mardi 22 décembre 2009

Littérature apocalyptique arménienne / Armenian Apocalyptic Literature

Tapisserie de l’Apocalypse, Angers, fin 14e siècle (détail)
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Littérature apocalyptique arménienne
Conférence du Dr Sergio La Porta, Université de Fresno (Californie, USA), 12.11.09

par Hagop Ohanessian

Hye Sharzhoom, vol. 31, Déc. 2009


La notion de « fin des temps », telle qu’elle est présentée, par exemple, dans le Livre des Révélations, est commune à beaucoup d’autres œuvres littéraires dans différentes cultures. Ce concept n’était pas seulement un thème populaire dans la société européenne occidentale, mais aussi chez les Arméniens des temps anciens, en particulier du 5ème au 13ème siècle.

Jeudi 12 novembre 2009, le Dr Sergio La Porta, nouveau titulaire de la chaire d’études arméniennes Haig et Isabel Berberian à l’Université d’Etat de Fresno, a donné une conférence intitulée « L’Arménie en marge : l’imaginaire de l’apocalypse dans la tradition arménienne » à l’auditorium Peters.

Distinguant les termes d’eschatologie et d’apocalypse, le Dr La Porta rappela que le premier renvoie à des conceptions relatives à la fin du monde, tandis que le second constitue un genre littéraire. Comme la littérature apocalyptique traite souvent des événements qui surviennent à la fin des temps, les deux termes se sont confondus.

Dans son exposé, le professeur La Porta examina de quelle manière la perspective apocalyptique représente un thème dominant dans la tradition littéraire arménienne, expliquant que par perspective apocalyptique il entendait une perspective qui « est déterminée par la croyance dans une fin imminente et modelée par la tradition littéraire apocalyptique, à savoir une tradition qui s’inspire du langage mythique et symbolique des textes apocalyptiques. »

Il démontra l’impact de cette perspective dans les récits arméniens relatifs à la conversion au christianisme, aux invasions musulmanes et seldjoukides, et dans la création d’une idéologie monarchique pour le royaume de Cilicie. Le Dr La Porta émit en outre l’hypothèse que cette perspective ait pu ne pas se limiter aux milieux lettrés, et refléter des tendances plus larges dans la pensée arménienne. Pour cette recherche, il s’est appuyé sur des manuscrits et des matériaux imprimés.

Le Dr La Porta présenta tout d’abord la vision de saint Grégoire l’Illuminateur dans le récit de la conversion au christianisme du peuple arménien par Agathangelos. Il observa que cette vision est un exemple de littérature apocalyptique dans sa forme comme dans son contenu. Notant que le texte fut compilé dans les années 460 après J.-C., après la guerre de saint Vartan [Mamikonian], il se peut que cette vision soit une contribution personnelle de l’auteur à la vie de saint Grégoire. Selon le Dr La Porta, la conclusion de cette vision, dans laquelle les Arméniens chrétiens, décrits comme des agneaux, sont transportés au Paradis, tandis que les Arméniens et les Persans zoroastriens, décrits comme des loups, sont précipités en Enfer, souligne la nécessité pour les Arméniens contemporains de se convertir ou de rester fidèles au christianisme.

Le professeur La Porta étudia ensuite de quelle manière certains auteurs conçoivent l’arrivée de l’islam et, en particulier, l’irruption des Turcs seldjoukides, dans le cadre d’un scénario apocalyptique. Il cita des passages des historiens arméniens Sebeos, Ghevond, Matthieu d’Edesse et Aristakès Lastivertsi, notant dans ce cadre qu’un changement dans la perception arménienne est perceptible après l’arrivée des Croisés. Des textes tels que la vision de saint Nersès, intégrée dans sa Vie et dans le Traité sur l’Antéchrist, démontrent une attitude favorable aux Croisés et voient la victoire contre l’islam des forces combinées des Européens et des Arméniens.

Le Dr La Porta démontra enfin que le roi Léon Ier de Cilicie se décrivit lui-même comme le dernier empereur romain, soit une figure eschatologique pouvant conduire les forces chrétiennes à la victoire sur l’islam à la fin des temps. Il précisa qu’une recommandation rédigée par un théologien arménien révèle qu’en 1210 ce genre de croyance a pu devenir une interprétation officielle de la tradition littéraire apocalyptique arménienne.

Lors de la séance des questions et réponses qui suivit la conférence, le Dr La Porta expliqua qu’il s’est intéressé au thème de la tradition apocalyptique arménienne, après s’être rendu compte que peu d’attention avait été accordée à ce sujet. Il précisa aussi qu’avec le professeur Kevork Bardakjian, de l’université d’Ann Arbor [Michigan], une édition en deux volumes d’essais sur ce sujet, présentés lors de colloques à Jérusalem et Ann Arbor, est en cours.

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Cliché : http://spqr7.files.wordpress.com/2007/01/dragon.jpg
Traduction : © Georges Festa – 12.2009