vendredi 31 juillet 2009

Arménien de diaspora

Maison des Etudiants Arméniens, Paris
© www.ciup.fr


Une existence consciente ? Que signifie être Arménien ?

par Seda Grigoryan

Hetq.am, 27.07.09


Seda Grigoryan

Je ne sais pas. Dois-je transmettre tout ça à mes enfants ou non ? Je ne sais pas. Dois-je continuer à rester Arménienne ou simplement faire ma vie ?

Il existe deux types d’échelles d’« existence » qui ne sont pas totalement équivalentes, mais dont l’une contrebalance l’autre, étant donné les contraintes de la réalité – vivre ou rester Arménien.

Cette jeune femme franco-arménienne est caractéristique de tous ces jeunes de la diaspora qui livrent une autre bataille dans celle plus générale de la vie quotidienne : rester Arménien. La préservation de l’identité arménienne a-t-elle vraiment autant d’importance, dans les esprits ? Est-ce si impératif ? N’est-il pas déjà difficile de vivre sans essayer de conserver son identité nationale dans une société où les valeurs occidentales dominent ? Autant de questions que rencontrent la plupart des jeunes Arméniens de diaspora, qui reconnaissent encore leurs racines arméniennes et disent être Arméniens, en plus d’être Français, Anglais, Belge et Américain.

Rouben, 20 ans. « Je me sens différent des Français »

« Quand tu es jeune, tu n’y accordes pas autant d’importance. Mais quand tu grandis, tu sens que tu es différent des Français. En particulier par rapport à la famille, qui compte beaucoup. Nos familles sont plus strictes et les proches plus respectés. Nous rendons visite à nos grands-parents et nos cousins. Notre éducation est aussi différente. Quand tu grandis en France, tu ressens ces différences. », précise Rouben, vingt ans. Il a décidé d’apprendre l’arménien après un séjour en Arménie, l’année dernière.

Etudiant d’histoire à la Sorbonne, le fait qu’il réside à la Maison des Etudiants Arméniens à Paris, croisant d’autres étudiants arméniens issus de pays différents, lui fait vraiment apprécier ses racines arméniennes. Cela lui permet, dit-il, de calibrer son identité arménienne. De plus, il prouve aux autres qu’il est possible d’apprendre l’arménien assez vite si ce désir est là, car être Arménien ne se réduit pas à des mots.

Si Rouben n’est probablement pas un cas unique, il serait exagéré de dire que son degré d’enthousiasme est communément partagé. Dans la diaspora, aujourd’hui, arrive une quatrième génération de survivants du génocide. Naturellement, l’endroit où ils sont nés est ce qu’ils appellent leur pays. En particulier à l’Ouest où ils vivent aux côtés d’autres nationalités et où leur intégration dans la société dominante atteint un niveau tel que parler d’identité nationale et de racines apparaît souvent superflu. Au fil du temps, les générations se succédant, ces notions sont souvent oubliées.

Ce danger de l’assimilation menace aussi les Arméniens. Beaucoup s’inquiètent du fait que les Arméniens de la diaspora deviendront bientôt une « nation de grands-parents ».

Voilà pourquoi de nombreuses familles continuent de transmettre la langue, l’histoire et les traditions arméniennes à leurs enfants.

Que signifie être Arménien ? Les jeunes à qui nous avons parlé distinguent quatre facteurs nécessaires pour rester Arménien : la langue, la religion, la culture et la famille.

Malheureusement, pour certains, être Arménien est connoté au fait de vivre dans un milieu clos, avec des restrictions ; des barrières qui ont été ou sont placées en sorte d’éviter la menace d’un empiètement lié à l’assimilation.

Faut-il parler la langue pour être Arménien ?

D’après Rouben, si l’on parle arménien à ses enfants, alors l’on est Arménien, car l’on utilise toujours la langue de son cœur pour converser avec son enfant.

Hagop Talatinian est né et a grandi au Liban dans une famille qui parle arménien. Il est allé dans une école arménienne. Son seul souci aujourd’hui est que ses enfants parlent arménien, car il désire leur transmettre ce « trésor ».

« La famille de mon grand-père apprit l’arménien dans des conditions difficiles. Ils racontent avoir appris l’arménien dans les sables du désert ; je ressens une certaine obligation à l’égard de mon grand-père et de ma mère pour essayer de préserver cette valeur. Nous avons une dette de respect en retour. Voilà pourquoi je ne peux me dire que je ne suis pas Arménien, car je dois regarder mon père en face. Les yeux de mon père et de ma mère me diront : ces valeurs que je t’ai données… Lorsqu’un enfant est né, on ne dit pas : voyons quels vêtements il veut porter. L’on habille l’enfant pour que, plus tard, l’enfant puisse décider s’il aime ces vêtements ou non. C’est pareil avec la religion et la langue. », estime Hagop Talatinian.

Mkrtich Basmajian, qui dirige un groupe de théâtre à Paris mettant en scène des pièces en arménien, pense que l’on ne peut rester Arménien en diaspora que grâce aux efforts conjugués de l’école et de l’Eglise. Toutefois, en particulier à l’Ouest, le développement de l’usage de la langue arménienne reste incertain. S’il existe encore des gens intéressés pour apprendre la langue, leur nombre a chuté dramatiquement, comparé à la génération précédente.

Récemment, Haratch, le dernier journal en langue arménienne de France, sinon d’Europe, a cessé de paraître. Il fut publié pour la première fois en 1925. Au fil des ans, ce journal fut très demandé dans la communauté franco-arménienne, non seulement comme source d’information, mais parce qu’il était publié en arménien. Beaucoup témoignent que leurs parents et grands-parents attendaient chaque nouveau numéro, car il servait de lien avec la patrie « perdue ». Pourquoi Haratch a-t-il fermé, alors que la communauté arménienne en France est plus nombreuse que jamais ?

Aujourd’hui, dans la diaspora, l’arménien a plus un rôle symbolique qu’être un moyen de communication ou de dialogue. Bien que les écoles arméniennes continuent de fonctionner, l’arménien n’est pas parlé dans de nombreuses familles en tant que langue première.

Des slogans tels que « Notre langue est sacrée, un trésor » visent seulement à prévenir une plus grande désuétude. « A mon avis, il est très dangereux de déclarer que notre alphabet se compose de lettres sacrées, car plus elles sont sanctifiées, plus ces lettres s’inscrivent dans la pierre, comme les khatchkars. Nous ne pouvons moderniser ces valeurs et les transmettre. », précise Tigran Vekavyan, 24 ans.

Tragiquement, le principe de « préservation » est plus en vogue dans la diaspora aujourd’hui, car ce qui est « nouveau » est perçu comme véhiculant la menace d’une intégration dans la culture occidentale.

« La préservation de l’identité, hayapahpanoum, et de la culture arméniennes a tendance à ressembler à une boite de conserves. Autrement dit, je dois tout placer, langue, coutumes et objets symboliques, dans cette boite et la fermer hermétiquement. Pour moi, le développement de l’arménien est important. Au lieu d’encourager la nouvelle génération et de nouveaux talents, nous choisissons le classicisme, la préservation de notre héritage passé qui a survécu. Pendant cinquante ans encore, nous allons réciter la même poésie, Siamanto par exemple. Les gens ne comprendront rien, mais continueront les traditions. », commente Tigran Yekavyan, étudiant à Sciences-Po Paris.

S’il est vrai que les organisations arméniennes continuent d’œuvrer pour maintenir en vie la culture et l’histoire arméniennes, dans l’opinion des jeunes ces efforts tournent autour d’une seule question : le génocide.

Le génocide n’est pas une base pour l’identité nationale

Noyem Hapoujian précise : « J’ai été coupé de la communauté arménienne pendant des années. Maintenant je reprends le pli. Je n’ai jamais compris pourquoi nous éprouvons une telle douleur. Est-ce dû au génocide ? Ces thèmes de la souffrance et d’être victimes sont soulignés à un point tel que nous ne pouvons interagir culturellement avec d’autres nations. Je fréquente des manifestations et des festivals culturels d’autres nationalités, mais j’y rencontre rarement d’autres Arméniens. J’aimerais voir les Arméniens s’ouvrir culturellement. Pourquoi sommes-nous une communauté aussi fermée ? Il y a cette peur constante de perdre notre culture. Comme un trésor auquel on ne peut toucher. Nous devons apprendre à donner car il est important de créer un dialogue avec d’autres nations. Etre Arménien n’est pas seulement une affaire de souffrance ; il s’agit d’une tradition culturelle très riche. Enfants, on nous enseigne le génocide et la religion. Mais pour moi, la religion ce n’est pas la culture. Il est nécessaire de bâtir une identité nationale sur la base de la culture et non du génocide. »

La plupart des jeunes à qui j’ai parlé déclarent que la masse des événements organisés dans la diaspora tournent autour du génocide. Sujet qui unit tous les Arméniens en diaspora et sur lequel existe un large consensus. Comme le note Mkrtich Basmajian : « Il existe un nerf sensoriel qu’il faut mettre en valeur pour se sentir Arménien et il est lié à 1915. »

Le chapitre noir de l’histoire arménienne est si présent dans la diaspora aujourd’hui que bien souvent l’histoire et la culture du peuple arménien antérieures à 1915 sont négligées.

Peter Boghosian, Belge arménien, note : « Notre histoire ne se résume pas au génocide. Le meilleur moyen de lutter contre cet épisode tragique est de présenter notre histoire au monde. N’oublions pas que les Arméniens ont grandement contribué à la formation de l’empire ottoman. Certains grands palais furent bâtis par des Arméniens. »

Beaucoup de gens de la diaspora ne considèrent pas la République d’Arménie comme leur patrie

Une jeune Française d’origine arménienne avoue même qu’elle ignorait l’existence de la République d’Arménie. Chez bon nombre d’entre eux, le nom Arménie renvoie au Yerkir, la patrie perdue du passé. Ils ne considèrent pas leur avenir comme étant lié à l’Arménie actuelle.

Peter : « Si demain ils rendent les terres en Cilicie, j’irais vivre là-bas. Mais la République d’Arménie n’est pas la terre de mes ancêtres ; c’est un symbole. J’ai vraiment aimé la République d’Arménie quand je l’ai visitée, mais ce n’est pas notre Arménie à nous. Nos racines viennent d’une Arménie où nous vivions côte à côte avec les Grecs, les Turcs, les Arabes et les Juifs. »

Dans la diaspora, la reconnaissance du génocide est le facteur unifiant

Aujourd’hui, toutes les organisations arméniennes ciblent leurs activités premières sur la reconnaissance internationale du génocide. Autrement dit, le déni du génocide par la Turquie sert à unifier la diaspora arménienne. Que se passerait-il si la Turquie reconnaissait un jour le génocide ?

Shant Habibian, membre du Nor Seround (AYF en France) : « L’objectif numéro 1 de nos rassemblements est d’informer les jeunes sur les massacres d’Arméniens, et deuxièmement, pour eux, de grandir en tant qu’Arméniens. Nous avons un journal en arménien. Peut-être est-ce parce que la Turquie nie le génocide que nous nous considérons comme Arméniens depuis tant d’années. C’est une source de force. »

Pour Raffi Der-Hagopian, président de la délégation parisienne de l’UGAB pour la jeunesse, nombre de questions sont débattues lors des réunions de jeunes, mais c’est le 24 Avril qui rassemble tout le monde.

« Ce problème de parler constamment du génocide me gêne vraiment. Le jour où la Turquie reconnaîtra le génocide, les Arméniens seront paniqués car nous nous sommes focalisés sur cette page noire de notre histoire depuis si longtemps ! Nous ne saurons pas quoi faire ensuite. », dit-il.

Ce sujet préoccupe bon nombre de jeunes, mais seuls quelques-uns le soulèvent.

Etre Arménien, un combat quotidien

« C’est très difficile d’expliquer à un Français que je suis Arménien. Ils me disent : « Mais tu es né ici ; tes parents sont ici. » Or, du sang arménien coule dans mes veines. Je me sens très Arménien et très Français en même temps. Nous avons deux mondes – l’arménien, ma famille, et le français, la société qui nous entoure. Il faut lutter quotidiennement pour essayer de les réunir. », explique Raffi Der-Hagopian.

Heureusement il existe encore beaucoup de familles dans la diaspora qui tentent de préserver leur identité nationale, de la transmettre, imposant parfois des « valeurs arméniennes » à leurs enfants à travers leur éducation. Ces valeurs sont perçues différemment selon les familles – la langue, la religion et la culture sont des traits typiques de la famille arménienne.

« Jusqu’à l’âge de 15 ans, j’avais un fort sentiment d’être Arménienne et j’en étais très fière. Je me souviens avoir écrit un rapport au cours de mes études, intitulé « Si je n’étais pas née Arménienne, j’aurais aimé l’être. » Mais, vers 17 ou 18 ans, j’ai commencé à penser différemment. Naturellement on commence à penser à des choses du genre qui suis-je, que suis-je, d’où je viens, ai-je l’air d’être ce que je suis ? J’ai réalisé que l’éducation de mes parents avait influencé ma façon de voir beaucoup de choses. Mais il y a beaucoup de choses à ce sujet que je n’aimais pas et que je continue à ne pas aimer, mais que je tolère à cause de mes parents. Je ne nie pas être Arménienne et je n’en ai pas honte non plus. Je les comprends. Ils ont vécu aussi une dure époque. Mais quand ils essayent de transmettre tout ça à de jeunes enfants, c’est comme un lavage de cerveau. A la fin, quand on arrive à 17 ans, on commence à penser à tout ça et à comprendre que c’est une « overdose ». », témoigne Ani, Grecque-arménienne.

Outre l’inculcation de ces principes, beaucoup de familles obligent leurs enfants à n’épouser que des Arméniens. Peut-être cela résulte-t-il d’une peur que l’assimilation n’entraîne progressivement la disparition de l’identité arménienne. Ou peut-être est-ce l’effet d’une préoccupation envers ses propres enfants et du souhait qu’ils aient une famille solide ; quelque chose qu’ils pensent ne pouvoir résulter que d’une union avec un Arménien.

Epouser des « odars » : encore un tabou ?

« Encore aujourd’hui, mon père ne peut se faire à l’idée que je puisse épouser une non-Arménienne. C’est hors de question. C’est compréhensible en ce sens que nous sommes une petite nation et que nous n’avons pas le « luxe » d’épouser des non-Arméniennes et donc de disparaître. », note Tigran Yekavyan.

Narek, 26 ans, qui a passé sa jeunesse dans un pays africain, où ils n’étaient qu’une poignée de familles arméniennes, raconte qu’il a rejeté très jeune le fait d’être Arménien. Il explique que c’était le cas parce que, lorsque les autres ne comprennent pas qui vous êtes, l’intégration devient difficile dans une telle société. Là aussi, accepter ses racines arméniennes finit par symboliser l’autorité de ses parents.

« J’ai accepté tout ce que mes parents m’imposaient ; l’éducation d’un garçon aux bonnes manières qui ne fait pas de bêtises. Le jour où j’ai commencé à fréquenter une Arabe et à en parler à mes parents, ils ont vu ça comme un danger. Ma mère est tombée malade. Ma famille exerçait une pression quotidienne. Je voulais être avec cette fille, mais c’était tabou d’après la tradition arménienne. Il y avait beaucoup d’autres filles qui me plaisaient, mais j’ai arrêté. Si je laissais les relations devenir sérieuses, cela n’aurait créé que plus de souffrances. Là aussi je voulais vraiment faire plaisir à mes parents. Les Arméniens sont altruistes ; ils changent leurs habitudes pour faire plaisir aux autres. Dans les moments de faiblesse, je me disais souvent que j’aurais souhaité être un Arabe. », confie Narek.

Aujourd’hui, Narek considère comme positive l’éducation donnée par ses parents. Difficile de dire s’il est sincère quand il nous assure que dans les profondeurs de son âme il désirait qu’il en soit ainsi.
« Quand tu commences à en avoir marre et que tu bouges un peu, tu ressens ce besoin. Même si tu es fatigué par tous ces événements, tu ne peux pas vraiment prendre de la distance. Que tu t’éloignes ou pas, tu ressens cette nostalgie. C’est comme un ruban en caoutchouc ; plus tu l’étires, plus fort il revient. », note Shant Habibian.

Monte Melkonian, symbole des contradictions de la diaspora

Américain arménien, Raffi Barsoumian a passé sa jeunesse en compagnie d’Arméniens et parle arménien à la maison avec sa famille. Ce n’est qu’en allant à l’université qu’il a songé à la nécessité de préserver son identité nationale.

« Pendant pas mal d’années, j’ai vécu à l’étranger et je me suis dit : que vais-je faire maintenant ? Je vais me marier, travailler à différentes choses et peut-être perdre le nord. Tu te dis que la vie est la vie et que tous les hommes se ressemblent ; pourquoi pas. Mais l’autre jour, un ami m’a envoyé un clip de Monte Melkonian sur YouTube. Comme tu sais, il est né et a grandi en Californie, Américain, devenu un soldat. Quand tu regardes cette histoire tu réalises qu’il existe d’autres gens ailleurs, d’autres nations. Tu peux devenir Américain ou Français, mais c’est dommage. Il y a des gens qui donnent leur vie pour protéger et préserver ce que tu as dans le sang. », explique Raffi.

P.S. : L’idée de cet article est née d’un débat qui eut lieu après la représentation de Broken Dreams par Mkrtich Basmajian. La question essentielle qui fut soulevée lors de ce débat par les jeunes, ce soir-là, était : que faire dans l’avenir ? Est-il vraiment nécessaire de transmettre ce « lourd fardeau » aux générations à venir ? Car ce fardeau inclut les racines de chaque Arménien, l’histoire, en particulier le génocide, et d’un autre côté, la fierté d’être Arménien. Naturellement, étant nés en terre étrangère, ces jeunes ne sont pas seulement Arméniens. Mais il est aussi clair que quelque chose les pousse vers leurs racines arméniennes. Beaucoup de ceux à qui nous avons parlé avouent qu’ils ont souvent pensé à quel point leur existence serait facile s’ils n’étaient pas Arméniens, mais que cette traversée à l’intérieur de l’arménité les ramenait toujours en arrière, quelque difficile que soit leur tentative pour y échapper.

Seda Grigoryan est journaliste pour Hetq. Elle étudie actuellement à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) de Paris et prépare une thèse en linguistique.

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Source : http://hetq.am/en/society/armenian/
Traduction : © Georges Festa – 07.2009

Pasquale Galante

© Pasquale Galante - www.c3.hu


Pasquale Galante
Force de l’exil

par Georges Festa


Les sept notes
Brûlées, sauvées

L’œil dans la nuit
Pouce icône
Flottant
Convexité de l’abîme

Idéogrammes
Subtils
Inscrire malgré tout
Armorial zébré

Falaise béante
Aux écumes
De glaise
Ithaques noires

Courbures
Moirées
Les étés
Volumen éployé

Du fond
Des écrasements
Au dessus
Lames de la nuit

Surrection
De la terre
L’arbre calciné
Cicatrices

Demeure
L’orbe d’or
Serti de ténèbres
L’un immarcescible


© georgesfesta – 31.07.2009


Né à Carovigno, Pasquale Galante vit et travaille à Rome.


jeudi 30 juillet 2009

Torso 30.07

Torso Belvedere, Vatican
© F. Bucher


La joie qui précède les suicides.
Jean Genet, Notre-Dame-des-Fleurs

à D. de F.


Occuper tout l’espace
Décider
Qu’il n’y aura pas
D’échappatoire
Envahissement
Lent
Asphyxie sûre
Les passants
D’exposition
Etau
De chair
Les postulations
Improvisées
Décliner
La gamme
Brûlante
Pris au piège
Amoureux
Puits
De délivrance
Murs
Lisses
Marathoniens
Inépuisés
Assoiffés
De transcendance
Noire
Brûler les étapes
Asservir
Parois abolies
Mains
Torse dos
Les offrandes cèdent
Mis à nu

© georgesfesta – 07.2009


mercredi 29 juillet 2009

Alair Gomes

Alair Gomes – Nu masculin – Photographie
© www.galeriabergamin.com.br


Alair Gomes – A New Sentimental Journey 1983

Maison Européenne de la Photographie, Paris, 24.06-30.08.09



Et j’ai bu des vins forts, comme seuls
savent en boire les vaillants de la volupté.

Constantin P. Cavafy, Poèmes
Trad. G. Papoutsakis, Les Belles Lettres, Paris, 1977


Journal visionnaire, habité de corps et d’ombres de pierre, A New Sentimental Journey ou l’appel au vertige. Instants fragmentaires d’extase, éclats d’obscénité ou lente irruption d’un éros brutal, sombre. Rite gnostique de fécondité silencieuse. Italies de Sade.

Car la statuaire opère ici un écrasement, une torsion, un renversement cathartique. Etranger à des codes épuisés, Alair Gomes s’intéresse à la force d’attraction, au soubassement désirant, à ce que l’œuvre convoque de plus interdit, de moins nommé. Dépasser.

Partir d’une perspective inédite, scandaleuse au sens premier, désarçonnante, où l’œil trébuche, dérape, suit. Métamorphose du solaire en minotaure, assomption du coup de grâce. Dissolution des règles convenues. Animalisation de la gloire.

Hercule et Cacus, place de la Seigneurie, Florence. Vu de dos. Fesses et cuisses dominant l’espace. Il ne s’agit plus du groupe de Bandinelli. Buste découpé, victime réduite à l’état de masse informe. Complaisante. Rite orgiaque de dépense. Corps souverain.

David de Michel-Ange. Polyptique de 20 clichés, faisant se succéder buste, torse, pubis. Comme pour scander une icône trop domestiquée, dénoncer l’imposture, la trahison. Réduire au plus près le mythe héroïque. Dos nocturne, cuisses massives, nervures de la coupole.

Esclave endormi. Esquisse de glaise marmoréenne. Là encore il ne s’agit plus de proclamer, d’extraire, de célébrer. L’homme pèse de tout son poids, horizontalement. Lâche prise. Ne répond plus à l’injonction. Courbe le bras, étend le ventre. Se féminise. Enceint de rêve.

Sourire étrusque d’une seconde ébauche. Parade ensommeillée. Corps éployé, mamelon droit. Comme suspendu, lié. Yeux clos. Ou grands ouverts. Tout est advenu. Adviendra. Hanches repliées vers la gauche. Nacelle marine. Egarements sûrs. Echapper.

Groupe du Laocoon. Où l’irruption du serpent somme la fin du père. Dénoue les ultimes lois. Convoque les séismes intérieurs. Ou encore cette Gorgone Méduse du Bernin, troublante androgyne, couronnée de viscères et de priapes. Vision délirante. Kitsch extatique.

© GeorgesFesta – 07.2009

Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy - 75004 Paris

www.mep-fr.org


mardi 28 juillet 2009

Allen Ginsberg - 2

Allen Ginsberg, photographié par William S. Burroughs,
Lower East Side, automne 1953 / Corbis


When the Light Appears


You’ll bare your bones you’ll grow you’ll pray you’ll only know
When the light appears, boy, when the light appears
You’ll sing & you’ll love you’ll praise blue heavens above
When the light appears, boy, when the light appears
You’ll whimper & you’ll cry you’ll get yourself sick and sigh
You’ll sleep & you’ll dream you’ll only know what you mean
When the light appears, boy, when the light appears
You’ll come & you’ll go, you’ll wander to and fro
You’ll go home in despair you’ll wonder why’d you care
You’ll stammer & you’ll lie you’ll ask everybody why
You’ll cough and you’ll pout you’ll kick your toe with gout
You’ll jump you’ll shout you’ll knock you’re friends about
You’ll bawl and you’ll deny & announce your eyes are dry
You’ll roll and you’ll rock you’ll show your big hard cock
You’ll love and you’ll grieve & one day you’ll come believe
As you whistle & you smile the lord made you worthwhile
You’ll preach and you’ll glide on the pulpit in your pride
Sneak & slide across the stage like a river in high tide
You’ll come fast or come on slow just the same you’ll never know
When the light appears, boy, when the light appears

Allen Ginsberg

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Lorsque paraît la lumière


Tu te mettras à nu tu grandiras tu prieras tu sauras seulement
Lorsque paraît la lumière, mec, lorsque paraît la lumière
Tu chanteras et tu aimeras tu loueras les cieux azur
Lorsque paraît la lumière, mec, lorsque paraît la lumière
Tu gémiras et tu crieras tu en seras malade et soupireras
Tu dormiras et tu rêveras tu sauras seulement ce que tu représentes
Lorsque paraît la lumière, mec, lorsque paraît la lumière
Tu iras et tu viendras, tu erreras de long en large
Tu reviendras au port désespéré tu te demanderas pourquoi cette quête
Tu bégaieras et tu mentiras tu demanderas à chacun pourquoi
Tu tousseras et tu feras la moue tu te frapperas les orteils de goutte
Tu sursauteras tu crieras tu en voudras à tous ceux que tu connais
Tu gueuleras et tu nieras et claironneras que tes yeux sont secs
Tu rouleras et tu te balanceras tu exhiberas ta grosse queue durcie
Tu aimeras et tu pleureras et un jour tu pourras comprendre
Tandis que tu sifflotes et que tu souris le seigneur te rend digne d’intérêt
Tu prêcheras et tu planeras en chaire empli de fierté
Te faufilant et te glissant sur scène tel un fleuve à marée haute
Tu arriveras en courant ou lentement c’est pareil jamais tu ne sauras
Lorsque paraît la lumière, mec, lorsque paraît la lumière


Traduction : © GeorgesFesta – 07.2009


lundi 27 juillet 2009

Gérald Pestmal

© Gérald Pestmal – Galerie Accattone, Paris



Faille, poussée de lave en fusion, rencontre. Les postulations de l’instant. A la fois solaire et enténébré. Frémissement de villes immenses. Geste traversant. Corps qui s’éploie. Se distend. Palpitation d’une marée en découpe. Tel un puzzle animal. Mouvant ses écailles. Gueule dévorante. Au sein des abysses. Essaim de globules poissons. Avoir froid dans le dos. Lorsque brûlent les mers glacées. Retisser. Au plus près du tactile. Corolles en surimpression. Lente germination. Eclats de films. Tous ces fragments. Qui font sens. Epousant les reliefs, nuages. Les âmes accourues. Foule des jours de liesse et de guerre. Gravir. Fendre. Les signatures obscènes. Lacérations. Recouvrir, déposer le limon. En suspension. Pétales de crémation. Molécules de sable. Démesurément agrandies. Marqueterie vive.


© georgesfesta – 07.2009


Plasticien, restaurateur des monuments historiques, Gérald Pestmal vit en région parisienne.

Galerie-Cinéma Accattone
20 rue Cujas, 75005 Paris


dimanche 26 juillet 2009

Liang Shaoji

Liang Shaoji – Broken Landscape series No 3, 2008
© www.artnet.com


Liang Shaoji – Silk Trace

Galerie Karsten Greve, Paris, 30.05 – 29.08.09



[…] Et par un lacis réversible égarer enfin le quadruple sens des Points du Ciel.
Victor Segalen, « Perdre le Midi quotidien », Stèles (éd. Gallimard, Poésie, 1973, p. 115)


Entre Chine et Arménie, précisément, ce fil secret : routes inédites de la soie, où l’artiste propose les versions multiples d’un évidement.

D’entrée, ce Saint Suaire quasi obscène convoque le visiteur à des noces historiques, familiales, terrestres. Film parcouru de cocons de vers à soie, maculé d’épisodes, de pliures. Machine outil agrippée tel un insecte vérifiant la mesure. Semence généalogique.

En face, l’installation Nature Series No 87 – Candles (2003). Fragments de bambous, comme calcinés, où cires de bougies et fils de vers à soie semblent décliner une symbolique ancestrale d’offrande, sans retour, inépuisée. Incantation alignée. Méthodique, éruptive.

Série de casques – Nature series No 102 – Helmets (2004). Catastrophes minières que l’on sait, conjurées ici de ces mêmes fils de vers à soie. Mais aussi créatures mi-métal, mi-animal qui semblent s’être multipliées à la faveur d’une disparition. Songes peuplés de spectres.

Sérigraphie – Natural series No 8. Panneau blanc irrigué d’idéogrammes progressivement flous, désarticulés. Ecriture maculaire, irriguée de chenilles desséchées. Fusion du signe éjaculé avec l’élément nourricier. L’animal architecte. Fibres en relief. Accouchement.

Salle peuplée de chaînes massives, habitacles d’autres vers à soie – Chains : The unbearable Lightness of Being / Nature Series No 79. Prétexte de Kundera. Prisons, impossibilité apparente du choix, division des êtres. Habiter la pesanteur. Pilosités magnétiques.

Vitrine des lits miniatures – Natural Series No 10 / Bed. Tout un peuple de mobilier fait de fils de cuivre et de soie. Entreposant les cocons. Humanisation ou contes fabuleux ? Fragilité d’une nature asservie ? Cabinet de curiosités éphémères. Vestiges précaires.

Empilements de journaux, recouverts de papier de soie - Nature Series No 103 - Mouted. Cocons humains, tissant leurs étagements. Archives d’une mémoire mise à plat. Colonisée par une nature à l’oeuvre. Tels ces temples gagnés par la jungle. Jours exhumés, embaumés. A distance. Cycles.


© GeorgesFesta – 07.2009

Galerie Karsten Greve
5 rue Debelleyme, 75003 Paris

site www.artnet.com/kgreve-paris.html


Gilles Caron

© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron – Jeune homme devant une rangée de petrol bombs – Londonderry

Gilles Caron : Ireland 1969

Galerie Thierry Marlat, Paris, 25.06 – 31.07.09



[…] È un urlo
in cui in fondo all’ansia
si sente qualche vile accento di speranza ;
oppure un urlo di certezza, assolutamente assurda,
dentro a cui risuona, pura, la disperazione.

Pier Paolo Pasolini, Teorema


Protestants – catholiques, unionistes – nationalistes, humains plongés dans le couple chaotique des révoltes et des répressions. Août 1969. Que se passe-t-il dans une rue livrée aux incendies, aux détonations, aux gaz lacrymogènes ? Que se passe-t-il dans les têtes, les regards, de part et d’autre ? Comment témoigner d’un irrémédiable ? De l’espérance qui se heurte au mur de l’Histoire ?

Polyptique d’un espace urbain, dans lequel fait irruption une transcendance informulée, cette suite de clichés de Gilles Caron décline les versions transgressives d’une population à la fois hors jeu et cible, ailleurs et dans l’instant. Violence dramaturgique, scandée de murs et de courses, pauvreté qui proclame sa nudité face à Créon, indifférence bardée de bons sentiments chez d’autres, jeunes soldats météores, qui ne savent.

Citons cette Jeune femme au milieu d’une rue de Londonderry : éclats de pierre disséminés, rares présences humaines de profil, sentinelles muettes, comme interdites. Chacun cherche du regard un sens invisible, absent. Grâce d’A bout de souffle. Intersection entre hier et demain. Les possibles fracassés. Lumière brève d’un passage. Comme advenue un instant.

Voiture calcinée après les émeutes du 12 août : masse dévorante, inutile, échouée. Naufrage de l’ordre ancien. Se déplacer, illusion de liberté, achetée. Veau d’or. Appuyé contre le mur, en angle, l’homme au masque à gaz. Epuisé, serein ? N’avoir plus rien à perdre ? Ou avoir regagné précisément ce qui faisait perdre. L’être là. Sentiment d’unicité.

Lanceurs de pierres avançant vers la police : jeunesse étudiante, se précipitant vers la droite, esquivant les coups, énergie des survivants, refuser un quotidien hermétique, asphyxiant. Allégresse victorieuse, qui sait le temps se dissoudre, Epouser l’imprévisible pour que la parole fasse irruption. Jeu sombre. Extase commune. Terrasser le Minotaure.

Homme, derrière un mur, qui jette une pierre : allégorie d’une prison urbaine, lacis de domination, mais aussi de résistance. Ghetto de Varsovie. Gravas amoncelés au milieu de la rue. Prélude à quelque autodafé. Barrage opposé aux fleuves des soumissions. Chœur immobile, sur la gauche. Attendre, projeter sa rage. Abattre les murs.

Autre scène : Fabrication de petrol bombs, Londonderry. Marché improvisé de cocktails Molotov. Comme ailleurs se vendent des litres d’eau bénite ou d’alcool. Le voisinage venu s’approvisionner en engins de destruction. Renversement d’un ordre urbain. Potlach d’affranchissement. Où l’on va chercher l’ivresse salvatrice, aux sources du Mal.

Manifestants qui tentent de se protéger du gaz lacrymogène : adossé contre un mur, ployé, debout à l’angle. Protection illusoire d’un masque de fortune. Trottoirs jonchés de débris. Murs fissurés, graffitis. Avoir 18 ans à Londonderry en 1969. Avenir jonché d’absences, d’impasses. Jeunesse rompue, écrire soi. Héritiers d’une tradition. Faite de révolte.

Jeune homme devant une rangée de petrol bombs – Londonderry : version post-moderne de l’Ange de Chartres. Vu de dos, cette fois-ci. Contemplant les convulsions, la règle du jeu. Dans ce damier gris, lointain écho de Lorenzaccio. Florence d’Irlande. Bouteilles de bière alignées derrière la balustrade. Vigie aux aguets. Contre une liberté suicidée.

© GeorgesFesta – 07.2009

Galerie Thierry Marlat
2 rue de Jarente, 75004 Paris

www.galerie-marlat.fr


samedi 25 juillet 2009

Dimitri Tolstoï

© Dimitri Tolstoï – Barbes
LM Galerie, Paris, 02.07 – 03.09.09


Erotiques du lignage


Photographe à l’œuvre déjà multiforme, au carrefour de l’exploration des espaces et des objets – fleurs, tatouages, joaillerie, parfums, voyages -, Dimitri Tolstoï propose treize portraits en plan rapproché, demi-visages plus exactement, barbus.
Lointain écho de cette année 1704, où un certain Pierre le Grand frappa d’imposition ses sujets, au nom d’une modernité occidentale ? Ou trajectoire d’entomologiste, d’anthropologue, attentif à la part d’animalité constitutive ?

Gonflement, plissures, béance de lèvres masculines, déclinant des âges différents, des parcours de vie d’autant plus stridents qu’ils occupent tout le cadre imparti à ces confessions pileuses d’un genre inédit.
Car cette avalanche savamment ordonnée de poils ne saurait se réduire à un simple travestissement. Chaque individu se met en scène, donne à voir, à dire. Bordures arrondies, découpe médiane, foisonnement. Autant de structurations méticuleuses où des gris lunaires, métalliques se mêlent à des blancs cotonneux ou à d’ironiques rousseurs.

Bouches entrouvertes, énigmatiques, sexuelles ou souriantes, cernées d’une myriade de figures ondulées, enchevêtrées. Signatures plus ou moins conscientes d’un être au monde, où l’intime s’exhibe, se dissimule aussi.
Barbes de prophètes, de bureaucrates ou de vagabonds jouisseurs, barbes d’anarchistes ou d’idéologues hâtifs, barbes de despotes ou de littérateurs, barbes d’enfance ou d’oubli.

© GeorgesFesta – 07.2009


LM Galerie 13 rue Charlot, 75003 Paris
site www.lm-galerie.com

site de Dimitri Tolstoï : www.dimitri-tolstoi.com


Sam Griffin

© Sam Griffin – Boondoggle Elysium, 2009


Sam Griffin – The Olduvai Cliff

Galerie Schirman & De Beaucé, Paris, 16.06 – 25.07.09



Interroger les territoires de l’utopie et d’une modernité intrusive : tel est le parcours auquel nous conviait cette passionnante exposition à la Galerie Schirman & De Beaucé. Qu’en est-il de cette architecture industrielle, de la Géorgie ex-soviétique à l’Angleterre des années 1970, lointaine héritière des mégalithes d’Irlande ? Quelle lecture opérer à la lumière d’un espace globalisé en temps réel, où sémantique urbaine et subjectivité diasporique tissent un imaginaire inédit ?

Ruin Value, 2009. Cornouailles : monument mégalithique, bloc que supportent trois masses verticales, perspective oblique, comme pour conjurer la lente déperdition des énergies, tel un corps porté lors de funérailles. Car il s’agit pour l’homme d’infliger un sens au chaos. Ces rites disparus en convoquent d’autres, plus contemporains. Visionnaires.

Bring the good news – Not now but soon, 2009 [ancien palais des mariages de Tbilissi en Géorgie]. Phallus creux, flanqué de deux tourelles en colimaçon. Elévation, palmiers. L’on pourrait se croire dans l’univers d’un Ledoux ou d’un voyage en Orient au 19ème siècle. Or il s’agit d’une mise en scène étatique, proclamant un meilleur des mondes, fait d’amnésies.

Zeitgeber, 2009 [ancien Ministère de la Construction de Tbilissi]. Barres superposées, perpendiculaires. Végétation touffue, comme exhaussant le propos. Telle une structure mégalithique, là encore, mais étagée, sécante, affranchie d’une logique linéaire. Dans ces pylônes et ces barres massives, lire comme une allégorie démocratique, fuyante. Ecrasement.

Scammonden Refuge, 2009. D’après la tour d’un réservoir situé entre Yorkshire et Lancashire. L’on songe immédiatement aux constructions d’un Jérôme Bosch. Bunker aérien, hérissé d’antennes, aux cloisons quasi hermétiques, aveugles. Univers de contrôle, de méfiance. Brumes d’un Neuschwanstein moderne. Totalité en miniature.

Boondoggle Elysium, 2009. Inspiré d’un abri bus de l’époque soviétique. Colosse de Memnon, importé dans un no man’s land définitif. Sens hiératique et dérisoire d’une définition de l’espace cannibale. Fauve de béton, gardien de camp ou de désert. Campé sur ses deux pattes avant, à la façon d’un sphynx abstrait. Vingtième siècle de fer.

Comment conjurer la menace sourde ? Une installation sonore avec sculpture murale, amplificateur et néon, attend le visiteur dans un soubassement. Chapelle tendue de noir, oppressante. Seul un bruit continu, de moteur au ralenti ou de viscères amplifié. Ecarter le rideau. Signe aux contours blancs. Invitation aux transes oubliées. Secrètes.

© GeorgesFesta – 07.2009

Galerie Schirman & De Beaucé
7 bis - 9 rue du Perche, 75003 Paris



vendredi 24 juillet 2009

Agustí Centelles

Agustí Centelles, tirage argentique
Archives Centelles, Barcelone / © ADAGP, Paris 2009


L’Histoire mise à nu
Agustí Centelles – Journal d’une guerre et d’un exil, Espagne-France, 1936-1939
Exposition photographique
Paris, Hôtel de Sully, 09 juin - 13 septembre 2009



Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.

Federico Garcia Lorca, Romance de la luna, luna
(extrait)


Si la contribution d’un Robert Capa, d’un David Seymour ou d’un Albert-Louis Deschamps font désormais autorité dans ce qui fut l’un des brasiers de la conscience universelle au siècle dernier (1), l’exposition de plus d’une centaine d’œuvres inédites d’Agustí Centelles à l’Hôtel de Sully (Musée du Jeu de Paume), sous l’égide de Pascal Beausse, révèle au plus près le quotidien d’une terreur urbaine, des chemins de résistance, puis d’exil forcé, auxquels furent soumis populations civiles, intellectuels, mais aussi volontaires étrangers.
De la cour Renaissance de l’Hôtel de Sully – mais il s’agit ailleurs d’une Renaissance tout autre, meurtrie, aux éclairs de révolte et de pitié – à l’exposition souterraine, décor gris et de bunker, le visiteur est convié à la réalité d’une guerre civile. Donner à voir ce que furent les fragments successifs, haletants, lourds, inscrits dans une mémoire multiple, menacée, mais toujours aussi à vif, tel est l’enjeu et la réussite exemplaire de ce projet : première salle proposant un parcours chronologique de la Guerre d’Espagne, puis corridor et deux autres salles, aboutissant à la vie des exilés au camp de réfugiés de Bram.

Premiers morts après les affrontements dans le centre de Barcelone, 19 juillet 1936 : une place urbaine, où l’on pourrait croire à une mise en scène de tournage. Mais les deux corps sont là, qui ramènent la perspective à ce qui fait irruption : le dérèglement sourd d’un ordre quotidien qui bascule lentement vers des ténèbres.

Voiture renversée à un angle de rues. Ce pourrait être un banal accident. Or l’équilibre des choses est bouleversé. Cette machine aux pneus dérisoires, en l’air, manifeste la violence d’un choc qui va bien au-delà. Les règles sont rompues. Bientôt l’homme rejoindra la machine. Renversé, jeté tel un objet dérisoire.

Barricade dans une rue de Barcelone, 19 juillet 1936. Six combattants, un septième photographié de dos. Car il s’agit de tenir. Rempart fragile, de bric et de broc, où chacun réinvente une liberté prise au piège. Perspective des fusils qui traversent la rue vide, aux attentes palpables. Aux silences passifs. Aux appels en tous sens.

Tel groupe de syndicalistes armés fraternisant avec un agent de la garde civile, un 19 juillet 1936, éphémère utopie où la force publique retrouve un sens littéral, générosité de l’écoute parmi le fracas des antagonismes. Cadavre d’un gendarme républicain, recouvert du drapeau catalan, au bord d’un trottoir, devant lequel il ne s’agit plus d’hésiter.

Autre scène de rue, ce même 19 juillet à Barcelone, où des cadavres de chevaux, criblés de balles, en plan rapproché, barricade de fortune où l’on éprouve ce renversement, cet ordre de mort et de survie, désormais banalisé. Chairs vivantes ou en décomposition, cris, rafales, lente puanteur d’une ville en résistance.

Puis ces départs de miliciens pour le front. Colonne Garcia Oliver, un 25 juillet 1936, où la grâce de danseur, pieds aux sandales de corde, d’un combattant éclaire cette parade solaire, chantante, irrépressible de vie. Wagons d’un train de la liberté, regroupement dans une cour où l’on distingue George Orwell, solidaire de cette utopie en marche, tête dominant la file, où l’on songe au Byron de Missolonghi.

Bureau d’inscription au siège du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste), sur les ramblas, ce même juillet 1936. Scène où les uns attendent, fument, lisent des journaux. Visages graves ou étonnés, corps cambrés, refusant l’abjection, la soumission. Ragazzi di vita.

Citons encore cette allégorie de la République espagnole, transportée dans une voiture par des militants anarchistes. Les symboles, par delà les massacres. Tel hommage à Hans Beimler, antifasciste allemand, l’année suivante à Barcelone. Visages de profil, au ras d’une estrade, de militants du POUM, déclinant les émotions, les instants, les espoirs.

Intérieur de fête lors du mariage des miliciens Angel Estivill et Pura Bilbao. Un combattant en bras de chemise, devant sa machine à écrire, page blanche, générosité du visage heureux de ces moments d’échange, de don. Regards de Federico. Sourire.

En contrepoint, ces cadavres desséchés de prêtres dont les sépultures ont été profanées. Silhouettes hiératiques, aux jambes obscènes, volontairement écartées, adossées à la paroi, cercueils béants. Qui disent toutes les soumissions, les silences, la rage d’avoir obéi à un ordre qui dévoile sa véritable nature.

Front d’Aragon, où telle colonne s’avance, défiant les menaces invisibles et pourtant palpables. Blessures, épuisement, ne pas céder. Marcher. Puis ce jeune Christ, cadavre de combattant appuyé contre un talus, parmi les broussailles, bras gauche replié sur le torse. Au bas du corps, deux sacs de toile encore vide, que l’on a déposés là, avant l’ensevelissement. Tout un infini de possibles, marée d’enfance et d’adolescence stoppée net. Qui ne s’est pas encore fondue dans la terre. Flottant sur le talus de la mort.

Oliviers, campagne d’Aragon, 1937. Un groupe de combattants se reposent sous des couvertures. Caravansérail masculin, douceur d’abandon, préservés un instant de la terreur. Ensemble. Encore.

Puis cet assaut. Silhouettes minuscules sur une crête. Savoir que l’on ne reviendra peut-être pas. Que cette lumière sera la dernière. Parmi celles des autres.

Tanks devant un portail de Teruel. Trois blocs mécaniques, obstruant la rue. Présence humaine repoussée aux marges de l’espace. Que valent architecture, perspective, bâtiments ? Simple décor en carton pâte. Bientôt réduits à l’état de siège.

Madone de Lleida, un 3 novembre 1937, pleurant son mari. Nuit de douleur, recueillie. Corps habillé, chiffonné de blanc, comme évanoui. Aux stigmates d’un quotidien que l’on ne souhaiterait jamais figé. Puis ce couple de réfugiés, au stade de Montjuic. Sans date, est-il précisé. Porteurs de vie, quelques effets rassemblés, attendant de fuir l’enfer.

Autre train où des groupes scolaires partent vers Madrid. Poings levés, déjà. Espièglerie inquiète. Regards où l’on devine une insouciance déjà adulte.

Gran Via de Barcelone, 17 mars 1938. Au creux des bombardements. Immeubles éventrés, ne reste que des carcasses. Préfiguration de Dresde et Hiroshima.

Puis ces deux autres salles, où l’on est projeté dans l’univers concentrationnaire. Camp de Bram, Aude, 1936. Photographie d’internés s’appuyant contre la tôle ondulée, en plein soleil, pour ne plus réfléchir, se projeter en pensée vers ces villages brûlés de sécheresse, oliviers, sources, musique de fêtes massacrées. Groupe lisant des journaux. Front solaire, regard sombre de l’un d’eux, torse nu. Vertiges de Carson Mac Cullers.

Ce quotidien dénué de sens premier. S’asseoir devant un pliant, l’air dégagé, jambes écartées, comme en vacances. Piquet de grève improvisé, solitaire. Fabriquer des objets dérisoires. Chemise ouverte.

Les mises en scène sur la place du camp. Car il s’agit d’ordonnancer ce qui n’est déjà qu’un chaos de plus. Foule qui se regroupe devant les baraquements, sur la droite. Devisant ou silencieuse, résistant. Quelques gendarmes sur l’espace dégagé, à gauche, marqué de deux pylônes arborant le drapeau. Légitimité étatique face aux mutilés d’un autre Etat disparu dans la tourmente.

Exercices physiques matinaux. Faire comme si. Ces bras étendus. Tels des croix de cimetière militaire. Battant de l’aile. Olympiades dérisoires d’un quotidien d’exil.

Soudain, dans un galetas de paille et de bois. Cet homme nu sous des couvertures. Profil obscène des fesses. Tête qui s’appuie contre la main gauche. Avoir résisté, abandonné, partagé. Torse laiteux. Profil juvénile. Endymion d’une révolte impassible. Sommeil de Garcia Lorca.

(1) CAPA, Robert. Fotografías de Robert Capa sobre la Guerra Civil española : colección del Ministerio de Asuntos exteriores. [Madrid], ed. El viso, cop. 1990
DESCHAMPS, Albert-Louis. Albert-Louis Deschamps, fotógrafo en la guerra civil española.
SEYMOUR, David. [Guerre d’Espagne]. [Paris], [Magnum], [1936-1939]. 101 photographies. Pos., n. et b.

© GeorgesFesta – 07.2009

Musée du Jeu de Paume – Hôtel de Sully
62 rue Saint-Antoine, 75004 Paris

site internet : www.jeudepaume.org

Agustí Centelles. Camp de réfugiés, Bram, 1939. Paris, éditions du Jeu de Paume, 2009, 64 p. 12 €.


mercredi 22 juillet 2009

Allen Ginsberg - 1

Jack Kerouac - photographié par Allen Ginsberg / Corbis
© www.smh.com.au


Psaume IV


Me souvenir maintenant de ma vision secrète, vision impossible de la face de Dieu
Ce n’est pas un rêve, je suis étendu de tout mon long sur un lit d'enfer à Harlem
m’être masturbé pour un amour inexistant, après avoir lu à moitié nu Blake à livre ouvert
sur les genoux
Et c’est alors ! L’esprit vidé je tourne une page et je regarde ce vivant
tournesol
j’entends une voix, c’est celle de Blake, récitant au rythme de la terre
la voix s’élève de la page vers mon oreille secrète qui n’a jamais entendu cela
Je lève les yeux à la fenêtre, murs rouges des immeubles qui s’embrasent au dehors
ciel infini triste Eternité
lumière du soleil embrassant le monde, appartements de Harlem ancrés dans
l’univers
chaque brique, chaque corniche, souillées d’intelligence tel un immense visage vivant
cerveau de génie qui se déploie et ressasse les étendues sauvages ! Je parle maintenant
à haute voix avec Blake
Amour ! ta présence patiente, os de mon corps ! Père ! ton regard
attentionné, toi qui attends mon âme !
Mon fils ! Mon fils ! les âges sans fin m’ont fait ressouvenir ! Mon fils ! Mon fils !
Le temps hurle d’angoisse à mon oreille !
Mon fils ! Mon fils ! mon père qui pleure et me prend dans ses bras morts.

_____


Psalm IV


Now I’ll record my secret vision, impossible sight of the face of God
It was no dream, I lay broad waking on a fabulous couch in Harlem
having masturbated for no love, and read half naked an open book of Blake
on my lap
Lo & behold ! I was thoughtless and turned a page and gazed on the living
Sunflower
and heard a voice, it was Blake’s, reciting in earthen measure
the voice rose out of the page to my secret ear never heard before
I lifted my eyes to the window, red walls of buildings flashed outside,
endless sky sad Eternity
sunlight gazing on the world, apartments of Harlem standing in the
universe
each brick and cornice stained with intelligence like a vast living face
the great brain unfolding and brooding in wilderness ! Now speaking
aloud with Blake’s voice
Love ! thou patient presence & bone of the body ! Father ! thy careful
watching and waiting over my soul !
My son ! My son ! the endless ages have remembered me ! My son ! My son !
Time howled in anguish in my ear !
My son ! My son ! my father swept and held me in his dead arms.

Allen GINSBERG


Traduction : © GeorgesFesta – 07.2009


Inferno - Canto XIX

William Blake - Dante, Divine Comédie, Enfer, chant XIX



Nulle rémission
Le hasard définitif
Vagues de feu
La créature n’a plus de nom
Simple objet
Comme d’autres
Multiplieront les chiffres
A fleur de peau
Vaine résistance
Au nom de quelle
Justice
Transparence du métal
Le monde
S’inverse
Hurlements de la roche
Sourire
Du bourreau
telle une lave
Les couronnements derniers
Glisser
Vers la nuit d'ordalie
Tout brûle
Au dehors
Où sont-ils ?
Les générations muettes
Etreintes
Gouffre de toutes les fureurs
Dévorantes
Tu as beau faire
Brûlé
Devenu fumée mur route
Fonts baptismaux
Où se jette
Le fleuve d’oubli
Blocs
D’effroi bleu


© georgesfesta – 07.2009

mardi 21 juillet 2009

Debout


Pier Palo Pasolini, Salò ou les 120 journées de Sodome (1976)




osmanian – timag – dzebdoum – serpanegar – houysov – paréhadjil – chouk – dzovamayr – angarkabahoutioun – nevirabédoutioun – mesakordziséghan – mérélatapor – lampar – chéghp – khouzarguél – baddjar – medasévéroum – esdoukél – antsialin – voghtchaguéz – badjél – bardil – guizitch – ariounod – anzesbéli – yédkal – guedrel – aylagérboutioun – moural – dasnapania



arracher définitivement les mots à leur gangue – les puissants – du fond de ta geôle – l’Incarnation du Verbe – dire non – dans le tourbillon du chaos – même si les illusions gagnent – ce mur fait d’un océan gris – Table de Cène – sur ce lit crient tant de plis – bientôt les arrachements – dalles rêches – l’autre langue – qui échappe perce foudroie – prêt à saisir la corde – l’aurige sans nom



© gfesta – 07.2009


Viens


Serguei Paradjanov – La couleur de grenade, 1968



Viens
Déverser ton sang
Enfermé
De toutes parts
A quoi
Se réduit le monde
Viens
Boire ton sang
Tu verras
A ce prix s’ouvrent
Les murs
Le chemin
Viens
Ecouter le sang
Battre
Les plis les tissus
Puisque
La mort nourrit
Viens
Te laver le sang
Grenades
Pressées
Tous les étés
L’échange de vie



© georgesfesta – 07.2009

Naître / Birth / Dzakil

Rodin – Dessin, 1910
© www.artscape.fr



Repousser
Remonter les flux
Nager au plus profond
Algues, poils
Cette marée de sang
Tu arrives
Naître, s’élancer
Se glisser
Parmi les anfractuosités
Laiteuses
Chargé de mémoire
Il faudra dire je
Bouche vulve
Aspiré par le courant
Pliures
Des chairs
Cheveux
Tu seras rejeté
Les noyades
Chaque instant
Membranes
Rompues
La puissance lisse
Frôler
La boue
Les fleuves immobiles
Estuaire
Baigné de lumières
Repousser la nuit



© georgesfesta – 07.2009


lundi 20 juillet 2009

David - III

© videojug.com

David / S – III



Leçon 1

Centaure furieux. Encolure repliée comme une cuisse. Erigée de coraux métalliques. Contre-perspective du buste. Le bras ne protège pas. S’offre. Se tord. Il s’agit d’un dressage. A l’attention du spectateur. Peu importe la monture. Cabrer le corps en déséquilibre. Rechercher la dépense gratuite. Lancer au hasard. Régner à l’instant.

Leçon 2

Version métissée de l’aurige. Plus de rênes, le regard scrute les profondeurs, cherche ses démons. Ivresse de Faust. La cavalcade infernale. Territoires du cauchemar. Elargir à l’infini. Tout voir. Ils surgissent de partout. La lame va s’abattre. Les têtes sanglantes. Les purs et les impurs. L’apocalypse. La vraie. Définitive. Incomparable.

Leçon 3

Le maître des esclaves. Passe en revue son fief. N’hésite pas à frapper. Rapt des Sabines. Les corps se dérobent chevelures teintes de sang. Noces brutales. Ils ne peuvent pas comprendre. Sont faibles. N’osent jamais. Les codes anciens n’ont plus cours. Le temps des conquêtes est revenu. Comme une moisson de vies. Renouvelée.

Leçon 4

Tu seras sacrifié. Sur l’autel de Penthésilée. La dernière course de Dionysos. Il n’y a plus de pardon. Ta semence régénèrera les cimes. Autour la foule des Amazones. Qui se saisissent de tes muscles. Se repaissent déjà. Tu jouiras. Le chant de la fin des mondes. Icare. Envolé. La dernière révolte. Le dernier blasphème. Tu n’as plus de nom.


© georgesfesta - 05.2006


Wassily


Wassily Kandinsky – Improvisation 9 (1910)
© myweb.dal.ca



Parmi les monts
du rêve
Un instant
d'arrêt
Coulées de ténèbres
Lentes
Si loin
Forteresse des entreprises
Vaines
L’animal courbe
Son encolure
Fragile nacelle
Lame
rose

Cimes hachures
Brumes
bleuies
La foule qui regarde
Effondrement proche
Car la nuit menace
S’accouder au bord
Des précipices
L’exhaussement
Tu as gagné
Les territoires d’utopie
Traverser
Par centaines
Les monts les vallées
Frontières
Abruptes si douces
Tu es
Ce cavalier
Ces ravines
A quoi bon
Les mesures
Mosaïque
D'êtres
Soudain l’arche
S’ouvre
Traverser
Les brûlures.



© georgesfesta – 07.2009