samedi 16 janvier 2010

Yerevan's Museum of Modern Art / Erevan - Musée d'Art Moderne

Minas Avetissian, Village de Djadjour, 1960
© www.monthlyherald.com

Les murs ont des langues
Visite au Musée d'Art moderne d'Erevan

par Gregory Lima

The Armenian Reporter, 17.10.09


EREVAN - Il existe un adage : "Attention à ce que vous dites, les murs ont des oreilles." Mais au Musée d'Art moderne d'Erevan, c'est l'inverse qui semble vrai. Ses murs semblent parler à ce visiteur comme s'ils avaient des langues.
Les œuvres d'art accrochées aux murs ou apposées à leur côté semblent dialoguer entre elles et avec chaque visiteur de passage. Elles peuvent raconter toutes sortes d'histoires. Celles qu'il vous sera donné d'entendre dépendent de votre périple le long de ces murs et des œuvres, parmi toutes les autres, que vous aurez le temps et l'envie d'écouter.
Toutes sont muettes, jusqu'à ce que votre regard atteigne leur surface. Elles ne disent pas grand chose, jusqu'à ce que vous ayez vraiment la volonté de les entendre et que votre regard aille et vienne à l'intérieur de l'espace qu'elles contrôlent. Une fois que vous vous trouvez à l'intérieur, il vous faut laisser votre regard suivre la trace de leur langage dans votre esprit. C'est alors que vous pouvez vivre quelques instants dans l'univers que l'artiste a créé pour vous seul.

Minas Avetissian

Ce visiteur a quelques préférences et se dirige tout droit vers ce qu'il désire vous faire partager. Coupez à gauche après être entré et commencez par les murs qui présentent Minas Avetissian, un des artistes d'Arménie les plus appréciés du milieu du 20ème siècle.
Dans les années 1920, lorsque quelques rescapés survivants d'Arménie se rassemblèrent afin de jeter les bases de ce qui devint le petit Etat de l'Arménie moderne, les artistes contemporains eurent un rôle culturel central. Leurs tableaux de paysages constituèrent de fait une manière délibérée d'affirmer une revendication culturelle vis à vis de l'Arménie vue de l'extérieur et de celle, bien vivante, vue de l'intérieur. Aucun peintre ne réalisa cette tâche avec plus de génie artistique que Martiros Saryan. Projetez-vous en esprit à l'intérieur de ses majestueux paysages qui étreignent le soleil, des lointaines montagnes et des plaines ondulantes, gorgées de fruits, dans cette vaste et chaleureuse étendue qu'est son Arménie. Alors, peut-être, vous pourrez entendre la fanfare de cuivres qui s’époumonne, prête à crier et à vous saluer. Parmi les artistes de la génération suivante, aucun ne se hissa plus haut dans son sillage que Minas Avetissian, qui se saisit avec grâce de la palette de Saryan et la ramena dans son village, où il créa un art nouveau, centré sur l'Arménie rurale survivante.
Minas peint avec une couleur plus intense qu'aucun autre artiste de sa génération, et pourtant il s'impose comme un méditatif, revenu des incendies de sa passion. Ses personnages possèdent une attitude statique, des surfaces plates et une perspective raccourcie, où Arshile Gorky trouvait lui aussi une résonance émotionnelle. Sur le mur, un de ses paysages villageois. Nous observons une vie enracinée, qui ne se vit pas au jour le jour ou à l'année, mais une vie où l'homme et la terre de ses pères ne font qu'un, transmises en quelque sorte à travers des générations faites de naissances et de tragédies, tandis que l'artiste rassemble les couleurs de cette séquence temporelle. Il nous offre le printemps et l'automne, avec les couleurs de la vie qui les séparent. Couleurs qu'il vous faudra éprouver délibérément à l'aide de votre regard. Alors, peut-être, ressentirez-vous le battement joyeux du tmbook et du târ.
Minas s'attira l'inimitié des puissants qui désiraient une autre forme d'art, répondant au concept d'homme nouveau en Union Soviétique. En 1973, son atelier fut brûlé. Lors de cet incendie, une grande partie de son œuvre de la maturité fut consumée et perdue pour toujours. Deux ans après, à l'âge de 47 ans, il trouva la mort dans un soi-disant accident.

Hakob Hakobyan

Traversez la salle et approchez-vous des murs qu'occupe Hakob Hakobyan. Là nous fait face un paysage plongé dans une lumière légère, qui fait de Minas un chaleureux souvenir. L'œuvre dépeint le monde nouveau du génie arménien perdu, dans lequel, pour reprendre les termes d'Hakobyan, "les fermiers sont devenus des kolkhozniks, l'artisan s'est transformé en ouvrier et le chef d'entreprise condamné à s'exiler ou à mourir."
Hakob Hakobyan est un Arménien rapatrié de la diaspora, né en Egypte. Il partit avec sa famille en Arménie en 1965, à l'âge de 40 ans, ayant déjà développé une carrière remarquable en tant que voix nouvelle majeure dans les arts graphiques.
Peint par un homme au talent éminent, ce paysage s'intitule La Maison abandonnée. La toile est coupée en deux par une route vide. Au premier plan, un champ cultivé qui semble endommagé du fait de l'embarras des cultivateurs, que seule la proximité lie à la maison. Celle-ci, au dessin cubique moderne, semble n'être enracinée nulle part, isolée du village ou de la ville, reléguée, presque dissimulée derrière un monticule. La touche de peinture la plus triste de cette composition est un simple poteau téléphonique. Sans fils. Evoquant l’ambition, qui n’a pas véritablement trouvé de répondant, d’avoir un téléphone qui ne sonne pas pour vous, et pussiez-vous parler dedans, votre voix ne serait pas entendue. Touche picturale la plus encourageante, cette lumière chaleureuse dans la maison. Suggérant que la vie continue, patiente, peut-être à la tombée du soir, une lueur dans l’obscurité, et peut-être la force de croiser le trafic qui peut surgir le lendemain.
Le paysage est rendu plus poignant encore par deux portraits qui le flanquent des deux côtés sur le mur. L’un s’intitule Le pêcheur. La silhouette de ce dernier est totalement absente. L’on ne discerne que sa veste suspendue à une chaise dont les manches sont contenues dans un panier, comme imitant ou proposant du poisson. Pourtant, aussi énigmatique que cela puisse être, l’on regardera plus attentivement l’autre portrait, celui d’une femme, qui est peut-être le plus fascinant de tout ce musée d’art moderne.

La femme nouvelle

Le portrait du pêcheur pourrait être l’homme dans la nouvelle société, tandis que l’autre est celui de la femme nouvelle dans cette même nouvelle société.
Comme composition, il est d’une exquise facture. Un espace rectangulaire confiné l’enserre par d’invisibles contraintes. Elle est assise, vêtue d'un simple fourreau, les jambes croisées. Au lieu de regarder vers le monde extérieur, son visage est comme effacé par le miroir ovale qu'elle tient. En tant que femme, elle se présente à nous comme totalement absorbée par son moi et ne regardant qu'elle.
Reproduisant ses jambes croisées et les angles de ses bras, une paire de ciseaux aux lames effilées, dont les poignées dupliquent la forme du miroir ovale. Le dessin crée des rythmes et une tension à l'intérieur de cet espace oppressant. Les lames très longues des ciseaux ont un caractère sinistre, fatal.
Cette femme est une énigme que l'on éclaircit selon son désir. Aux yeux de certains, elle peut menacer d'une castration imminente. Selon moi, elle est l'unique personnage capable d'une action décisive dans tout cet ensemble de tableaux aux murs. En ne regardant qu'elle, il se pourrait qu'elle soit la seule à réellement savoir où elle se trouve et qui elle est. Je l’imagine songeant sérieusement à opérer quelques altérations. Et si elle se levait et dévoilait son véritable visage, parvenant à faire ce à quoi elle songe, le paysage de ce monde nouveau changerait.
J'y vois un tableau qui nous parle, ainsi qu'aux autres murs, d'une faible lueur d'espoir.

Le nouvel homme de masse

A l'inverse de ces pensées positives, Hakob Hakobyan nous propose le nouvel homme de masse dans une série d'œuvres apposées sur un mur voisin. Lorsqu’il présente un pêcheur dans un portrait qui ne comporte pas ce personnage, il y a là une possible référence au génocide, à cette absence de toute une part de la nation. L'on a dit de lui : "Il est le convoyeur de la souffrance éternelle de l'Arménie. Le génocide est imprimé de manière permanente en lui." Sur cet autre mur voisin, je l’imagine parlant d'un génocide parachevé par l'ère soviétique, par ce qu'il nomme "ce régime monstrueux" (voir l'entretien réalisé par Maria Titizian, "Rencontre avec Hakob Hakobyan : rapatrié, patriote, peintre", The Armenian Reporter, 21.02.2009 - traduction à paraître dans notre blog).
Il nous montre l'homme moderne opprimé, dans un troupeau sous contrôle, par ses propres dispositifs sociaux et ses constructions urbaines. Sachant qu'il suffoquerait s'il avait une tête. Dans une autre composition nous découvrons qu'il est aussi privé de mains. Diminué à ce point, il ne semble guère capable de s'aider lui-même. En dépit de toute son élégance vestimentaire et d'un soi disant confort, l'homme moderne consent à être manipulé au plus près. Devenant un vêtement totalement vide.
Il existe un poème du poète chilien Pablo Neruda, écrit alors qu'il était diplomate. Il souhaite exprimer son opinion personnelle, mais le protocole l'en empêche formellement. Dans le protocole où il lui faut bien opérer, l'on est moins une personne que l'instrument d'une politique, un outil. Si bien qu'il décide d'envoyer simplement son costume à ces réunions et réceptions, sans autres précisions quant à son identité. Même ainsi, il se retrouve pris en faute. Ils n'apprécient pas la façon avec laquelle sa cravate est serrée sur sa chemise vide.
Ces vêtements vides, à l'instar de la vie moderne, furent peints alors que l'Arménie était encore très intégrée à l'Union Soviétique. La voix de cet artiste reste unique, contestataire, actuelle.

Rudolf Khatchatrian

"Pourtant, certains d'entre nous ont réellement un visage !", semble rappeler avec force, poliment, Rudolf Khatchatrian, un peu plus loin, sur le même mur. Et, de fait, l'on découvre deux visages, au dessin exquis, bien en vue, flanquant un autre paysage.
Défie-t-il directement Hakobyan ? Ce qu'il nous montre, c'est ce qu'espérait trouver Hakobyan lors de son rapatriement en Arménie soviétique : une population arménienne cultivée, d'une haute intelligence et créativité artistique, au sein d'une nation à l'hospitalité chaleureuse. Nous existons, souligne-t-il. A vous simplement de nous trouver.
Même s'il peut y avoir quelque excès de complaisance dans cet autoportrait et la description qu'il livre de sa vie et de son épouse, cela me rappelle ces mots d'un vieil ami, l'artiste assyrien Hannibal Alkhas : "Rien n'est plus intéressant qu'un visage humain."
Artiste en grande partie autodidacte, Khatchatrian dessine des visages expressifs à l'étonnante sensibilité, sur la surface desquels chaque ligne, chaque touche opère une révélation.
L'on dit qu'il n'essayait jamais de dessiner ce qu'il avait déjà ressenti, mais qu'il laissait les sensations émerger des traits qu'il dessinait. Sa vie durant, il rechercha des visages à l'intelligence magnétique et à la sensibilité artistique, les dessinant avec un tel hyperréalisme que l'on s’étonnerait pas de les voir s’échapper de leur cadre.
Les portraits accrochés à ces murs sont à l'échelle humaine, avec des corps et des mains qui les rendent encore plus réels, vivants, à nos côtés. Le paysage qu'ils occupent est à l'opposé du paysage urbain d'Hakobyan. Il suggère une existence urbaine aisée, logique et ordonnée.
A en juger seulement par le témoignage de ces murs, le peintre semble trop bizarrement satisfait de la vie pour un homme qui affirme avoir eu pour seul maître Ervand Kotchar – le même Kotchar qui créa une sculpture publique à Erevan représentant l’homme moderne comme quelqu’un qui respire parmi les détritus d’une atmosphère urbaine congestionnée, avalant à haute dose verre et acier et dévorant du béton.

Emil Kazaz

Jetons un coup d’œil sur une sculpture d’Emil Kazaz. Stupéfait, l’on découvre dans cette œuvre sculptée l’effigie d’une femme qui a découpé l’un de ces visages à la beauté si expressive de Khatchatrian. Elle a l’air triomphante, se croyant digne de notre admiration. Comme si la femme du portrait d’Hakobyan, la jeune fille aux ciseaux, avait déposé son miroir et pris sa décision.
A vrai dire, elle s’est beaucoup alourdie, débarrassée de sa robe et armée d’une épée, mais ce ne sont là que détails. Le fait est qu’elle s’est emparée d’un de ceux qui sont au pouvoir, dans l’aisance et les certitudes, et qu’elle lui a coupé la tête. Début d’une révolution ?

Krikor Khandjian

Sur le mur en face, l’on atterrit devant l’éclatant Krikor Khandjian, un artiste soviétique itinérant, qui nous ramène à un autre type de visage, et au Mexique. Les visages ont la véracité de ceux de Khatchatrian, mais c’est jour de fête et, au lieu d’entendre les cordes puissantes et lyriques de l’orchestre, quelqu’un gratte une guitare et l’on se retrouve tous maintenant à la lumière d’une lampe, les uns contre les autres, respirant la couleur des avocats.
Je trouve que dans sa série mexicaine Khandjian atteint sa pleine dimension d’artiste, marquant alors une étape décisive dans son œuvre. C’est au Mexique qu’il semble s’accorder avec sa spiritualité profondément religieuse, animant dès lors plus ouvertement son œuvre.
Le portrait sans titre de femme est réellement vivant, empreint de mouvement et de chant. Il s’agit d’un tableau dont la guitare invisible est audible, et si vous ne pouvez l’entendre chanter, il se pourrait bien que vous refusiez d’écouter cette œuvre.
Khandjian semble flâner lors de son périple mexicain comme s’il se trouvait en compagnie de Saryan à ses débuts, mais plus à l’ombre qu’en plein soleil, tout en découvrant et en peignant des masques qui parlent d’écritures exotiques et peuvent évoquer les fantômes du lieu.
Rentré de la terre de Diego Rivera et Siqueros, il décida qu’il devait peindre lui aussi sur les murs. A la fin de sa vie, il se retrouva en train de peindre une immense fresque en triptyque, achevée et totalement restaurée à la Cascade d’Erevan, destinée à s’intégrer totalement au nouveau Centre Cafesjian des Arts. Rassuré à nouveau par les visages, continuons notre parcours.

Nina

Sur notre route, une sculpture, aussi ronde et grasse que d’imposants boulets de canon. Notre regard est attiré par le plus gros, sur lequel sont peints deux femmes nues, à la poitrine généreuse, sautillant en cercle. Son titre – ou est-ce une commande ? – est provocant : Conversation. A la façon avec laquelle elles sont peintes, il se peut qu’elles discutent entre elles, mais en tant que visiteur qui n’a peut-être pas envie de se contorsionner dans un cercle, j’ai choisi de parler à celle qui est la plus visible en haut. Mais avec précaution. Celle du haut est presque amoureuse. L’artiste signe Nina.
Elle s’explique : « Les images, lorsqu’on regarde leurs visages, existent tout en n’existant pas. Certes, elles sont présentes, mais en même temps elles sont absentes. » Pour moi, cela signifie qu’elles peuvent être comme ces êtres absents d’Hakobyan, lesquels au moins portaient des vêtements, alors qu’ici il n’y en a plus. Car ces dames n’ont aucun vêtement. Comme « en même temps elles sont absentes », vous vous retrouvez en train de parler à un boulet de canon nu.

Ara Alekyan

D’humeur à rechercher d’autres sculptures et ce qui pourrait nous parler, nous découvrons l’œuvre d’Ara Alekyan. Il élabore des sculptures aux formes familières à partir de morceaux de métal usagé, lesquels rouilleraient sinon dans quelque entrepôt pour automobiles. Il réalise cela avec le flair créateur d’un artiste qui, autrement, ne travaillerait pas avec une torche, mais à l’aide d’un pinceau délicat. Mais ces dessins sont de l’acier.
Face à nous une forme où l’on peut reconnaître un poisson en trois dimensions. Et pourtant il y a là davantage de ce qui, au premier regard, est un poisson sans arêtes repris d’une assiette après un copieux repas. Ce poisson possède la magie d’une œuvre d’art. S’il pouvait dire là d’où il vient, il pourrait se révéler le poisson le plus fuyant du fuyant pêcheur d’Hakobyan.
A sa manière, il est admirable et tragique. On le croirait capable de filer rapidement dans l’air que nous respirons, ainsi que lui, tout en restant dangereux avec toutes ses arêtes aiguisées, en pointe, chassant encore sa proie.
Le rhinocéros d’Alekyan ne chasse pas, mais paraît flairer une menace qui suscite un état d’alerte prudent. Il renifle avec rudesse le sol à nos pieds. Les artistes arméniens utilisent de fait le rhinocéros de façon grotesque en tant que symbole pesant, cuirassé, satirique de la guerre. Or celui-ci, avec toute sa circonspection, semble heureux de n’être que ce qu’il est dans ce musée vivant.
Nous en avons assez vu pour aujourd’hui, même si nous entendons nombre d’artistes, parmi les meilleurs, réclamer notre attention depuis tant d’autres murs. Ils auront bientôt leur chance.

Un dialogue nouveau

Lors des semaines à venir, débutera un nouveau dialogue important. L’art arménien, qui a tenu une place centrale chez lui durant les 20ème et 21ème siècles, rencontrera bientôt, au Centre Cafesjian des Arts, une énorme exposition permanente d’artistes, pour la plupart issus du monde entier, beaucoup ayant atteint dans leur domaine la plus haute réputation internationale contemporaine. Ce qui constituera une opportunité inédite en Arménie pour un dialogue nouveau en direction du 21ème siècle, pour les artistes comme pour un large public. Tous ceux qui auront le privilège d’y être sensibles jugeront cette démarche éloquente.

[New Yorkais, Gregory Lima part en 1958 à Téhéran pour y lancer Kayhan International, qui devient, à son apogée, le plus important journal anglophone au Moyen-Orient. Il y oeuvra en tant qu'éditeur, puis comme correspondant spécial et critique, jusqu'à sa cession lors de la révolution de 1978-79. Il est l'auteur de The Costumes of Armenian Women (Téhéran, 1974) et d'autres ouvrages. Son article le plus récent pour The Armenian Reporter concerne Arshile Gorky.]

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Source : http://www.reporter.am/pdfs/AE101709.pdf
Traduction : © Georges Festa - 01.2010
Avec l'aimable autorisation de Vincent Lima, rédacteur en chef The Armenian Reporter (Minneapolis, MN, USA)