir et ses actes de courage ont été glorifiés dans les annales de l’histoire ottomane. Il fut nommé grand vizir après être sorti victorieux en 1609 d’une bataille navale. Il s’opposa aux incursions des Kazakhs depuis Sinope et renouvela le traité de paix avec la Pologne et l’Autriche. Il combattit contre les Perses et força Shah Abbas à signer une trêve.
Suleyman Pacha (1605-1680), commandant et homme d’Etat ottoman, était d’origine arménienne. Grâce à ses dons reçus de Dieu, à son intelligence et à son courage, il réussit à s’élever de la condition de simple soldat et à devenir grand vizir et l’une des figures les plus fameuses de l’histoire ottomane. Suleyman Pacha ne fut ni le premier, ni le dernier Arménien à être converti de force à l’islam. Mais il fut peut-être le seul qui ne cacha jamais ses origines nationales et il utilisa toujours le terme Ermeni (Arménien) dans ses fonctions officielles, même en étant grand vizir.
On peut sans aucun doute affirmer qu’il y eut d’autres Arméniens, outre Khalil Pacha et Suleyman Pacha, qui furent convertis de force à l’islam et prouvèrent leur valeur au combat, mais qui sont rappelés dans les annales historiques comme étant turcs, simplement parce qu’ils servaient dans les rangs ottomans. Leurs noms ne sont pas parvenus jusqu’à nous ou bien les historiens turcs ont jugé préférable de ne pas mentionner leurs véritables origines nationales. C’est le cas de Sinan le Grand, l’architecte ottoman le plus fameux du 16e siècle. Longtemps, les érudits turcs et autres ont voulu dépouiller Sinan de ses origines nationales. Cette gloire fut finalement attribuée à la nation arménienne lorsqu’un document publié dans une revue scientifique turque en 1931 prouva l’extraction arménienne de Sinan. Selon ce document, Sinan servit comme ingénieur militaire dans un détachement de janissaires (composé de chrétiens). Ils participa aux guerres balkaniques de 1524 et à la campagne de Bagdad de 1534. Sinan est célèbre pour ses nombreux bâtiments militaires, des hôpitaux, des ponts, etc. Il amena l’architecture islamique à sa perfection et a gagné sa place dans l’histoire de l’art mondial comme l’un des plus grands architectes qui ait jamais existé.

Les mercenaires arméniens

Bien que les non-croyants ne pouvaient servir dans les rangs de « l’armée de la foi », les dirigeants ottomans, se fondant sur les intérêts de l’Etat, outrepassèrent ces normes religieuses et inclurent des chrétiens dans leurs forces militaires. Des mercenaires arméniens servaient à la fois dans l’infanterie et la cavalerie ottomanes. Les Arméniens étaient employés dans des unités militaires appelées salakhoran, pour ouvrir des routes. Ils étaient envoyés en tête de l’armée et dégageaient la voie pour les troupes en progression, abattant les arbres et comblant les marais. L’armée ottomane comptait des unités totalement arméniennes de soldats du génie, qui étaient considérées comme vitales durant les raids et les incursions. Beaucoup de ces unités se composaient d’Arméniens de Gesaria (Kayseri). Les soldats arméniens étaient aux avant-postes de l’armée ottomane qui avançait, avant d’assiéger une ville, et ils étaient seuls responsables du creusement de tranchées conduisant finalement aux portes de la ville. D’autres unités se composaient de tailleurs de pierre arméniens issus de villages, dont la tâche principale était de saper les murs de pierre d’un fort ou d’un château en creusant aux abords.
Des mercenaires arméniens servirent aussi dans la marine ottomane. C’est sous le règne du sultan Abd ul-Hamid 1er (1771-1788) que le nombre de ces mercenaires s’accrut, alors que l’amiral Cezayirli Pacha, d’origine arménienne, servait comme amiral de la flotte. 75 % des marins qui armaient les canons sur les navires ottomans étaient soit Arméniens soit Grecs. Des Arméniens servirent aussi comme porte-étendards sur les navires de guerre ottomans. Hasan Pacha Ghazi était issu d’une pauvre famille arménienne du quartier chrétien de la ville de Rodosto. Ses parents furent forcés de remettre le jeune garçon à un marchand ottoman comme domestique. Ce marchand donna au garçon le nom de Hasan. Il finit par faire son service militaire dans la flotte ottomane et se rendit fameux par de nombreux services qu’il rendit à la marine, dont sa participation au siège de Malte. Il gagna le surnom de ghazi (victorieux).

Les contributions des Arméniens à l’armée ottomane

Au cours des siècles, les contributions matérielles versées par les sujets chrétiens arméniens de l’empire pour renforcer l’armée ottomane ont atteint des montants considérables. Ces montants consistaient en impôts et autres contributions que les sujets musulmans de l’empire n’avaient pas à payer. Les sujets non musulmans pouvaient éviter le service militaire en payant une capitation (impôt par tête d’habitant). La plupart des impôts collectés à des fins militaires étaient prélevés sur les populations sujettes de l’empire, en particulier les Arméniens. Lors des périodes de guerre, les sujets chrétiens étaient contraints de subvenir aux dépenses militaires de l’empire au moyen de toute une série d’impôts et autres paiements. Même en temps de paix, les autorités ottomanes prélevaient plusieurs impôts sur les chrétiens afin d’entretenir leur armée. Etant donné que le montant de ces impôts et autres formes de contribution n’était jamais clairement défini, les sommes devant être collectées étaient laissées au bon vouloir des autorités locales. Souvent, les soldats ottomans confisquaient les croix et les Bibles des églises arméniennes et les vendaient pour couvrir les dépenses militaires. Les villages et les habitations des Arméniens étaient fréquemment pillés dans ce même but.

Les artisans arméniens au service de l’armée

Durant plusieurs siècles consécutifs, un grand nombre d’artisans arméniens servirent l’armée et la marine ottomane. Les armuriers arméniens étaient réputés, ils forgeaient des épées, façonnaient des canons, réparaient des armes endommagées et rendaient de nombreux autres services. Ces armuriers faisaient partie intégrante de l’armée et voyageaient avec les troupes à travers les diverses campagnes militaires. Des milliers de selliers, tailleurs, musiciens et autres artisans étaient aussi au service de l’armée ottomane.
Les Arméniens et les Grecs composaient la plupart des maîtres artisans constructeurs de navires de la flotte militaire ottomane. Du 18e au 19e siècle, les forgerons officiels de la marine furent la famille Demirjibashian. Au 18e siècle, Kevork Demirjibashian devint ingénieur en chef de la flotte et directeur de l’arsenal naval, dirigé auparavant par un autre Arménien, Mardiros l’artisan. C’est ce Kévork qui dessina l’ancre navale que nous connaissons et que les Européens ont adoptée.
Un siècle durant, les ouvrages de poudre à canon de l’empire ottoman furent entre les mains de la famille Dadian. Connus pour leur inventivité et leurs compétences, ils réussirent à faire de leur fabrique de poudre à canon la meilleure du pays et une institution d’Etat enviée.
Les armuriers arméniens forgeaient aussi des armes pour les troupes de janissaires. Les armuriers de Garin (Erzeroum) étaient considérés de haut niveau à Constantinople, la capitale. L’armurerie atteignit des sommets artistiques entre les mains du maître artisan Sarkis Adjemian. Il fut l’armurier officiel du sultan Abd ul-Hamid II. Les ouvrages de Sarkis Adjemian sont exposés au palais Topkapi d’Istanbul, au Metropolitan Museum de New York et au musée Benaki d’Athènes.

Les prestataires de service arméniens pour l’armée

Les marchands arméniens étaient ceux qui équipaient à la base l’armée ottomane. Apraham Chelebi Abroian équipa l’armée lors de la conquête de la Crète en 1646. Manoug Bey Mirzanian (1769-1817) fut conseiller de Mustafa Pacha Bayrakdari, qui commandait l’armée ottomane du Danube.
C’est à Manoug Bey que fut confiée la responsabilité des fournitures de guerre et des réparations lors de la guerre russo-turque de 1806-1812. Il obtint aussi le pouvoir d’entrer en négociations avec les Russes à la fin de la guerre. C’est grâce à ses qualités d’homme d’Etat que le traité de Bucarest fut signé en 1812, empêchant efficacement les projets de Napoléon Bonaparte d’entraîner les deux parties dans un conflit prolongé. Lors de la guerre de Crimée (1853-1856), Haji Ohan Yaghjian, de Kharpert, fut chargé de l’approvisionnement de l’armée ottomane. En 1865, Krikor Shabanian occupa le poste de directeur des Fournitures pour l’armée impériale. Durant la guerre russo-turque de 1877-1878, il participa aux délibérations de la commission chargée de tout l’équipement de l’armée ottomane.

Les médecins militaires arméniens

Grâce à la fois aux possibilités accordées par le Tanzimat (1839) et au manque de médecins turcs dans le pays, des médecins arméniens, formés dans des universités européennes, commencèrent à servir dans l’armée ottomane. Les Arméniens diplômés de l’Institut Impérial de Médecine Militaire commencèrent aussi à rejoindre les rangs des médecins militaires arméniens dans l’armée ottomane. Plus de 170 médecins militaires arméniens de haut rang se virent octroyer les titres honorifiques de pacha et de bey. Ceux qui avaient le rang militaire de maréchal ou de général étaient honorés du titre de pacha, et les colonels de celui de bey.
Les médecins militaires arméniens participèrent à plusieurs campagnes militaires et servirent dans de nombreux hôpitaux militaires, contribuant grandement à l’organisation des services médicaux. Beaucoup d’entre eux furent instructeurs à l’Institut Impérial de Médecine Militaire. Ils contribuèrent aussi de manière significative au développement de la science médicale. Grâce à leurs efforts fut créée l’Association Impériale des Médecins, qui comptait à ses débuts quelque 55 médecins arméniens. La Société du Croissant Rouge Ottoman vit le jour grâce aux efforts de Gabriel Pacha Sevian, Hagop Bey Tavutian et d’autres médecins militaires arméniens.
Outre les médecins militaires arméniens, les unités de l’armée ottomane comptaient aussi un grand nombre de pharmaciens et de vétérinaires arméniens.

Les officiels arméniens de rang militaire

Au milieu du 19e siècle, un vaste domaine s’ouvrit aux Arméniens désireux de servir le gouvernement. En plus des autres services de l’Etat, des Arméniens exercèrent des fonctions de responsabilité dans les ministères de la Marine et de la Guerre. Certains de ces officiels parvinrent à de hauts grades militaires durant leur carrière. Andon Yaver Pacha Tengrian travailla au service des traductions de la Sublime Porte, puis au département des paquebots. Il fut le secrétaire personnel d’Eomer Pacha, qui commandait les forces ottomanes durant la guerre de Crimée. Andon Pacha devint ensuite le directeur du département des paquebots, directeur de la Marine et directeur du service de la Correspondance en langues étrangères, rattaché au ministère de la Guerre. En 1875 il devint commandant militaire de la Roumélie, obtenant le rang de Beylerbeyi (terme turc ottoman pour « bey des beys », signifiant « commandant des commandants ») et fut honoré du titre de pacha.
Hovsep Pacha Vartanian servit au ministère ottoman de la Marine durant vingt-cinq ans. Lors de la guerre de Crimée de 1853-1856, il servit comme 1er traducteur rattaché à la Marine ottomane et reçut le titre de pacha. Toros Bey Gisak exerça aussi des fonctions officielles dans la flotte militaire ottomane avec rang de colonel.
Garabet Artin Pacha Tavutian et Hovhannes Pacha Kuyumdjian, gouverneurs arméniens originaires du Liban, eurent le rang de maréchal. Avant d’exercer les fonctions de gouverneur du Liban, ils occupèrent des postes diplomatiques, sans avoir aucun titre militaire. Détenir un rang militaire était peut-être une condition importante pour être gouverneur au Liban, étant donné que cette région était le lieu de combats inter-ethniques.
Autre Arménien ayant servi dans l’armée ottomane avec rang de maréchal, Ferdi Pacha Terdjimanian, pharmacien en chef de toute l’armée ottomane.

Le problème de la conscription militaire des Arméniens

Dans l’histoire des relations arméno-turques, il y eut quelques exceptions et des cas où les autorités ottomanes ont demandé une aide militaire aux Arméniens. Lors de la révolte de Jelali, quand Deli Hasan attaqua Sepastia en 1600, le pacha gouverneur local fut contraint d’armer les habitants de la ville, y compris les Arméniens, à cause du manque de troupes régulières.
En 1847, des Arméniens furent appelés sous les drapeaux lorsque les forces ottomanes combattaient des chefs kurdes en rébellion dans les provinces orientales.
Ayant subi de lourdes pertes en 1877 durant la guerre russo-turque, le gouvernement ottoman ressentit la nécessité d’enrôler ses sujets chrétiens dans l’armée et de demander l’aide de leurs patriarcats. L’écrasante majorité de ceux qui se rendirent à l’Assemblée Nationale des Arméniens à Constantinople, le 14 décembre 1877, rejetèrent l’argumentation du gouvernement.
Après la déclaration de 1908 rétablissant la Constitution ottomane, les Arméniens, ainsi que les autres sujets chrétiens, demandèrent au parlement ottoman à être conscrits dans l’armée et à bénéficier de droits égaux dans la carrière militaire. Les éléments conservateurs de la communauté arménienne étaient contre la conscription, tandis que la jeunesse était pour. Selon une loi votée au parlement ottoman en 1910, tous les peuples sujets de l’empire étaient soumis au service militaire. A l’annonce de l’avant-projet de loi militaire en août et septembre 1910, la jeunesse arménienne l’accueillit avec un grand enthousiasme car il libérait leurs épaules du fardeau psychologique d’être captifs, raya [bétail] et sujets.
Le domaine militaire s’ouvrit aux Arméniens. Profitant de ces possibilités, de jeunes Arméniens commencèrent à étudier à l’Académie militaire impériale Harbiye, faisant rapidement leurs preuves dans plusieurs domaines militaires. Appréciant grandement le caractère ordonné, la loyauté et la propreté des Arméniens, les officiers turcs commencèrent à remplacer leurs troupes turques par des Arméniens. Beaucoup de ces soldats gravirent rapidement les échelons. Les soldats arméniens accomplirent de nombreux actes de bravoure lors des guerres balkaniques et de la Première Guerre mondiale, et furent félicités par les plus hauts officiers militaires turcs, prouvant ainsi que les Arméniens n’étaient pas seulement des marchands et des artisans doués, mais aussi de courageux soldats.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, environ 60 000 Arméniens âgés de 18 à 45 ans furent conscrits dans l’armée ottomane. Ils rejoignirent les rangs des Arméniens déjà engagés. Malgré les dures conditions qui les attendaient dans l’armée, les Arméniens furent prompts à remplir leurs devoirs avec un tel zèle qu’ils sauvèrent Enver Pacha de la capture sur le front de Garin. En retour, Enver adressa un message félicitant et remerciant les troupes arméniennes à S.S. Zaven Ter-Yeghiaian, patriarche arménien de Constantinople.
Mais, dès les premiers jours du conflit, de fausses rumeurs commencèrent à se répandre au sujet des soldats arméniens déserteurs. Ce n’était qu’un prétexte pour la mise en œuvre du plan prémédité des Jeunes Turcs en vue de l’extermination des Arméniens. Le 12 février 1915 débuta le désarmement des soldats arméniens et ces troupes furent rapidement organisées en bataillons de travail. Parallèlement, les officiers arméniens furent mis à l’écart et arrêtés. S’ensuivit la directive d’Enver Pacha, ministre de la Guerre, d’exterminer tous les soldats arméniens de l’armée. Plus de 60 000 soldats arméniens furent cruellement tués sur les lignes arrières.
De nombreux médecins militaires arméniens tombèrent aussi au champ de bataille, en servant dans les hôpitaux de campagne. Beaucoup périrent aussi après avoir soigné des soldats turcs qui avaient contracté le typhus. Et beaucoup furent massacrés simplement parce qu’ils étaient arméniens. Arrêté lui aussi au matin du 24 avril 1915, le poète et romancier Roupen Sevag servit aussi comme médecin militaire avec rang de capitaine à l’hôpital militaire de Makrigyugh. Il connut le même destin que les autres intellectuels arméniens cruellement assassinés au centre de l’Anatolie.
En détruisant le potentiel militaire des Arméniens occidentaux, le gouvernement turc visait à mettre en œuvre son plan prédéterminé d’extermination des populations arméniennes.
Voilà comment les Turcs ont remercié les Arméniens de plusieurs siècles de services diligents au bénéfice de l’armée ottomane. Ils continuent à exprimer leurs « remerciements » en éliminant les Arméniens de leurs livres d’histoire militaire ottomane, en prétendant que seuls les Turcs et autres peuples musulmans versèrent leur sang pour l’empire ottoman, et que les chrétiens, y compris les Arméniens, ne purent prospérer et se développer que parce qu’ils étaient exemptés de service militaire. Or des réalités historiques irréfutables prouvent que des siècles durant, les Arméniens, qu’ils aient exercé comme soldats, médecins, artisans, fournisseurs et officiels, ont été constamment présents dans l’armée ottomane, contribuant significativement à ce qu’elle devienne une force majeure dans le monde.

__________

Source : http://www.hetq.am/eng/politics/7975/
Repris in : http://hetq.am/en/politics/osm_army/
Traduction : © Georges Festa – 04.2008
Précédemment publié en 2008, après accord de l’éditeur.

Ndt : Signalons l’importante exposition en ligne « Armenians in the Ottoman Army / Service and destruction » [Les Arméniens dans l’armée ottomane – Services rendus et destruction] du Musée-Institut du Génocide arménien d’Erevan - http://www.genocide-museum.am/eng/online_exhibition_8.php