mardi 26 janvier 2010

Francesco Tataranno

Francesco Tataranno
La Tragedia anatolica – Il martirio degli Armeni
Montedit, collana « Koiné », 2009, 104 p.
ISBN : 9788860377135

Avant-propos

par Massimiliano Del Duca

www.clubautori.it


La Tragedia anatolica - Il martirio degli Armeni [La Tragédie anatolienne - Le martyre des Arméniens], de Francesco Tataranno, est un essai historique, qui aborde, de manière critique et à l'aide d'un grand nombre de références et différents renvois, le drame du peuple arménien et les vicissitudes dont l'Histoire porte le témoignage.
A travers une étude méticuleuse, sont parcourus à nouveau le calvaire de la population arménienne, sa tragédie, les atrocités et les souffrances endurées, les expropriations et les déportations qui se succédèrent au fil du temps, puis, de la part de la Turquie, la négation de l'extermination perpétrée, l'indifférence qui en résulta de la part de nombreux pays européens et la tentative suivante de refouler la "tragédie arménienne" des pages de l'Histoire.
Observant scrupuleusement sa ligne personnelle de réflexion, Francesco Tataranno s'emploie, sans tergiverser, à mettre en évidence le nécessaire établissement de la vérité historique, retracer les responsabilités, énumérer les diverses phases qui ont conduit au massacre d'individus sans défense, parcourir à nouveau sur le plan historique les infamies sans nombre commises, ainsi que les persécutions et les horreurs qui ont caractérisé l'histoire du peuple arménien.
Et cela, dès les années 1895-1896, lorsque les tueries anatoliennes du sultan Abd ul-Hamid II, un tyran sanguinaire, marquent le début de l'extermination des Arméniens, considérés depuis toujours comme un peuple "dangereux". En fait, dès la révolte populaire du Sassoun en 1894, provoquée par une pression fiscale constante, d'incessantes vexations et abus, sans compter la spoliation des terres, la riposte des Turcs ne se fait pas attendre, étouffant dans le sang cette révolte par des représailles, des massacres, des incendies et la destruction de villages arméniens entiers.
L'Europe semble assister en silence à ces massacres et, pour des motifs politiques et en raison d'intérêts économiques, manifeste une inertie quasi totale face aux entreprises sanguinaires du sultan, lequel se retrouve les mains libres pour "éradiquer les minorités du sol turc par une politique radicale incluant la purification ethnique".
En 1909, Abd ul-Hamid II est déposé par les Jeunes-Turcs, libéraux et réformateurs, qui représentent un possible espoir de concrétiser enfin des réformes et une protection plus grande pour les minorités. Mais ces espoirs seront cruellement déçus et les agissements contre le peuple arménien continueront.
Puis, en 1914, l'empire ottoman entre en guerre aux côtés de l'Allemagne et contre la Triple Entente - France, Angleterre et Russie. Cette intervention offre le prétexte pour mettre en œuvre une répression contre les Arméniens, qui se prolongera au-delà de 1920. Dans cette affaire aussi, le Congrès de Berlin, qui aurait pu mettre fin à la "question d'Orient", laissa le problème en suspens et provoqua la "question arménienne". En 1915, après que les Turcs aient tenté d'éradiquer le peuple arménien de ses terres, se produisent quelques réactions des révolutionnaires arméniens, lesquelles auront pour effet une action encore plus violente de la part des Turcs : une "loi temporaire de déportation" sera promulguée, qui autorisera ces déportations "pour cause de sécurité et de nécessité militaires", à laquelle succèdera la "loi temporaire d'expropriation et de confiscation" des biens, et enfin le djihad, la lutte armée contre les infidèles, afin d'éliminer les chrétiens de l'Anatolie.
Dans cette affaire aussi, comme le met bien évidence Francesco Tataranno, l'opinion publique en Occident adopta des prises de position "modérées" à cause des difficultés objectives pour modifier l'état de fait en Anatolie et arrêter les conséquences tragiques de la guerre en Orient et les atrocités commises par les Turcs à l'encontre des Arméniens. A ce propos, Francesco Tataranno rapporte les déclarations du consul du royaume d'Italie à Trébizonde :"Quel malheur de devoir assister à l'exécution en masse de créatures innocentes et sans défense ! Une véritable extermination, un massacre des Innocents, une page noire, marquée par la violation des droits les plus sacrés de l'homme !"
De l'analyse minutieuse de l'auteur émerge le fait que la responsabilité de l'Allemagne dans les terribles événements d'Anatolie fut certainement très grande et qu'il y eut connivence, sinon une complicité évidente, pour ne pas compromettre par ailleurs l'alliance conclue en temps de guerre avec les Turcs. Ce n'est pas un hasard si la honte des pires atrocités coïncide avec la période durant laquelle l'Allemagne exerça une influence majeure en Turquie.
Puis, avec la fin de la Première Guerre mondiale et la chute de l'empire ottoman, l'espoir se leva que les tragédies et les atrocités contre le peuple arménien puissent cesser. Il y eut la possibilité de créer un Etat arménien indépendant grâce au traité de Sèvres, après la Conférence de paix de 1920, mais Mustafa Kemal Atatürk, ignorant ce traité qui impliquait pour la Turquie le fait de reconnaître l'indépendance de l'Arménie, massacra les populations arméniennes afin d'éliminer ce qui subsistait de cette minorité.
Les procès du tribunal de Constantinople en 1919 confirmèrent les faits criminels survenus, reconnurent la déportation des Arméniens qui avait eu lieu, tandis qu'étaient recueillis de nombreux témoignages et rapports des principaux consulats. Mais, avec le traité de Lausanne, une amnistie fut proclamée, mettant un terme aux espoirs des Arméniens.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'écrivain turc Kemal Yalcin dénonce le silence de la Turquie sur la tragédie arménienne et rapporte les faits survenus. Mais son livre, qui rassemble des témoignages d'Arméniens survivants en Turquie, est détruit et ne sera publié en Allemagne qu'en 2003. En Turquie il est quasiment interdit de parler de la question arménienne; l'histoire arménienne est prohibée dans les écoles arméniennes. Par ailleurs, une discrimination frappe les citoyens turcs d'origine arménienne.
Francesco Tataranno met en pleine lumière des pages tragiques de l'histoire, la question arménienne et le génocide "reconnu par l'Assemblée générale des Nations Unies", mais condamne aussi le négationnisme qui réfute l'existence et la véracité des faits terribles commis à l'encontre des Arméniens, critique sévèrement le refoulement dans les consciences d'une extermination mise en œuvre dans l'indifférence générale, puis tombée dans l'oubli. Sans oublier enfin, de la part de l'auteur, certaines considérations sur la situation politique actuelle en Turquie, sur la difficulté de régler les comptes avec le fondamentalisme religieux, sur l'ambiguïté de la politique de l'Etat turc et sur le débat contemporain concernant la question arménienne, qui fut toujours niée par la Turquie. Le moment est peut-être venu d'une prise en compte du génocide arménien perpétré de longue date à partir d'Abd ul-Hamid II, puis mis en œuvre par les Jeunes-Turcs, et enfin des terribles responsabilités de Kemal Atatürk, jusqu'à la vérité qui se fait jour dans ces pages sombres de l'histoire qu'il ne faut pas oublier.
Francesco Tataranno inclut aussi dans cette intéressante étude de nombreuses et substantielles références aux thèses et aux opinions d'historiens et de chercheurs, rapportant analyses, témoignages et écrits sur la tragédie arménienne et sur l'élimination des minorités chrétiennes d'Anatolie. Sa position est très critique par rapport aux Etats occidentaux qui ne se sont pas intéressés à la question arménienne et exprime une sévère condamnation morale contre la Turquie, qui s'est rendue responsable d'une telle tragédie, définie comme un "véritable génocide" par les Nations Unies.

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Source : http://www.clubautori.it/francesco.tataranno/la.tragedia.anatolica
Traduction : © Georges Festa – 01.2010