jeudi 14 janvier 2010

Ara Tokatlian

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Un dialogue libre et transcendantal

par Eduardo Slusarczuk

www.clarin.com


[Inspiración / In Memoriam, d'Ara Tokatlian, Enrique Villegas et Milcho Leviev. Réédition de deux albums incontournables du jazz [argentin], avec un transfuge d'Arco iris.]

"Mono appréciait notre musique. Et nous l'adorions. Pour sa lucidité, sa folie créatrice, son talent musical. Nous étions liés par une sorte de magie."

Ainsi Ara Tokatlian résumait-il en vingt ans les raisons qui le portèrent à rejoindre, au début des années 1970, Enrique Villegas, un des pianistes emblématiques du jazz d'Argentine.

A eux deux ils enregistrèrent six compositions qui seront éditées en 1975 dans l'album Inspiración, à partir duquel Leader Music vient de lancer une anthologie dans une réédition incluant des compositions d'In Memoriam, un autre album que le cofondateur d'Arco Iris enregistra avec le pianiste Milcho Leviev en 1987, en hommage à Villegas.

Lors de la crise qui suivit le départ de Gustavo Santaolalla du groupe et de la communauté qui comptait, outre Sergio Bordarampé, Horacio Gianello et son égérie spirituelle (qui devint ensuite son épouse) Dana Winnycka, Inspiración marqua une rupture dans le périple musical entamé par Tokatlian six ans auparavant. Embarqué, pour l'essentiel, dans l'approfondissement d'un parcours spirituel qu'il a poursuivi jusqu'à ce jour.

Fruit d'une quête sans limites définies par avance, cet album communique une atmosphère de liberté qui se traduit autant dans les dialogues entre le piano de Mono avec la contrebasse de Bordarempé et les saxophones et flûtes de Tokatlian, qu'à travers ses explorations sonores en solo.

Eloigné de la musique folklorique argentine, qui imprégnait l'œuvre d'Arco Iris, Inspiración a beaucoup plus à voir avec le free jazz qu'avec le jazz classique. L'arrangement des compositions de cette réédition, quelque peu différente de l'original, débute par "Camino a Samarkanda y Danara", dans lequel le thème initial sert de base à des improvisations en duo ou en solo. Schéma qui se répète dans "En la ola de tus ojos" et dans l'unique composition de Dana, "Maritimaria", qui clôt l'album. Au milieu, "Inspiración" et "A la sombra de los dorados Budas" superposent des saxos dans le premier cas, et des flûtes dans le second, où des états d'extrême tension contrastent avec une détermination qui confine au calme absolu.

Beaucoup plus proche dans le temps, In Memoriam traduit un exercice de récupération de "l'esprit d'Enrique", comme nous le précisait Tokatlian dans la note citée plus haut.

Le pianiste bulgare, qui avait intégré auparavant la formation d'Arco Iris, venait d'enregistrer et de tourner avec des musiciens de la dimension de Billy Cobham, Art Pepper, Roy Haynes et Dave Holland, entre autres. Apportant au projet une base rythmique plus marquée, outre un esprit de recherche en musique contemporaine.

Dans ce cadre, l'espace dédié aux explorations sonores demeure restreint aux minutes que dure "Trapecio". Parfois, le piano acquiert une dimension soliste, davantage que celui de Villegas dans "Inspiración".

Pour le final, le duo ressort "Chacacera dance", un thème apparu à l'origine dans "Faisán Azul", un des premiers enregistrements de la période nord-américaine du groupe. Une sorte de retrouvailles de ces vieilles sonorités folkloriques, mais différemment.

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Source : http://www.clarin.com/diario/2010/01/06/um/m-02113954.htm
Traduction : © Sébastien Rozeaux - Georges Festa - 01.2010