dimanche 3 janvier 2010

Western Armenia : Lost Motherland


Western Armenia : Lost Motherland
[Arménie Occidentale : notre mère patrie perdue]
DVD produit et dirigé par Hayk Haroutyunyan
[sous-titré en français]
AZD Production, 2007

www.keghart.com


Western Armenia : Lost Motherland est un documentaire de 120 minutes sur le territoire de l’Arménie historique, situé à l’ouest de l’actuelle république d’Arménie. C’est aussi le récit d’un périple – par un petit groupe d’Arméniens – dans douze des villes principales de l’Arménie Occidentale. Tandis que les touristes arméniens visitent leur patrie ancestrale à Kars, Ani, Van, Moush, Karin, Bitlis [Paghesh], Erzeroum et, naturellement, le majestueux Ararat, le documentaire présente des descriptions détaillées de monuments architecturaux (forteresses, monastères, églises, ponts), ainsi que les particularités de chaque région. Les prises de vues d’Hagob Karanfilyan sont spectaculaires.

Aucun Arménien ne peut regarder ce documentaire sans ressentir un raz-de-marée d’émotions diverses. D’une part, les monuments vous emplissent le cœur de fierté, mais d’autre part le rappel constant que la Turquie occupe cette grande partie de notre patrie vous déchire le cœur. La souffrance s’accentue lorsque, sans cesse, l’on voit des églises transformées en mosquées, en prisons, en écuries, en dépôts d’ordures.

Le voyage débute à Kars avec des arrêts à la célèbre forteresse de la ville, puis à la cathédrale Saint-Arakelots, du 10ème siècle, devenue une mosquée. Le dôme de l’ancienne église est envahi de mauvaises herbes et surmonté du croissant et de l’étoile turque. Lors de cette étape, survient un épisode remarquable, l’imam bienveillant autorisant les visiteurs arméniens à prononcer le « Hayr Mer » [Notre Père] dans la mosquée.
Autre scène poignante, la maison où naquit le poète Yeghiché Tcharents. L’édifice est maintenant une masure délabrée, entourée de détritus, de mauvaises herbes et de ruines. Au musée de Kars, le narrateur note que le pont en bois du bâtiment est une œuvre arménienne dont les crucifix sculptés ont été grattés.

L’endroit le plus triste de Kars est peut-être ce wagon blanc du train où Turquie et Union Soviétique signèrent le traité de Kars, concédant la majeure partie de l’Arménie Occidentale à la Turquie.

L’étape suivante est Ani, l’une des capitales médiévales de l’Arménie. Aux abords de la ville, un sinistre monument turc illustre un nouvel exemple de la réécriture de l’histoire par la Turquie. Le monument commémore les « Turcs qui furent massacrés par les Arméniens ».

Les ruines des cathédrales et églises arméniennes, d’un rouge sang, familières à la plupart des Arméniens, se dressent noblement et invaincues au milieu d’une sombre prairie, témoignant du génie technique et artistique arménien. Mais, lorsqu’un berger kurde propose de vendre un ancien objet arménien en échange d’une simple cigarette, le spectateur est impatient de gagner l’étape suivante.

Cette étape est le lac de Van, ainsi que les monastères, la cathédrale et les églises qui entourent ce lac. Le lac de Van, comme celui de Sevan, s’enorgueillit de teintes bleues et vertes que l’on ne trouve dans aucune palette. C’est là où les premiers rois ourartéens établirent leur dynastie. Pourtant, selon l’historiographie turque, l’Ourartou et ses rois n’auraient rien à voir avec les Arméniens…

Parmi les nombreuses étapes religieuses du lieu, le célèbre monastère Varakavank, qui posséda jadis sept églises. La plus grande partie sert maintenant d’abri pour le bétail. Comme dans d’autres villes, un cannibalisme architectural rampant est ici de règle, le visiteur voyant des portions volées de monuments arméniens servir de matériau de construction pour des maisons et des masures turques et kurdes.

Moment lumineux de ce périple à Van, le mini-documentaire sur les chats de Van – ces blancs félins qui ont habituellement des yeux verts et bleus. L’extérieur de l’église Sainte-Croix est resté relativement intact. Les sculptures murales illustrent les combats des Arméniens contre l’oppression arabe, Adam et Eve, Samson et Goliath, et une série ornementale de vignes et de fruits.

Puis l’on part à Bitlis (Paghesh), à 18 kilomètres à l’ouest du lac de Van. Jadis un joyau urbain de la région, c’est maintenant une ville terne et triste. Comme d’autres régions urbaines présentées dans ce voyage, elle possède quelques traces de quatre mille ans de présence arménienne dans ces lieux.

Avant de se rendre à Mousch (dérivé de l’arménien « mist »), les touristes traversent le Mont Nemrod. Il s’agit aussi d’une des rares étapes heureuses. Le Nemrod est un volcan éteint, avec des sources chaudes et son propre microclimat et écosystème. La cratère de la montagne, que l’on découvre, possède trois lacs étincelants.

Mousch (64 000 habitants) compte 3 000 habitants arméniens. C’est là que Kevork Chavoush, blessé, fut tué par la foule. La tombe de ce héros arménien a été profanée, devenant méconnaissable.

A nos yeux, la scène la plus pénible du documentaire est de voir un Kurde radieux, se vantant de raconter comment les Arméniens furent massacrés. Il ne reste rien de la célèbre église Saint-Karapet, qui fut durant des siècles une destination majeure de pèlerinage.

Le groupe s’arrête aussi à Erzeroum, puis se dirige vers l’Ararat, ce fier symbole, agité par les vents et couvert de neiges, de l’Arménie – prisonnier lui aussi de la Turquie.

Voulant peut-être alléger la souffrance de ce périple, le narrateur achève le documentaire sur une note optimiste, notant que, bien qu’occupée par la Turquie, cette terre « est toujours la nôtre […] C’est à vous qu’elle appartient […] Nous devons ramener cette mère patrie perdue. » Qui sait ?

_________

Source : http://www.keghart.com/DVD_WArmenia
Traduction : © Georges Festa – 01.2010

Des copies de ce DVD peuvent être obtenues auprès de http://www.abrilbooks.com/ - prix : 20 dollars US.